lundi 14 avril 2014

Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé...

Des abandons d’enfants, il y en a eu de tous temps et en tous lieux. Mais la Roumanie présente la spécificité d’être un pays où ils ont été encouragés et organisés par l’Etat.

Cette "monstruosité" est due à Ceausescu qui poursuivait un triple objectif : démographique (doubler la population de la Roumanie), idéologique (consacrer la suprématie de l’Etat sur la famille) et politique (sélectionner les “meilleurs” et éliminer les plus faibles dans une optique darwinienne - “the fittest will survive” -).

Le système, mis en place par une ordonnance de 1970, comportait alors deux volets.
D’une part, obligation était faite aux femmes de mettre au monde cinq enfants.
A partir de l’âge de la puberté, elles étaient soumises à des examens gynécologiques et, si elles ne procréaient pas, dans le mariage ou en dehors, subissaient des sanctions : diminution de salaires, exclusion de la Sécurité sociale, perte de l’emploi, expulsion du logement, etc. : l’Etat donnant tout peut aussi tout enlever.
Le corollaire de cette obligation de procréer était l’interdiction d’avorter, et l’avortement était donc sévèrement puni.
D’autre part, un réseau d’orphelinats a été développé dans le pays. Au total, ce sont environ 600 “institutions” qui seront ouvertes, réparties en plusieurs catégories.

L’abandon institutionnalisé

A la base, un “tronc commun”, les leagan, orphelinats destinés à accueillir les bébés de la naissance jusqu’à l’âge de 3 ans. Au moins un “leagan” est ouvert dans chacun des 41 départements du pays. A l’âge de 3 ans, les enfants passent un “examen” devant une commission administrative départementale chargée de trier les “bons” des “mauvais”.

Les “bons”, ce sont les enfants qui ont résisté aux souffrances du “leagan” : ils sont alors dirigés vers la “bonne” filière, celle des “casa de copii prescolari” (3 à 6 ans) et des “casa de copii” (6 à 18 ans).


Les «Camin Spital» roumains, orphelinats-hôpitaux sous le régime de Ceausescu. Véritables mouroirs où les enfants survivent dans des conditions épouvantables. Même plus la force de chasser les mouches… Dans la cuisine désaffectée de l’ancien hôpital Bretonneau, lors de l’exposition «Entre ciel et terre», des terrariums en guise de couveuses sur un tas de terre noire. Y pullulent de mouches. Espoir : un rayon lumineux tombe du plafond. Reflété par des miroirs, il traverse les couveuses et se projette sur les murs.
rituel VIII : Camin Spital 1991 ; Marie Ponchelet - artiste plasticienne

Les “mauvais”, ce sont les plus faibles ou les plus sensibles, ceux que la solitude et les mauvais traitements, en particulier les piqûres à tout bout de champ, ont “abîmés”, soit physiquement (handicapés moteur), soit psychiquement (handicapés mentaux). Pour ces “déchets”, indignes du paradis socialiste, des filières de mouroirs, dissimulés à la campagne, sont mises en place, les “camin spital” et les “centres de neuro-psychiatrie infantile”, auxquels s’ajoutent, à partir des années 80, les orphelinats pour enfants séropositifs.

Dans le même esprit de sélection des “meilleurs”, l’appareil des orphelinats comprend aussi tout un réseau d’écoles spéciales”, dépotoirs ruraux dans lesquels sont relégués les enfants non abandonnés à la naissance, mais en retard scolaire. Ces enfants sont enlevés à leurs familles et expédiés au fin fond du pays pour disparaître de la société dont ils sont jugés indignes.

[Source : DE COMBRET François - fondateur de SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés)-. Les enfants abandonnés. in 1989 - 2009 20 ans après la Révolution : l’abandon des enfants en Roumanie.
Article paru dans la revue Humanitaire, Le Quai d'Orsay et l'humanitaire, n°7, printemps/été 2003.]

[ VOIR AUSSI :
>>> Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...]



vendredi 11 avril 2014

Adoption en Russie (4) - XVIIIe siècle - Hospices, Dépôts anonymes de nourrissons, Adoptions impériales, "Maisons d'éducation", "Enfants-citoyens"...



Avec le XVIIIe siècle, l'apparition de la notion de personne en tant qu'individu devient antinomique avec le plein pouvoir parental.

Mais un des pas importants dans la régulation législative des questions familiales est le passage à la prise en charge laïque des questions de mariage et de relations familiales.

Le contrôle des agissements des tuteurs et la place de l'enfant adopté dans la famille est mis en place sous le règne de Pierre 1er (dit Pierre le Grand, règne de 1682 à 1725). C'est d'ailleurs Pierre 1er qui publie un oukaze qui oblige les institutions judiciaires à faire en sorte que "les orphelins soient tous pris en charge par des tuteurs nommés et contrôlés par des magistrats". Il met également en place des hospices pour accueillir les enfants orphelins ou abandonnés, avec la possibilité de dépôt anonyme des nourrissons abandonnés. Ce qui illustre le souci des souverains pour les enfants abandonnés.

Giovanni Battista LAMPI - Catherine II de Russie avec les Allégories de l'histoire et du temps. 
Grand Palais, Paris.

Cependant, il n'existe encore aucune loi sur l'adoption en tant que telle, ni sous son règne, ni sous celui de Catherine II, qui lui succède.
Cette dernière a cependant fait une exception en autorisant les deux frères Osteraman à adopter le premier petit-fils de leur sœur, en respectant scrupuleusement les formalités administratives.
Ce premier pas a été à l'origine de quelques autres adoptions, mais dans des cas concrets et peu nombreux, et tous validées pas l'impératrice elle-même.
 Sous son règne, il faut toutefois noter que de nouvelles dispositions administratives améliorent un peu le sort des enfants sans famille, en institution, ou sur leur placement en famille. Si auparavant, ils étaient asservis par les personnes ou institutions qui les accueillaient, à présent ils sont pris en charge en institutions jusqu'à leur majorité, et ils en sortent libres.
Les institutions s'ouvrent également plus largement  aux enfants abandonnés, et plus seulement aux orphelins. Des "Maisons d'éducation" au statut légal réglementé sont ouvertes à Moscou et Saint-Pétersbourg, et accueillent des enfants dans le but de réduire la misère, de les instruire et les protéger, mais aussi de créer une nouvelle catégorie de personnes, des enfants-citoyens en capacité de servir leur pays dans différents domaines de l'art, de l'artisanat, ou pour participer par leur travail au fonctionnement du pays. Catherine II met également en place un système d'accueil des jeunes enfants dans des familles qui se voient attribuer une aide financière pour leur éducation et leur instruction, jusqu'à 6-7 ans, âge auquel ils peuvent intégrer une institution.

Le système de tutelle continue de se développer. Des exigences apparaissent en matière d'éducation, distinctes selon le milieu social.
Un orphelin noble devait être éduqué selon les règles de son rang, différentes pour un orphelin d'une famille de marchands ou de bourgeois.


[Source : toujours russe, toujours sûre et tellement Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]

jeudi 3 avril 2014

Adoption en Mésopotamie (1) - Adoption à Babylone dans le Code d'Hammourabi : Généralités...

L'un des premiers textes juridiques faisant référence à l'adoption est le Code d'Hammourabi.

Stèle du Code d'Hammourabi. Musée du Louvre, département des Antiquités orientales, Paris.

Ce code, discours du roi Hammourabi,  qui date du XVIIIe siècle avant JC, contient de nombreux articles qui sont toujours d'actualité dans les lois d'adoption moderne.
Par exemple , le code établit que l'adoption est un contrat juridique qui ne peut être exécuté qu'avec le consentement des parents de naissance.
Comme dans de nombreuses lois d'aujourd'hui, les parents de naissance cessent détenir une créance sur l'enfant une fois exécuté l'acte transférant la tutelle de l'enfant adopté aux adoptants.
En outre, le Code d'Hammourabi accorde aux enfants adoptés des droits égaux à ceux des enfants naturels.

Néanmoins , le Code contient également de nombreuses dispositions qui diffèrent des pratiques modernes.
Les personnes adoptées étaient sévèrement punies s'ils tentaient de retourner dans leur famille de naissance et le contrat d'adoption pouvait être annulé si les devoirs filiaux de l'enfant adopté n'étaient pas été correctement remplis.
Ces dispositions avaient des conséquences particulièrement graves pour les personnes qui avaient été esclaves, parce que la résiliation du contrat d'adoption les faisaient retourner à la servitude.
Le contrat d'adoption pouvait aussi être dissout par un tribunal sur demande de la personne adoptée si le parent adoptif avait échoué dans l'apprentissage d'un métier pour l'adopté ou si l'adopté n'avait pas été correctement élevé par la famille adoptive.
Si un parent adoptif s'était remarié et avait décidé de résilier le contrat avec l'enfant adopté, ce dernier avait le droit d'hériter d'un tiers des biens de la part d'un enfant naturel mais n'avait pas de droits sur la maison ou un terrain de la famille adoptive.

Contrairement à la plupart des lois modernes d'adoption, seule l'adoption d' enfants de sexe masculin était autorisée.

[Source : United Nations Department of Economic and Social Affairs/Population Division, Child adoption : Trends and Policies. New York, United Nations, 2010]

[VOIR AUSSI : 
>>> ADOPTION - L'ADOPTION LEGALE : DEPUIS QUAND ? ]

samedi 29 mars 2014

Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...

Pendant les 24 années de son régime, le dictateur roumain Nicolae Ceausescu a tenté d'augmenter la population de la Roumanie avec des politiques draconiennes "pro-natalistes" interdisant l'avortement et la contraception.
 
Propaganda Poster of the People's Genius and his Scientist Spouse greeted by Happy Children
Des programmes médico-sociaux, y compris les soins infirmiers, le travail social, les sages-femmes, la psychologie et l'éducation spécialisée, ont été démantelés. Les décès maternels ont monté en flèche et les avortements illégaux étaient poursuivis ;
des milliers d'enfants non désirés sont entrés dans des institutions d'Etat.

Après l'exécution de Ceausescu en 1989, le monde a découvert avec horreur l'existence de plus de 700 énormes institutions d'Etat abritant 100.000 à 300.000 enfants, souvent dans des conditions épouvantables.

En Ungureni, par exemple, dans une maison de 200 enfants, 40 enfants sont morts chaque année de faim et de froid.
De nombreuses installations avaient prévu moins que le minimum vital de nourriture, de vêtements et de sécurité. Les ratios de soignants étaient aussi élevés que 60 pour 1.
Les conditions dans les établissements pour "irrécupérables" étaient innommables.

Dans des environnements moins terribles, les enfants avaient de graves retards dans la cognition, les fonctions sociales, et les capacités motrices. Même des enfants normaux neurologiquement présentaient couramment des comportements d'auto-stimulation telles que bascule du corps (35 % -50 %), battements du poignet (6 % -10 %),  visage figé (10 % -15 %), et suivi avec le doigt (18 % -19 %).

La plupart des adultes d'aujourd'hui ont de vifs souvenirs de photos déchirantes réalisées dans le début des années 1990 de ces enfants confinés.
Des milliers d'Américains, des Européens et des Canadiens se sont précipités en Roumanie pour adopter des enfants.
Beaucoup d'enfants ont été placés dans des familles adoptives dans un processus qui a été "sauvagement" non réglementé et sans la surveillance du gouvernement.
Les adoptions ont augmenté de moins de 30 en 1989 à plus de 10 000 en 1990. Au Canada , 1 013 visas ont été délivrés pour des enfants adoptés roumains entre Janvier 1990 et Avril 1991.

Peu à peu, des réglementations gouvernementales ont été appliquées, et un semblant d'ordre a été imposé. Au milieu des préoccupations sur la corruption, cependant, l'adoption internationale en Roumanie a été stoppée pendant les 5 dernières années [NDLR : depuis 1999].

Actuellement (2004), un moratoire sur l'adoption internationale reste en place, tandis que les représentants du gouvernement tentent d'introduire et de renforcer les réformes.
Parallèlement, l'autorité pour la prise en charge des enfants abandonnés a été transférée du niveau national aux collectivités locales et le budget de la protection des enfants a sensiblement augmenté. Des efforts ont été accomplis dans certaines localités pour fermer les grandes institutions et les remplacer par des petits foyers familiaux ou des familles d'accueil.

Malgré ces réformes, plus d'enfants vivent dans des institutions roumaines aujourd'hui (2004) qu'il y a 10 ans : 45 953 vs 43 854. Le nombre total d'enfants institutionnalisés en Roumanie (y compris les enfants vivant dans des pensionnats spéciaux)  approche les 100.000, même si 20 000 enfants ont quitté les orphelinats depuis 1989.

[Source : MILLER Laurie C. THE HANDBOOK OF INTERNATIONAL ADOPTION MEDICINE
A Guide for Physicians, Parents, and Providers. Oxford University Press. 2005.]

[Traductions des paroles ICI]



jeudi 27 mars 2014

Adoption en Corée du Nord (3) - L'histoire non officielle de l'adoption en Corée du Nord aujourd'hui (années 2000)...

[Voir aussi : 
>>> Adoption en Corée du Nord (1) - Un sujet problématique ; histoire officielle de l'adoption en Corée du Nord...
>>> Adoption en Corée du Nord (2) - Politique de l'adoption entre Corée du Nord et Corée du Sud... ]

L’histoire non officielle de l’adoption en Corée du Nord aujourd’hui (années 2000)...

Depuis 1995, une combinaison de catastrophes naturelles, d’isolement croissant après la chute de l'Union soviétique et d'une économie planifiée démolie, a plongé la Corée du Nord dans une famine de dimensions catastrophiques.
On estime que 2 millions de personnes sont mortes de faim et 200 000 enfants sont devenus orphelins. Le pays doit encore faire face au problème de milliers d'enfants orphelins, et cette fois, selon les travailleurs humanitaires d'urgence sur place, le régime nord-coréen semble avoir choisi de les garder enfermés dans des établissements mal équipés pour éviter de nouvelles perturbations sociales.

Ironiquement, certaines des organisations de secours qui travaillent en Corée du Nord comme Holt International et Children ́s Home Society, sont des agences d'adoption du Sud traitant l'adoption internationale de la Corée du Sud, et une hypothèse raisonnée dit que certains d'entre eux attendent avec impatience l'effondrement du système de la Corée du Nord et un approvisionnement presque illimité d'enfants adoptables puisque la Corée du Sud est en train de diminuer consciemment ses quotas de l'adoption internationale à chaque année.

De plus, certains des Sud-Coréens adoptés adultes ont visité la Corée du Nord, soit en tant que représentants des médias, soit en tant que travailleurs humanitaires, tandis que plusieurs responsables américains traitant des questions nord-coréennes comme James Keat, premier secrétaire de l'ambassade américaine à Séoul, et William Perry, ancien secrétaire à la Défense des États- Unis et auteur du rapport Perry en 1999 [NDLR : soumis au congrès américain en septembre 1999, le rapport Perry prône la normalisation des rapports entre la Corée du Nord et les Etats-Unis], sont des parents adoptifs d’enfants sud-coréens.

Kim Il Sung and Kim Jong Il depicted in "We are the happiest children in the world." 
Déjà au début des années 1990, Kim Jong Il a engagé les citoyens de la Corée du Nord à adopter les enfants orphelins du pays, et une source affirme qu’entre janvier 1992 et septembre 1993, on a procédé à 1 060 adoptions.

En juin 2001, les médias sud-coréens furent en mesure de révéler l'histoire jusque-là inconnue de l’adoption internationale nord-coréenne qui eut lieu dans le cadre de la guerre. Déjà pendant la guerre, les médias occidentaux écrivirent parfois sur les enfants de femmes soldats nord-coréennes et de guérilleros dans le Sud qui étaient pris en charge par les troupes de l'ONU, mais l'ampleur exacte de l'adoption internationale de la Corée du Nord n’avait jamais été connue auparavant.

Entre 1951 et 1952, 2 500 orphelins nord-coréens de guerre avaient été adoptés dans différents pays communistes; jusqu’à 1 500 en Roumanie de Ceaucescu et environ 200 chacun en Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Mongolie et probablement aussi en Chine et en Russie, et à la même période, le gouvernement chinois permit à plus de 200 000 enfants réfugiés nord-coréens de fréquenter les écoles chinoises en Mandchourie.

Avec tout cela à l'esprit, on doit dorénavant considérer que la Corée du Nord n’est techniquement pas habilitée à accuser la Corée du Sud d’« exporter » des enfants aux pays étrangers.

De plus, l'adoption des enfants nord-coréens par des Coréens du Sud pourrait bientôt être une réalité, puisque le nombre de réfugiés de la Corée du Nord continue d'augmenter. Soit dit en passant, les Coréens ethniques de Mandchourie ont déjà commencé à arriver en tant qu’adoptés en Corée du Sud, quoiqu’en très petit nombre.

En janvier 2002, deux enfants orphelins nord-coréens de Mandchourie, qui avec des milliers d'autres enfants sans parents avaient traversé la frontière du fleuve Tumen en quête de nourriture, ont reçu l’asile en Corée du Sud, et dans le débat qui a suivi le missionnaire américain Tim Peters a déclaré dans une interview: « Je pense que l'adoption est une excellente solution. Vous vous souvenez peut-être que de nombreux enfants orphelins sud-coréens ont été adoptés par des familles de l'Ouest après la guerre de Corée. Il est temps pour les Sud-Coréens de faire de même. »

[Source : Corée du Nord et adoption ; Tobias Hübinette (Korean Quarterly, hiver 2002/2003)
http://www.tobiashubinette.se/core_du_nord_et_adoption.pdf >]






mardi 25 mars 2014

Adoption en Corée du Nord (2) - Politique de l'adoption entre Corée du Nord et Corée du Sud...

[Voir aussi : 
>>> Adoption en Corée du Nord (1) - Un sujet problématique ; histoire officielle de l'adoption en Corée du Nord... ]

Politiques de l’adoption entre Corée du Nord et Corée du Sud

L’adoption sud-coréenne commença après la guerre de Corée, se poursuivit au cours des années 1960 et atteignit son apogée dans les années 1970 et 1980.

Les années 1970 virent une bataille acharnée pour la légitimité entre les deux États coréens par tous les moyens possibles ; de la propagande écrite et orale à un coûteux championnat dans l'établissement d'ambassades et des tentatives d'assassinat. En conséquence, la question controversée de l’adoption internationale de la Corée du Sud devint une partie de cette guerre de propagande.


Peinture du côté Nord-coréen de la Zone Démilitarisée où il est écrit :
"Nos enfants hériteront d'une péninsule unifiée !"

Au début des années 1970, la Corée du Nord accusait ouvertement la Corée du Sud de vendre la progéniture coréenne aux Occidentaux dans un but lucratif comme un exemple révoltant du soi-disant flunkeyisme [NDLR : flunkyism en anglais ; mise en servitude, en domesticité] ou sadaejuûi, l'attitude inverse étant bien sûr l'autonomie ou chujê.

Le Pyongyang Times écrivit : « Les traîtres de la Corée du Sud, vétérans de trahisons, vendent des milliers, des dizaines de milliers d'enfants loqueteux et affamés aux maraudeurs étrangers sous le nom d'‘enfants adoptés’. »
La mise en évidence de la question conduisit à des arrêts temporaires affectés par la panique, l'adoption internationale fut transformée en quelque chose de similaire à un secret d’État officiel, et l'adoption domestique fut promue en Corée du Sud à partir de 1975.

L'adoption internationale impliqua aussi les pour et les contre des États coréens respectifs. 
L’organisation pro-Nord, Chongryun, commença à inclure des « compatriotes adoptés à l'étranger » en adressant leurs lettres concernant les affaires coréennes, et le magazine tout aussi progressiste Hanyang publia une attaque furieuse contre l'adoption internationale considérée comme un « crime », « vendant nos propres citoyens aux étrangers », et comme un « affront contre la nation » :

« Alors, dans quel but ces Occidentaux importent-ils des orphelins coréens?
La vie occidentale est complètement gouvernée par des vices tels que l'exploitation, la répression, la xénophobie, et l'égoïsme, et il n'est pas possible que ces gens adoptent nos orphelins de l'autre bord de l'océan par sympathie. 
Pourquoi de tels gens voudraient-ils encore élever nos orphelins à devenir des êtres humains convenables? 
Une telle vertu ne peut pas exister dans leur société où règne la loi de la jungle
La seule raison possible d'adopter nos orphelins serait l'argent... Ils devront certainement investir de l'argent pour élever ces enfants jusqu'à qu’à ce que ces derniers se transforment en une main-d'œuvre productive
Les conquérants n'entraînent-ils pas toujours les autochtones selon les manières des premiers pour que ces derniers soient dociles à toute exploitation coloniale par les premiers? 
Pour la même raison, les parents occidentaux éduqueraient leurs enfants coréens à être de bons « esclaves de maison »
Considérant cela, comme les épreuves de ces enfants adoptés doivent être énormes! »

Pendant la décennie 80, les médias nord-coréens continuèrent à écrire sur le sort des enfants abandonnés en Corée du Sud, et en 1988, lorsque les médias occidentaux commencèrent à écrire sur l'adoption internationale pendant les Jeux olympiques de Séoul, la Corée du Nord reprit son activité. 

Le magazine américain The Progressive ouvrit en publiant un article d'investigation dans son édition de janvier, qui dépeignait la Corée du Sud comme un pays spécialisé dans le business d’enfants.
L'article fut immédiatement publié en feuilleton dans le magazine nord-coréen The People ́s Korea, et l'attention négative qui suivit, créa une image de la Corée du Sud en tant que plus grand exportateur d’orphelins au monde ou koasuch'ulguk.

Enfin, en 1992, la Corée du Nord invita solennellement un Coréen adopté d'Allemagne au Festival mondial de la jeunesse à Pyongyang comme une façon de montrer la solidarité ethnique coréenne.

[Source : Corée du Nord et adoption ; Tobias Hübinette (Korean Quarterly, hiver 2002/2003)
< http://www.tobiashubinette.se/core_du_nord_et_adoption.pdf >]



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