jeudi 1 octobre 2015

Adoption en Roumanie (3) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (2) : La chute de Ceausescu : l'espoir déçu ; Le tournant de 1997 : décentralisation et politique de "désinstitutionnalisation"...

La chute de Ceausescu : l’espoir déçu

[Voir auparavant :  >>> Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé... ]

Lors de l’élimination de Ceausescu, à la fin de 1989, ce système était en place depuis vingt ans et fonctionnait à plein rendement : l’abandon d’enfants était entré dans les mœurs et fournissait des petites victimes par milliers pour entretenir cet énorme appareil d’orphelinats, devenu le premier employeur du pays avec environ 100 000 salariés.
A Bucarest, les ministères se disputaient la tutelle sur les orphelinats, et chacun — la Santé, l’Education, le Travail, les Handicapés — poussé par les syndicats, en voulait sa part et "s’arrachait" cette manne providentielle, revendiquant le droit d’avoir “ses” enfants abandonnés.

Romanian Orphans. © Robert Levy/Mental Disability Rights International. [Source : New-York Times, 2006.]

A la veille de la “Révolution”, on estime à environ 120 000 le nombre de jeunes prisonniers de cette "machine à broyer des vies d’enfant". Logiquement, la disparition du “génie des Carpates”, en décembre 1989, aurait dû marquer la fin du système. En effet, l’une des premières lois votées par le Parlement roumain en 1990 a abrogé l’obligation de procréer et autorisé l’avortement tandis que, par ailleurs, les télévisions du monde entier avaient révélé les conditions de vie épouvantables des enfants dans les orphelinats, et diffusé des images qui rappelaient des temps abominables que l’on croyait révolus.
Du coup, les ONG du monde entier ont afflué en Roumanie, et un grand élan de solidarité s’est développé en Europe occidentale et aux Etats-Unis pour secourir les enfants des orphelinats.
Et pourtant.
Comme un canard décapité qui continue à courir, le système a survécu pendant sept années à la disparition de son fondateur : il faudra attendre 1997 pour que l’ordonnance scélérate de 1970 soit abrogée.

Pendant les années 1990-1997, le système des abandons d’enfants, et de leur enfermement en orphelinats, a en effet continué sans grand changement. Pourquoi ?
Trois raisons principales viennent expliquer le maintien de ce système.
D’une part, la misère due à la transition d’un système collectiviste à une économie libérale s’est en quelque sorte substituée à la contrainte de la loi de 1970 pour provoquer les abandons d’enfants, qui se sont poursuivis au même rythme qu’autrefois (environ 10 000 par an).
D’autre part, les ministères de tutelle des orphelinats et les syndicats des personnels se sont arc-boutés pour garder leurs proies : les abandons d’enfants étaient leur gagne-pain.
Enfin, l’Union européenne, principal bailleur de fonds des ONG, a commis la grave erreur de financer l’aide aux orphelinats sans exiger de la part du gouvernement roumain l’abrogation de l’ordonnance de 1970.
Autrement dit, la manne bruxelloise, qui s’est élevée à plusieurs dizaines de millions d’euros au cours de cette période 1990-1997, a servi non pas à changer le système, mais à l’améliorer. Pas une seule fois, au cours de ces sept années post-révolutionnaires, l’Union européenne n’a subordonné son aide au respect du droit de l’enfant à une famille, pourtant inscrit dans le Préambule de la Déclaration des Nations unies ratifié par la Roumanie dès 1990. Des “bureaux d’études” français, anglais ou belges commissionnés et grassement rémunérés par l’Union européenne, se sont succédé à Bucarest et ont élaboré toutes sortes de rapports sans jamais dénoncer le cœur même du système, à savoir l’abandon des enfants.
Le plus étonnant peut-être est qu’aucune des grandes ONG présentes en Roumanie pendant cette période ne se soit insurgée : elles ont continué à couvrir le drame tant qu’elles ont trouvé des financements communautaires, puis sont parties, les unes après les autres, sur la pointe des pieds pour la plupart, quand les sources de financement se sont taries.

Ainsi, à la fin de 1996, au moment où M. Constantinescu a succédé à M. Iliescu à la présidence de la République, l’ordonnance de 1970 était toujours l’alpha et l’oméga de la “politique de protection de l’enfant” en Roumanie, et les 600 orphelinats de Ceausescu, dont des mouroirs par dizaines regorgeaient d’enfants, fonctionnaient à plein régime avec un effectif global estimé à environ 100 000 enfants.

Le tournant de 1997 

Le tournant est survenu les 21 et 22 février 1997, avec la visite officielle rendue par le président Chirac à son homologue roumain. Pendant les deux journées qu’il a passées à Bucarest, M. Chirac n’a cessé de le répéter à ses interlocuteurs : sept années après la disparition de Ceausescu, il est inacceptable que la Roumanie continue à organiser et à encourager l’abandon des enfants, et l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne est inenvisageable tant que ce système honteux perdurera. Le message a été bien compris : quelques jours après la visite de M. Chirac, le Premier ministre roumain, M. Victor Ciobea, a fait entrer au gouvernement un jeune médecin de 28 ans, le docteur Cristian Tabacaru, comme secrétaire d’Etat à la Protection de l’Enfant, avec pour mission de procéder à la réforme tant attendue. Le docteur Tabacaru n’a pas déçu : en quelques mois, il a réussi à changer le système. Sa première décision a consisté à abroger l’ordonnance de 1970 sur laquelle reposait tout l’appareil des orphelinats : tel a été l’objet de l’ordonnance du 12 juin 1997. Dans le même temps, surmontant la résistance acharnée des syndicats de personnel, des politiciens et des ministères, le docteur Tabacaru a réussi à transférer aux Conseils généraux la tutelle sur certains orphelinats : les “leagan” et les “casa de copii”. Il a fallu attendre novembre 1999, et l’intervention de la Commission européenne, pour que les autres orphelinats (“camin spital”, “centres de NPI”, et “écoles spéciales”), soient à leur tour décentralisés, tant la réforme rencontra d’oppositions.

Cette politique de décentralisation fut la clé du changement pour deux raisons principales.
D’une part, l’intérêt des Conseils généraux diverge fondamentalement de celui des ministères : les premiers, par souci d’économies, ont tout avantage à ce qu’il y ait le moins d’enfants possible dans les orphelinats, alors que les seconds cherchent au contraire à en avoir le plus grand nombre pour justifier davantage d’emplois ou de crédits budgétaires ;
d’autre part, les Conseils généraux sont, par définition, plus proches des enfants et des familles que les fonctionnaires des ministères à Bucarest : ils savent ce qui se passe dans les orphelinats et peuvent donc réagir plus rapidement.
Du fait de la décentralisation des orphelinats, une nouvelle administration apparut dans le pays, celle des Directions Départementales de la Protection de l’Enfant (D.D.P.E.) : depuis le 1er janvier 1998, chacun des 41 départements de Roumanie est doté d’une D.D.P.E., sur le modèle de nos D.D.A.S.S. Le rôle de ces D.D.P.E. consiste à faire respecter le droit de chaque enfant à une famille, et donc à mener une politique de “désinstitutionnalisation”.

[Source : DE COMBRET François - fondateur de SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés)-. Les enfants abandonnés. in 1989 - 2009 20 ans après la Révolution : l’abandon des enfants en Roumanie
Article paru dans la revue Humanitaire, Le Quai d'Orsay et l'humanitaire, n°7, printemps/été 2003.]


[VOIR AUSSI :
Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...

Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé...  ]


EN SAVOIR PLUS : 
>>> Blog : lesadoptesderoumanie.blogspot.com





mercredi 30 septembre 2015

Adoption au Pérou (2) - Migration péruvienne et adoption en Espagne...

Contexte : Migration péruvienne et adoption en Espagne

Dans les années 1980 et au début des années 1990, le Pérou est un pays d'origine important pour la migration et l'adoption.

La migration transnationale du Pérou a fortement augmenté dans les années 1980 et au début des années 1990, en partie en raison du taux de chômage élevé et de la crise politique au Pérou sous les gouvernements d'Alan García et Alberto Fujimori.

L'Espagne, l'Italie et le Japon ont reçu la majeure partie des migrants péruviens au cours de ces années, alors que la politique d'immigration des États-Unis les limitait et que ces nations encourageaient les migrations pour le travail.

Beaucoup d'experts de l'adoption internationale ont noté que l'adoption apparaît où des catastrophes naturelles ou des guerres ont eu lieu et le Pérou n'a pas fait exception.

Poster of Abimael Guzmán celebrating five years of war

Le violent conflit entre le Sentier Lumineux et les forces gouvernementales péruviennes ont engendré des adoptions internationales illégales ou " irrégulières "au Pérou, qui ont atteint un sommet au début des années 1990 et ont considérablement diminué après que le Pérou a adopté une loi en 1993 sur l'adoption (loi 26981) qui a mis en œuvre de nombreuses mesures de protection et des contrôles sur le processus d'adoption.

Actuellement [NDLR : 2010] le Pérou envoie environ 30 enfants à l'Espagne par an, moins qu'en Italie, mais plus qu'aux États-Unis (qui sont à l'heure actuelle les trois principales destinations des enfants péruviens adoptés à l'échelle internationale).
Ces chiffres sont en forte baisse par rapport aux sommets du début des années 1990 .

La migration vers l'Espagne est d'un intérêt ethnographique en raison de la grande rapidité avec laquelle elle a transformé la démographie espagnole.
Sous Franco, l'Espagne était une (soi-disant homogène) nation d'émigrants - personnes ayant fui la dictature à la recherche de liberté politique et, peut-être plus important encore, d'une chance de gagner sa vie.
Les changements sociaux et politiques qui se sont déroulés au cours des dernières décennies ont stimulé la croissance rapide d'une population migrante estimée aujourd'hui à plus de 6 millions (14,1% de la population totale en Espagne).

Une migration semblable, mais à plus petite échelle, s'est produite dans le domaine de l'adoption : l'Espagne a envoyé des enfants adoptables à l'étranger plus tôt dans le XXe siècle, et seulement récemment, elle est devenue un pays d'accueil pour les enfants adoptables.

[Source : Leinaweaver Jessaca B. Kinship paths to and from the New Europe : a unified analysis of peruvian adoption and migration. J Lat Am Caribb Anthropol. 2011 November ; 16(2) ]



[Voir aussi : 
Adoption au Pérou (1) - La classique circulation des enfants dans les Andes... Wawachakuy : faire d'un enfant son enfant par les nourritures caloriques et affectives...]

mercredi 16 septembre 2015

Adoption en Ancienne Inde (3) - Paternité par Voie d'Adoption dans le Droit Hindou Ancien (3) : Adoption Kritima...

Adoption Kritima

À l’origine cette forme d’adoption créait un lien entre une famille et un orphelin animé par l’esprit de lucre ; un orphelin de père et de mère acceptait par intérêt le statut d’adopté, proposé par une tierce personne.
Ce mode d’adoption a subi au cours des temps des transformations pour devenir applicable à tout le monde.
C’est une adoption par consentement directement entre l’adoptant et l’adopté. L’adoptant et l’adopté doivent être de la même caste.

La formalité essentielle consiste dans l’expression du consentement mutuel. Aucune autre cérémonie n’est indispensable.
Ordinairement l’opération se déroule de la manière suivante : le jour faste choisi, l’adoptant et la personne à adopter se purifient par le bain et se rencontrent à une heure faste ; ils prononcent l’un après l’autre ces mots : « Sois mon fils » – « Je suis devenu ton fils. » L’adoptant fait alors à l’adopté un cadeau approprié.
Cette expression du consentement par l’adopté implique qu’il soit majeur. Aucune limite d’âge n’est prescrite.
Le fait qu’il ait été initié dans la famille d’origine par le sacrement de l’upanayana ou même qu’il soit marié et ait des enfants n’est pas un obstacle à l’adoption. Cependant, dans certaines régions où cette forme d’adoption est fort en vogue, l’adoption d’un mineur, non orphelin, est acceptée ; dans ce cas le consentement est donné par les parents de l’adopté.

L’adoption peut être faite par le mari ou la femme isolément. 
Quand la femme adopte, c’est toujours pour son compte et non pour celui du mari, que ce soit du vivant du mari ou après sa mort. Elle peut adopter un fils pour elle, même si l’enfant adopté par le mari est vivant. Le fils adoptif de l’un des époux n’est pas le fils de l’autre. Il est toutefois permis aux deux époux d’adopter un fils conjointement.

Le consentement du mari ou d’aucune autre personne n’est nécessaire. Mais ni l’épouse ni la veuve ne peuvent adopter un fils pour leur mari, même avec son autorisation expresse. Le lien de parenté entre l’adoptant et l’adopté est sans importance. En cas de survenance d’enfant chez l’adoptant, le contrat est susceptible d’être résilié, sauf stipulation contraire.

L’adopté ne perd aucun de ses droits dans la famille d’origine. Il ne prend pas le nom de la famille adoptive ; mais il accomplit les rites funéraires pour l’adoptant et prend son héritage. Dans la famille adoptive les liens juridiques existent seulement entre l’adoptant et l’adopté et ne s’étendent pas au-delà. Ainsi l’adopté n’hérite pas du père de l’adoptant ou même du conjoint de l’adoptant, de même le fils de l’adopté n’hérite pas de l’adoptant. Les liens se limitent donc aux parties contractantes. L’adopté perd tout droit à la succession en cas de survenance d’enfants chez l’adoptant. Mais comme le pont n’est pas coupé du côté de sa famille d’origine, c’est seulement un manque à gagner.
Cette forme d’adoption très souple, admettant des liens de filiation réduits, a une allure d’institution d’avant garde.

[Source : Annoussamy D. Filiation en droit hindou ancien.
in  ROY O.(dir). Réflexions sur le pluralisme familial. Paris. Presses Universitaires de Paris Ouest : 2011.]


[VOIR AUSSI : 





mardi 2 juin 2015

Adoption en Russie (6) - XXe siècle - Adoption d'enfants illégitimes, Système collectif d'orphelinats, Adoption dans l'intérêt de l'adopté...

Une étape importante pour l'adoption est franchie en 1891, et la parution de la loi "enfants adoptés et légitimés". Ce texte permet l'adoption d'enfants illégitimes, indépendamment du statut social ou de la croyance religieuse. Mais ici encore le cadre était strict et restreint : les adoptants devaient avoir moins de 30 ans et ne pas avoir d'enfants biologiques.  

La notion d'adoption comprenait alors trois catégories :
  • La première était l'adoption par vœu. Elle était considérée comme la plus précieuse, car en général, l'adoptant se préoccupait du bien-être de l'enfant de façon complètement désintéressée.
  • Dans la seconde catégorie entraient les enfants adoptés par leur nourrice
  • La troisième catégorie, l'adoption en récompense, était considérée comme la moins souhaitable, sans la moindre valeur morale
 Il est donc évident que dès le début du XXe siècle, l'adoption n'était pas seulement un moyen de régler des problèmes de patrimoine, mais aussi une question morale.
L'arrivée du pouvoir soviétique a complètement changé la donne.

Cortège théâtralisé des enfants de l'Assistance Publique, 1918

Après la révolution de 1917, la jeune république soviétique a dû prendre en charge un incroyable nombre d'orphelins et d'enfants sans famille, ce qui se fit dans les orphelinats, qui ont vite été bondés. En 1918, tous les enfants, quelle que soit leur situation familiale, ont été déclarés "enfants de l'Etat", donc placés sous la protection de l'Etat. Et jusqu'à la dissolution de l'URSS plusieurs types d'orphelinats et d'accueil furent créés, ceci toujours en système collectif : communes d'enfants, villages d'enfants, camps de pionniers, colonies de travail, maisons de jeunes komsomols...

Le premier code de la famille de la période post-révolutionnaire ne faisait aucune mention de l'adoption en tant que telle. Ceci parce que la question centrale de transmission de patrimoine était bien sûr devenue obsolète. Cependant, la nécessité même de l'adoption n'avait pas disparu. Le nombre d'enfants vagabonds dont les familles avaient disparu grossissait sans arrêt, et les paysans avaient toujours autant besoin de main d’œuvre. Il devint absolument nécessaire de remettre à jour l'institution de l'adoption. Un nouveau code de la famille, paru en 1927, rétablit l'adoption, même si sur ce point il reste très proche du système de l'ancien régime. L'adoption d'un enfant par des tuteurs "indignes", c'est-à-dire appartenant aux "ennemis de classe" est parfaitement impossible. On considérait que les "éléments ennemis", comme les koulaks, ne pouvaient donner à un enfant une bonne éducation, tant scolaire que sociale.

L'expérience s'accumulant en matière d'adoption, l'insuffisance du cadre juridique devint manifeste. La question de la possibilité d'adoption sans accord des parents était alors centrale.  Elle a été réglée en 1934 par une circulaire du Commissariat du Peuple à l'Education d'URSS, qui autorisait une telle adoption, dans le cas où on était sans nouvelles des parents depuis un an.

Cependant, la forme  la plus courante d'accueil des enfants orphelins restait l'accueil en institution. Un nombre important d'orphelinats a été créé après la seconde guerre mondiale. Ils accueillaient plus de 600 000 enfants dont les parents avaient disparu pendant la guerre.

Et c'est justement pendant la guerre que les notions de tutelle et de patronat ont été rétablies, après avoir été supprimées dans les premières années du régime soviétique. En 1942, 37 490 enfants étaient placés sous le régime du patronat.

Dans le code du mariage et de la famille de la République fédérale socialiste soviétique de Russie, paru à la fin des années 60, toutes les questions liées à l'adoption sont traitées avec grande précision.
L'orientation a changé : on entend désormais par "intérêt de l'adopté" l'existence de bonnes conditions pour son épanouissement et son éducation.

[Source : toujours russe, toujours sûre et a fortiori Bleue comme un ciel follement lumineux de Brest sans tonnerre... большое спасибо ;-))]






vendredi 27 mars 2015

Adoption en Ancienne Inde (2) - Paternité par Voie d'Adoption dans le Droit Hindou Ancien (2) : Adoption dattaka...

Adoption dattaka (fils donné en adoption de plein gré par son père)

[Voir auparavant : Adoption en Ancienne Inde (1) - Paternité par Voie d'Adoption dans le Droit Hindou Ancien (1) : Les diverses sortes d’adoption...]

Pour pallier la désolation qui résulterait de l’absence d’un fils, il est indispensable, en cas de besoin, d’en adopter un qui puisse être intronisé dans cette grande famille dont les frontières s’étendent au-delà de ce monde.
Pour ce faire l’adoptant ne doit pas avoir de descendant direct jusqu’au troisième degré. La grossesse de l’épouse n’est pas un obstacle à l’adoption. Si le seul descendant direct devient ascète ou entre dans un ordre religieux l’adoption est possible. De même, s’il est exclu de la caste ou renonce à la religion ou souffre d’une maladie incurable le rendant inapte à accomplir les cérémonies funéraires.

L’adoption n’est pas laissée à la discrétion de l’hindou ; elle s’impose à lui. S’il n’a pu adopter de son vivant un fils qui lui agrée, il peut donner mandat à sa femme d’en adopter un pour son compte après sa mort. Même s’il meurt sans donner un tel mandat, la veuve à l’obligation morale d’adopter un fils pour son mari défunt. Ce cas mis à part, la femme n’a pas le droit d’adopter. Elle perd ce droit si elle se remarie.

Pour être agréable aux ancêtres, le fils adoptif doit être une réplique parfaite du fils aurasa.
[aurasa : fils né d’une épouse légitime, vierge au moment du mariage, de même caste. Il est considéré comme l’enfant parfait, la réplique de son père. On croyait à cette époque que l’enfant était produit uniquement par la semence de l’homme et que la femme était tout simplement un réceptacle nourricier. En cas de mort d’un tel enfant son fils aurasa peut le remplacer ; de même son petit fils. Toutefois, l’enfant atteint d’infirmité, de maladie incurable, ou d’incapacité mentale n’est pas considéré comme un enfant à part entière : il ne peut recevoir le sacrement de l’intronisation spirituelle dans la famille ; il ne peut pas faire les offrandes aux défunts ; il n’hérite pas et n’a droit qu’aux aliments. Il est ainsi écarté de la grande famille des vivants et des morts.]

Il doit appartenir à la même caste et être de préférence un sapinda. [Sapindas : ceux qui ont les mêmes particules du corps et qui ont les mêmes liens d’offrandes. Tout hindou est sapinda de ses descendants mâles jusqu’au troisième degré, de ses ascendants mâles jusqu’au troisième degré, des descendants mâles de ces derniers jusqu’au troisième degré.]

L’adopté ne doit pas avoir été déjà intronisé dans la famille d’origine par la cérémonie de l’upanayana ou investiture du cordon sacré.
La femme étant dans l’incapacité d’offrir des oblations, l’adoption d’une fille n’est pas reconnue non plus.
Un fils unique est rarement donné en adoption, car cela priverait son père d’un continuateur de sa propre lignée.
Les enfants apparentés par l’intermédiaire d’une femme doivent être écartés.
L’adoptant et la mère de l’adopté ne doivent pas être dans un lien de parenté interdisant le mariage.

Pour que l’adoption soit valable, il faut que le fils soit donné de plein gré par son père. C’est cet acte de don qui a prêté son nom (dattaka) à cette forme d’adoption.
Il en résulte qu’un orphelin ne peut être adopté.
Un enfant adopté ne peut être donné en adoption.
La loi n’admet la présence que d’une seule personne dans chacun des trois rôles ; l’adoptant, l’enfant à adopter et le parent qui donne l’enfant.
L’adoption simultanée d’un même enfant par plusieurs personnes est expressément interdite.

Cute Little Krishna Eating Butter from His Pot

L'adoption s’accomplit par la tradition réelle de l’enfant avec l’intention de le transférer de la famille d’origine à la famille adoptive.
La cérémonie varie dans les détails d’une région à l’autre, d’une caste à l’autre.
Mais le scénario le plus généralement suivi se déroule ainsi : au jour et à l’heure fastes choisis avec soin, on rassemble parents et amis ; des brahmes versés dans les Védas allument le feu sacré.
Devant ce dernier, l’adoptant fait solennellement la demande de l’enfant à son père légitime.
Sur son consentement, il prend l’enfant et prononce ces mots : « Je te prends pour continuer la lignée de mes ancêtres. »
L’enfant est ensuite installé sur les genoux de la mère adoptive.
L’officiant procède alors à des oblations de riz et de beurre clarifié au feu sacré, ponctuées par des prières. Le tout s’accompagne de musique auspicieuse.
La cérémonie se termine par des cadeaux offerts à l’adopté par les parents et amis et les présents d’usage distribués par les parents adoptifs aux brahmes et à l’assemblée.

Les liens de parenté dans la famille adoptive s’établissent ainsi : quand un hindou marié adopte une personne, sa femme en devient la mère adoptive avec tous les droits et obligations qui en découlent.
Quand l’adoption est faite par l’hindou avec le consentement de plus d’une épouse, la plus ancienne épouse, pas nécessairement la plus âgée, devient la mère adoptive, et les autres épouses deviennent belles-mères.
Quand un veuf ou un célibataire qui a adopté un enfant vient à se marier par la suite, sa femme est considérée comme marâtre de l’adopté. De même, celui qui épouse une femme qui avait déjà un enfant adopté en devient le parâtre.

Bien que les liens avec la famille d’origine soient rompus par l’adoption et que l’adopté perde le nom de sa famille d’origine, les empêchements pour cause de parenté en matière de mariage continuent à subsister.
De même, tout bien déjà échu à l’adopté et provenant de la famille d’origine lui reste acquis, avec les obligations qui s’y attachent, telles que l’obligation alimentaire ou celle de payer les dettes de son père biologique mais seulement dans la limite des biens échus.

Dans la famille adoptive, l’adopté a le même statut et les mêmes droits que le fils aurasa.
Il participe à la communauté des biens de la famille indivise et hérite des collatéraux ainsi que des ascendants de l’adoptant.
Toutefois ses relations de sapinda ne s’étendent que jusqu’à trois degrés au lieu de sept pour l’aurasa. Il est exclu de la succession si le père adoptif avait été disqualifié alors que le fils aurasa vient en représentation d’un tel père.
Quand il est en concurrence avec un enfant aurasa, né après l’adoption, il n’a droit qu’à la moitié de la part de cet enfant.

[Source : Annoussamy D. Filiation en droit hindou ancien.
in  ROY O.(dir). Réflexions sur le pluralisme familial. Paris. Presses Universitaires de Paris Ouest : 2011.]



jeudi 26 mars 2015

Adoption en Ancienne Inde (1) - Paternité par Voie d'Adoption dans le Droit Hindou Ancien (1) : Les diverses sortes d’adoption...

Paternité par voie d’adoption dans le Droit Hindou Ancien - Les diverses sortes d’adoption...


Lord Ganesh Family


 En droit hindou ancien, cinq catégories d’enfants adoptifs sont reconnues selon la modalité de l’opération :

1/ Dattaka : fils donné en adoption de plein gré par son père ;

2/ Kritima : fils adopté par consentement direct avec l’adoptant ;

3/ Kritaka : enfant vendu par ses parents ;

4/ Appavidda : enfant abandonné et recueilli comme fils ;

5/ Svayam dattaka : orphelin ou enfant abandonné qui s’offre à quelqu’un de son propre mouvement.


Les formes 3, 4 et 5 ne se distinguent entre elles que par les circonstances et les sentiments qui animent l’adoptant et l’adopté et le cas échéant les parents biologiques. 

Dans les cas 3 et 4 l’adoptant joue un rôle actif, dans le cinquième, c’est l’adopté qui est moteur de l’adoption, ce qui en fait un cas unique en son genre. 

Les 3 dernières formes sont assez simples et n’exigent pas de développement. 

En revanche les deux premières formes sont très élaborées et leurs détails aideront à mieux comprendre le phénomène de la filiation dans l’Inde ancienne. 

(to be continued very soon... I promise !...;-))


[Source : Annoussamy D. Filiation en droit hindou ancien.
in  ROY O.(dir). Réflexions sur le pluralisme familial. Paris. Presses Universitaires de Paris Ouest : 2011.]


"Jai Ganesh Jai Ganesh Jai Ganesh Deva" - Lord Ganesh Aarti



[VOIR AUSSI : 




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