dimanche 28 septembre 2014

Adoption en Mésopotamie (2) - Pratiques d'adoptions en Mésopotamie et nuances par rapport à l'adoption à Rome...

La composition de la population en Mésopotamie au début du deuxième millénaire avant JC était sémitique et sumérienne.

La première dynastie de Babylone a été fondée par des Sémites, mais le peuple représentait un mélange de cultures sémitique et sumérienne.

Des arrangements sophistiqués d'adoptions sont déjà trouvés dans le Code d'Hammourabi (1792-1750 avant JC), qui fournit un support pour intégrer une famille, globalement semblable à une partie du contenu juridique romain.
Le code date de la fin du règne d'Hammourabi, apparemment après sa trente-huitième année de règne. Les dispositions décrites montrent une prise de conscience intime de certains des dangers de la création artificielle de liens parentaux.
Un enfant adopté pourrait être traité différemment qu'un enfant naturel, ou l'une des parties (adopté ou adoptant) pourrait s'avérer mal adaptée à l'autre, et la privation maternelle était reconnue comme un danger. Un enfant pourrait persister dans la recherche de son père et de sa mère naturels, et devrait par conséquent leur être restitué. Ces conditions équivalent à un aveu de la réalité que l'enfant et la famille adoptive peuvent ne pas être mutuellement adaptés.
Les adoptés sont envisagés comme des petits enfants, et cela marque une différence majeure de la norme romaine. L'adoption d'enfants semble être une rareté à Rome.
Le Code Hammourabi englobe également des règles dures et différentes pour ceux adoptés par des courtisans.
La doctrine romaine ne mentionne jamais la possibilité d'un échec d'adoption, ni rien de comparable à la réglementation sévère pour certains adoptés à Babylone.

Pour résumer, l'adoption à Babylone ne reste valable que si l'adoptant a traité l'enfant de toutes les manières comme le sien. Si l'enfant persiste dans la recherche de son père et sa mère d'origine, il leur est renvoyé. Ainsi, la question de la privation maternelle a été reconnue et traitée. Le seul enfant adoptif qui était puni pour la recherche de sa famille natale était celui adopté par un courtisan, depuis les courtisans ont été empêchés par la loi et parfois par la castration de l'engendrement de leurs propres enfants. L'adoption était considérée comme un honneur insigne, et comme elle représentait un grand bond dans le statut de l'enfant, elle n'était pas réversible :

187 Le fils [adopté] d'une courtisane ou le fils [adopté] d'une prostituée ne doit pas être réclamé ... Si le fils [adopté] d'une courtisane déclare au père qui l'a élevé ou la mère qui l'a élevé "Tu n'es pas mon père" [ou] "Tu n'es pas ma mère", ils doivent lui couper la langue.

Les adoptions de personnes de statut inférieur sont également traitées dans le Code, et il y a par conséquent une discussion sur l'apprentissage et le nourrissage. Les garçons étaient adoptés par des artisans libres pour apprendre et hériter de leur commerce, mais l'adoption était invalide si l'artisan n'avait pas enseigné son métier. En raison de l'âge des enfants adoptés, tout adoptant était susceptible d'avoir besoin d'une nourrice, qui serait en charge de l'enfant pendant deux ou trois ans.
Sa conduite était strictement surveillée et elle était soumise à des sanctions féroces si l'enfant mourrait sous ses soins (ses seins devaient être coupés - article 194 du Code-).

Le recours à l'adoption en Mésopotamie a été considérée comme développée à partir d'une préoccupation initiale de perpétuer la famille et ses rites religieux, vers un stade ultérieur, où des raisons laïques sont clairement importantes. Quoi que l'on pense du modèle évolutif, il existe des preuves de ces préoccupations laïques. Par exemple l'apprentissage d'un métier, la poursuite d'un business, ou l'entretien de personnes âgées peuvent être inclus dans cette catégorie. L'adoption était peut-être encore possible pour un homme qui avait déjà un fils.

Three Nuzi Tablets. Harvard Semitic Museum.


L'anthropologue Elizabeth Stone ajoute une adoption « fictive» à ces types plus traditionnels d'adoptions dans la société mésopotamienne.
Elle était utilisée comme une méthode de transfert de propriété dans des situations où la propriété était théoriquement inaliénable (Cassin [1938] 1-48). Dans ces cas, aucune relation parent-enfant n'est implicite entre les deux parties. Les textes d'adoptions fictives à Nuzi (près de Kirkuk) datent de la moitié du second millénaire avant JC (peut-être entre 1475 et 1350 avant JC : Cassin [1938]). Celles-ci servent à transférer un vrai patrimoine lorsque les champs et les vergers ne peuvent être dispatchés dans un cercle très étroit de proches parents. Certaines personnes ont été «adoptés» jusqu'à 120 fois, ce qui sert à démontrer que ces adoptions ne peuvent pas être adoptions classiques (Cassin [1938],16-17) . Les obligations de fournir de la nourriture et des vêtements à l'adoptant sont inscrites, mais pas l'obligation plus intime de s'occuper des funérailles de l'adoptant (Cassin [1938],37). Encore une fois, à Rome, les obligations précises des adoptés en matière de soutien et de maintenance ne sont pas énumérés dans les sources juridiques, car une grande partie de cela était réglementé au niveau domestique. La Patria Potestas assurait que l'adoptant fût dans une position très forte financièrement.

Stone souligne que l'utilisation d'une relation fictive de cette manière est en soi le signe d'un système en état de siège, et elle semble représenter une évolution dans l'usage de l'adoption, déjà à cette date précoce. Toutes les adoptions créent des relations fictives, mais là il semble que les pratiques traditionnelles servaient à de nouvelles fonctions et à l'accomplissement de nouveaux besoins de la société. Les types d'adoption décrites par Goody, qui sont conçus pour corriger les déficits dans la composition de familles, peuvent être appelées adoptions "familiales", et, en revanche, celles à Nuzi sont principalement motivées par des préoccupations économiques. Celles-ci sont appelées par Elizabeth Stone adoptions "économiques". Néanmoins, les catégories de Goody ont également une dimension économique. La composition et la situation économique de chaque famille auraient eu un impact sur la décision d' aliéner des biens par combine, telle qu'attestée dans les textes de Nuzi.

Des adoptions fictives existaient à Rome dans des conditions très différentes ; l' exemple classique est celui de l'homme politique républicain Clodius, qui utilisait l'adoption pour passer du statut de patricien à celui de plébéien, afin de devenir admissible au tribunat.
Aussi bien à Babylone qu'à Rome, dans ces cas, l'adoption servait à donner à l'adopté le statut requis pour atteindre un objectif social identifiable.


[SOURCES :
LINDSAY H. Adoption in the Roman World. Cambridge : Cambridge University Press. 2009.
CASSIN E.-M. L’adoption à Nuzi. Paris: Adrien-Maisonneuve. 1938.
GOODY J.The Development of the Family and Marriage in Europe. Cambridge : Cambridge University Press. 1983.
STONE E. C., OWEN D. I.. Adoption in Old Babylonian Nippur and the Archive of Mannum-mešu-lissur. Winona Lake, IN: Eisenbrauns.1991.]


VOIR AUSSI :

MESOPOTAMIE :

>>> ADOPTION LEGALE DEPUIS QUAND ?

>>> Adoption en Mésopotamie (1) - Adoption à Babylone dans le Code d'Hammourabi : Généralités...

ROME ANTIQUE :

>>> Adoption dans le droit romain (1) – Octave, l’Auguste fils adoptif de César, et la Tradition d’adoption du successeur impérial parmi les empereurs Julio-Claudiens et Antonins…



mercredi 7 mai 2014

Adoption en Egypte antique (2) - "Extraordinaire(s)" adoption(s)...

En 1941, Alan Gardiner a publié un essai appelé « Adoption Extraordinary » dans The Journal of Egyptian Archaeology.
Écrivant en "ces jours catastrophiques", au milieu de la Seconde Guerre mondiale, Gardiner s'adresse lui-même à " [ses] lecteurs, s'il y en avait encore en mesure de prêter leur attention à l'égyptologie et l'étude du Droit Ancien."  Les conditions en temps de guerre, ajoute-t-il, font qu'il est impossible pour lui de fournir un commentaire complet sur ​​le document qu'il a trouvé, un document à son avis d'une importance exceptionnelle. Même si "la langue est barbare et la composition exécrable," néanmoins " les faits révélés sont étonnants." Nous n'avons, écrit-il , " pas la moindre idée qu'en Egypte la fiction juridique de l'adoption pouvait prendre une telle importance ou être poursuivie en de telles périodes."

The Dwarf Seneb and his Family portrays the Ancient Egyptian official as a full and distinctive person. Egyptian Museum in Cairo.

Après nous avoir assuré que le papyrus lui-même est "enterré pour des raisons de sécurité à quarante pieds sous terre," Gardiner résume l'histoire tout à fait remarquable d'un testament dicté par un maître impérial nommé Nebnéfer. L'épisode date du Moyen Empire (2030-1640 avant notre ère). Nebnéfer craignait que, après sa mort, ses frères et sœurs pussent réclamer une partie de ses biens à sa femme sans enfants, Rennufer. Pour éviter cela, il "avait recours à la solution extraordinaire de l'adoption de sa femme comme sa propre fille."

Il y a plus. Des années plus tard, Rennefur maintenant veuve a fait un testament , dans lequel elle adopte deux filles nées d'un esclave du foyer familial ; elle lègue sa propriété à ces enfants.

Il y a plus encore. Rennefur a trouvé un tuteur pour les deux filles, représenté par son propre frère cadet, Padiu. Pour formaliser cet arrangement, Rennefur a adopté Padiu, qui à son tour a épousé une des jeunes filles. Ainsi Padiu est devenu à la fois fils et gendre de Rennefur. En outre, depuis que Nebnéfer avait adopté Rennefur, le jeune beau-frère était maintenant devenu à la fois fils et petit-fils de Rennefur par adoption.
C'est suffisant, écrit Gardiner , pour "faire s'embobiner le cerveau" (to make the brain reel).

L'histoire de Rennefur présente les rebondissements d'un vaudeville français ;
mais la plupart des adoptions dans l'Egypte ancienne étaient moins sensationnelles dans leurs détails.
Selon le Lexikon der Ägyptologie, l'adoption peut être retracée au moins aussi loin que la XIXe dynastie (environ 1292-1189 avant JC). Sur la base de ce qui est connu de la pratique, l'adoption servait principalement à fournir des héritiers pour des hommes qui n'avaient pas d'enfants survivants de sexe masculin.
Dans un cas, le scribe Ramose et sa femme Moutemouia semblent avoir commandé un monument aux dieux de la fertilité et de l'accouchement, mais leurs prières n'étaient pas entendues avec la venue un fils . Ramose a alors adopté Kenherkhepeshef, qui  succéda à Ramose dans ses fonctions.

Comme le suggère l'histoire de Rennefur, dans les années du Moyen-Empire, l'adoption était une stratégie juridique possible aussi bien pour les femmes que pour les hommes.

Plus tard, au cours de la période gréco-romaine, le «droit de la femme à statut égal», y compris son droit d'adopter, a été progressivement dépouillé.

Comme ce sera également le cas à Rome, l'adoption égyptienne a parfois été déployée pour créer ou entretenir des alliances politiquement utiles.
Un exemple particulièrement intéressant vient de la Troisième Période Intermédiaire (env. 1070-640 avant notre ère), une période turbulente durant laquelle les régions du nord et  du sud du pays ont été divisées, avec la famille royale contrôlant le nord tandis que le sud était effectivement gouverné par les grands prêtres d'Amon. Pour renforcer leur position, les rois ont inventé le poste d'épouse du Dieu Amon, un titre décerné par adoption d'une succession de  femmes non mariées - figures de proue vierges dont le célibat protégeait la monarchie de la mise en place d'une nouvelle dynastie.

[Source : CONN Peter - Adoption A Brief Social and Cultural History. New York : Palgrave Macmillan. 2013]


VOIR AUSSI :
>>> ADOPTION DANS L'EGYPTE ANTIQUE (1) et notions sur la famille egyptienne antique...

>>> Egypte - Adoption des épouses du Dieu Amon et dynasties sacerdotales...






lundi 14 avril 2014

Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé...

Des abandons d’enfants, il y en a eu de tous temps et en tous lieux. Mais la Roumanie présente la spécificité d’être un pays où ils ont été encouragés et organisés par l’Etat.

Cette "monstruosité" est due à Ceausescu qui poursuivait un triple objectif : démographique (doubler la population de la Roumanie), idéologique (consacrer la suprématie de l’Etat sur la famille) et politique (sélectionner les “meilleurs” et éliminer les plus faibles dans une optique darwinienne - “the fittest will survive” -).

Le système, mis en place par une ordonnance de 1970, comportait alors deux volets.
D’une part, obligation était faite aux femmes de mettre au monde cinq enfants.
A partir de l’âge de la puberté, elles étaient soumises à des examens gynécologiques et, si elles ne procréaient pas, dans le mariage ou en dehors, subissaient des sanctions : diminution de salaires, exclusion de la Sécurité sociale, perte de l’emploi, expulsion du logement, etc. : l’Etat donnant tout peut aussi tout enlever.
Le corollaire de cette obligation de procréer était l’interdiction d’avorter, et l’avortement était donc sévèrement puni.
D’autre part, un réseau d’orphelinats a été développé dans le pays. Au total, ce sont environ 600 “institutions” qui seront ouvertes, réparties en plusieurs catégories.

L’abandon institutionnalisé

A la base, un “tronc commun”, les leagan, orphelinats destinés à accueillir les bébés de la naissance jusqu’à l’âge de 3 ans. Au moins un “leagan” est ouvert dans chacun des 41 départements du pays. A l’âge de 3 ans, les enfants passent un “examen” devant une commission administrative départementale chargée de trier les “bons” des “mauvais”.

Les “bons”, ce sont les enfants qui ont résisté aux souffrances du “leagan” : ils sont alors dirigés vers la “bonne” filière, celle des “casa de copii prescolari” (3 à 6 ans) et des “casa de copii” (6 à 18 ans).


Les «Camin Spital» roumains, orphelinats-hôpitaux sous le régime de Ceausescu. Véritables mouroirs où les enfants survivent dans des conditions épouvantables. Même plus la force de chasser les mouches… Dans la cuisine désaffectée de l’ancien hôpital Bretonneau, lors de l’exposition «Entre ciel et terre», des terrariums en guise de couveuses sur un tas de terre noire. Y pullulent de mouches. Espoir : un rayon lumineux tombe du plafond. Reflété par des miroirs, il traverse les couveuses et se projette sur les murs.
rituel VIII : Camin Spital 1991 ; Marie Ponchelet - artiste plasticienne

Les “mauvais”, ce sont les plus faibles ou les plus sensibles, ceux que la solitude et les mauvais traitements, en particulier les piqûres à tout bout de champ, ont “abîmés”, soit physiquement (handicapés moteur), soit psychiquement (handicapés mentaux). Pour ces “déchets”, indignes du paradis socialiste, des filières de mouroirs, dissimulés à la campagne, sont mises en place, les “camin spital” et les “centres de neuro-psychiatrie infantile”, auxquels s’ajoutent, à partir des années 80, les orphelinats pour enfants séropositifs.

Dans le même esprit de sélection des “meilleurs”, l’appareil des orphelinats comprend aussi tout un réseau d’écoles spéciales”, dépotoirs ruraux dans lesquels sont relégués les enfants non abandonnés à la naissance, mais en retard scolaire. Ces enfants sont enlevés à leurs familles et expédiés au fin fond du pays pour disparaître de la société dont ils sont jugés indignes.

[Source : DE COMBRET François - fondateur de SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés)-. Les enfants abandonnés. in 1989 - 2009 20 ans après la Révolution : l’abandon des enfants en Roumanie.
Article paru dans la revue Humanitaire, Le Quai d'Orsay et l'humanitaire, n°7, printemps/été 2003.]

[ VOIR AUSSI :
>>> Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...]



vendredi 11 avril 2014

Adoption en Russie (4) - XVIIIe siècle - Hospices, Dépôts anonymes de nourrissons, Adoptions impériales, "Maisons d'éducation", "Enfants-citoyens"...



Avec le XVIIIe siècle, l'apparition de la notion de personne en tant qu'individu devient antinomique avec le plein pouvoir parental.

Mais un des pas importants dans la régulation législative des questions familiales est le passage à la prise en charge laïque des questions de mariage et de relations familiales.

Le contrôle des agissements des tuteurs et la place de l'enfant adopté dans la famille est mis en place sous le règne de Pierre 1er (dit Pierre le Grand, règne de 1682 à 1725). C'est d'ailleurs Pierre 1er qui publie un oukaze qui oblige les institutions judiciaires à faire en sorte que "les orphelins soient tous pris en charge par des tuteurs nommés et contrôlés par des magistrats". Il met également en place des hospices pour accueillir les enfants orphelins ou abandonnés, avec la possibilité de dépôt anonyme des nourrissons abandonnés. Ce qui illustre le souci des souverains pour les enfants abandonnés.

Giovanni Battista LAMPI - Catherine II de Russie avec les Allégories de l'histoire et du temps. 
Grand Palais, Paris.

Cependant, il n'existe encore aucune loi sur l'adoption en tant que telle, ni sous son règne, ni sous celui de Catherine II, qui lui succède.
Cette dernière a cependant fait une exception en autorisant les deux frères Osteraman à adopter le premier petit-fils de leur sœur, en respectant scrupuleusement les formalités administratives.
Ce premier pas a été à l'origine de quelques autres adoptions, mais dans des cas concrets et peu nombreux, et tous validées pas l'impératrice elle-même.
 Sous son règne, il faut toutefois noter que de nouvelles dispositions administratives améliorent un peu le sort des enfants sans famille, en institution, ou sur leur placement en famille. Si auparavant, ils étaient asservis par les personnes ou institutions qui les accueillaient, à présent ils sont pris en charge en institutions jusqu'à leur majorité, et ils en sortent libres.
Les institutions s'ouvrent également plus largement  aux enfants abandonnés, et plus seulement aux orphelins. Des "Maisons d'éducation" au statut légal réglementé sont ouvertes à Moscou et Saint-Pétersbourg, et accueillent des enfants dans le but de réduire la misère, de les instruire et les protéger, mais aussi de créer une nouvelle catégorie de personnes, des enfants-citoyens en capacité de servir leur pays dans différents domaines de l'art, de l'artisanat, ou pour participer par leur travail au fonctionnement du pays. Catherine II met également en place un système d'accueil des jeunes enfants dans des familles qui se voient attribuer une aide financière pour leur éducation et leur instruction, jusqu'à 6-7 ans, âge auquel ils peuvent intégrer une institution.

Le système de tutelle continue de se développer. Des exigences apparaissent en matière d'éducation, distinctes selon le milieu social.
Un orphelin noble devait être éduqué selon les règles de son rang, différentes pour un orphelin d'une famille de marchands ou de bourgeois.


[Source : toujours russe, toujours sûre et tellement Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]

jeudi 3 avril 2014

Adoption en Mésopotamie (1) - Adoption à Babylone dans le Code d'Hammourabi : Généralités...

L'un des premiers textes juridiques faisant référence à l'adoption est le Code d'Hammourabi.

Stèle du Code d'Hammourabi. Musée du Louvre, département des Antiquités orientales, Paris.

Ce code, discours du roi Hammourabi,  qui date du XVIIIe siècle avant JC, contient de nombreux articles qui sont toujours d'actualité dans les lois d'adoption moderne.
Par exemple , le code établit que l'adoption est un contrat juridique qui ne peut être exécuté qu'avec le consentement des parents de naissance.
Comme dans de nombreuses lois d'aujourd'hui, les parents de naissance cessent détenir une créance sur l'enfant une fois exécuté l'acte transférant la tutelle de l'enfant adopté aux adoptants.
En outre, le Code d'Hammourabi accorde aux enfants adoptés des droits égaux à ceux des enfants naturels.

Néanmoins , le Code contient également de nombreuses dispositions qui diffèrent des pratiques modernes.
Les personnes adoptées étaient sévèrement punies s'ils tentaient de retourner dans leur famille de naissance et le contrat d'adoption pouvait être annulé si les devoirs filiaux de l'enfant adopté n'étaient pas été correctement remplis.
Ces dispositions avaient des conséquences particulièrement graves pour les personnes qui avaient été esclaves, parce que la résiliation du contrat d'adoption les faisaient retourner à la servitude.
Le contrat d'adoption pouvait aussi être dissout par un tribunal sur demande de la personne adoptée si le parent adoptif avait échoué dans l'apprentissage d'un métier pour l'adopté ou si l'adopté n'avait pas été correctement élevé par la famille adoptive.
Si un parent adoptif s'était remarié et avait décidé de résilier le contrat avec l'enfant adopté, ce dernier avait le droit d'hériter d'un tiers des biens de la part d'un enfant naturel mais n'avait pas de droits sur la maison ou un terrain de la famille adoptive.

Contrairement à la plupart des lois modernes d'adoption, seule l'adoption d' enfants de sexe masculin était autorisée.

[Source : United Nations Department of Economic and Social Affairs/Population Division, Child adoption : Trends and Policies. New York, United Nations, 2010]

[VOIR AUSSI : 
>>> ADOPTION - L'ADOPTION LEGALE : DEPUIS QUAND ? ]

samedi 29 mars 2014

Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...

Pendant les 24 années de son régime, le dictateur roumain Nicolae Ceausescu a tenté d'augmenter la population de la Roumanie avec des politiques draconiennes "pro-natalistes" interdisant l'avortement et la contraception.
 
Propaganda Poster of the People's Genius and his Scientist Spouse greeted by Happy Children
Des programmes médico-sociaux, y compris les soins infirmiers, le travail social, les sages-femmes, la psychologie et l'éducation spécialisée, ont été démantelés. Les décès maternels ont monté en flèche et les avortements illégaux étaient poursuivis ;
des milliers d'enfants non désirés sont entrés dans des institutions d'Etat.

Après l'exécution de Ceausescu en 1989, le monde a découvert avec horreur l'existence de plus de 700 énormes institutions d'Etat abritant 100.000 à 300.000 enfants, souvent dans des conditions épouvantables.

En Ungureni, par exemple, dans une maison de 200 enfants, 40 enfants sont morts chaque année de faim et de froid.
De nombreuses installations avaient prévu moins que le minimum vital de nourriture, de vêtements et de sécurité. Les ratios de soignants étaient aussi élevés que 60 pour 1.
Les conditions dans les établissements pour "irrécupérables" étaient innommables.

Dans des environnements moins terribles, les enfants avaient de graves retards dans la cognition, les fonctions sociales, et les capacités motrices. Même des enfants normaux neurologiquement présentaient couramment des comportements d'auto-stimulation telles que bascule du corps (35 % -50 %), battements du poignet (6 % -10 %),  visage figé (10 % -15 %), et suivi avec le doigt (18 % -19 %).

La plupart des adultes d'aujourd'hui ont de vifs souvenirs de photos déchirantes réalisées dans le début des années 1990 de ces enfants confinés.
Des milliers d'Américains, des Européens et des Canadiens se sont précipités en Roumanie pour adopter des enfants.
Beaucoup d'enfants ont été placés dans des familles adoptives dans un processus qui a été "sauvagement" non réglementé et sans la surveillance du gouvernement.
Les adoptions ont augmenté de moins de 30 en 1989 à plus de 10 000 en 1990. Au Canada , 1 013 visas ont été délivrés pour des enfants adoptés roumains entre Janvier 1990 et Avril 1991.

Peu à peu, des réglementations gouvernementales ont été appliquées, et un semblant d'ordre a été imposé. Au milieu des préoccupations sur la corruption, cependant, l'adoption internationale en Roumanie a été stoppée pendant les 5 dernières années [NDLR : depuis 1999].

Actuellement (2004), un moratoire sur l'adoption internationale reste en place, tandis que les représentants du gouvernement tentent d'introduire et de renforcer les réformes.
Parallèlement, l'autorité pour la prise en charge des enfants abandonnés a été transférée du niveau national aux collectivités locales et le budget de la protection des enfants a sensiblement augmenté. Des efforts ont été accomplis dans certaines localités pour fermer les grandes institutions et les remplacer par des petits foyers familiaux ou des familles d'accueil.

Malgré ces réformes, plus d'enfants vivent dans des institutions roumaines aujourd'hui (2004) qu'il y a 10 ans : 45 953 vs 43 854. Le nombre total d'enfants institutionnalisés en Roumanie (y compris les enfants vivant dans des pensionnats spéciaux)  approche les 100.000, même si 20 000 enfants ont quitté les orphelinats depuis 1989.

[Source : MILLER Laurie C. THE HANDBOOK OF INTERNATIONAL ADOPTION MEDICINE
A Guide for Physicians, Parents, and Providers. Oxford University Press. 2005.]

[Traductions des paroles ICI]



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