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jeudi 1 octobre 2015

Adoption en Roumanie (3) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (2) : La chute de Ceausescu : l'espoir déçu ; Le tournant de 1997 : décentralisation et politique de "désinstitutionnalisation"...

La chute de Ceausescu : l’espoir déçu

[Voir auparavant :  >>> Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé... ]

Lors de l’élimination de Ceausescu, à la fin de 1989, ce système était en place depuis vingt ans et fonctionnait à plein rendement : l’abandon d’enfants était entré dans les mœurs et fournissait des petites victimes par milliers pour entretenir cet énorme appareil d’orphelinats, devenu le premier employeur du pays avec environ 100 000 salariés.
A Bucarest, les ministères se disputaient la tutelle sur les orphelinats, et chacun — la Santé, l’Education, le Travail, les Handicapés — poussé par les syndicats, en voulait sa part et "s’arrachait" cette manne providentielle, revendiquant le droit d’avoir “ses” enfants abandonnés.

Romanian Orphans. © Robert Levy/Mental Disability Rights International. [Source : New-York Times, 2006.]

A la veille de la “Révolution”, on estime à environ 120 000 le nombre de jeunes prisonniers de cette "machine à broyer des vies d’enfant". Logiquement, la disparition du “génie des Carpates”, en décembre 1989, aurait dû marquer la fin du système. En effet, l’une des premières lois votées par le Parlement roumain en 1990 a abrogé l’obligation de procréer et autorisé l’avortement tandis que, par ailleurs, les télévisions du monde entier avaient révélé les conditions de vie épouvantables des enfants dans les orphelinats, et diffusé des images qui rappelaient des temps abominables que l’on croyait révolus.
Du coup, les ONG du monde entier ont afflué en Roumanie, et un grand élan de solidarité s’est développé en Europe occidentale et aux Etats-Unis pour secourir les enfants des orphelinats.
Et pourtant.
Comme un canard décapité qui continue à courir, le système a survécu pendant sept années à la disparition de son fondateur : il faudra attendre 1997 pour que l’ordonnance scélérate de 1970 soit abrogée.

Pendant les années 1990-1997, le système des abandons d’enfants, et de leur enfermement en orphelinats, a en effet continué sans grand changement. Pourquoi ?
Trois raisons principales viennent expliquer le maintien de ce système.
D’une part, la misère due à la transition d’un système collectiviste à une économie libérale s’est en quelque sorte substituée à la contrainte de la loi de 1970 pour provoquer les abandons d’enfants, qui se sont poursuivis au même rythme qu’autrefois (environ 10 000 par an).
D’autre part, les ministères de tutelle des orphelinats et les syndicats des personnels se sont arc-boutés pour garder leurs proies : les abandons d’enfants étaient leur gagne-pain.
Enfin, l’Union européenne, principal bailleur de fonds des ONG, a commis la grave erreur de financer l’aide aux orphelinats sans exiger de la part du gouvernement roumain l’abrogation de l’ordonnance de 1970.
Autrement dit, la manne bruxelloise, qui s’est élevée à plusieurs dizaines de millions d’euros au cours de cette période 1990-1997, a servi non pas à changer le système, mais à l’améliorer. Pas une seule fois, au cours de ces sept années post-révolutionnaires, l’Union européenne n’a subordonné son aide au respect du droit de l’enfant à une famille, pourtant inscrit dans le Préambule de la Déclaration des Nations unies ratifié par la Roumanie dès 1990. Des “bureaux d’études” français, anglais ou belges commissionnés et grassement rémunérés par l’Union européenne, se sont succédé à Bucarest et ont élaboré toutes sortes de rapports sans jamais dénoncer le cœur même du système, à savoir l’abandon des enfants.
Le plus étonnant peut-être est qu’aucune des grandes ONG présentes en Roumanie pendant cette période ne se soit insurgée : elles ont continué à couvrir le drame tant qu’elles ont trouvé des financements communautaires, puis sont parties, les unes après les autres, sur la pointe des pieds pour la plupart, quand les sources de financement se sont taries.

Ainsi, à la fin de 1996, au moment où M. Constantinescu a succédé à M. Iliescu à la présidence de la République, l’ordonnance de 1970 était toujours l’alpha et l’oméga de la “politique de protection de l’enfant” en Roumanie, et les 600 orphelinats de Ceausescu, dont des mouroirs par dizaines regorgeaient d’enfants, fonctionnaient à plein régime avec un effectif global estimé à environ 100 000 enfants.

Le tournant de 1997 

Le tournant est survenu les 21 et 22 février 1997, avec la visite officielle rendue par le président Chirac à son homologue roumain. Pendant les deux journées qu’il a passées à Bucarest, M. Chirac n’a cessé de le répéter à ses interlocuteurs : sept années après la disparition de Ceausescu, il est inacceptable que la Roumanie continue à organiser et à encourager l’abandon des enfants, et l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne est inenvisageable tant que ce système honteux perdurera. Le message a été bien compris : quelques jours après la visite de M. Chirac, le Premier ministre roumain, M. Victor Ciobea, a fait entrer au gouvernement un jeune médecin de 28 ans, le docteur Cristian Tabacaru, comme secrétaire d’Etat à la Protection de l’Enfant, avec pour mission de procéder à la réforme tant attendue. Le docteur Tabacaru n’a pas déçu : en quelques mois, il a réussi à changer le système. Sa première décision a consisté à abroger l’ordonnance de 1970 sur laquelle reposait tout l’appareil des orphelinats : tel a été l’objet de l’ordonnance du 12 juin 1997. Dans le même temps, surmontant la résistance acharnée des syndicats de personnel, des politiciens et des ministères, le docteur Tabacaru a réussi à transférer aux Conseils généraux la tutelle sur certains orphelinats : les “leagan” et les “casa de copii”. Il a fallu attendre novembre 1999, et l’intervention de la Commission européenne, pour que les autres orphelinats (“camin spital”, “centres de NPI”, et “écoles spéciales”), soient à leur tour décentralisés, tant la réforme rencontra d’oppositions.

Cette politique de décentralisation fut la clé du changement pour deux raisons principales.
D’une part, l’intérêt des Conseils généraux diverge fondamentalement de celui des ministères : les premiers, par souci d’économies, ont tout avantage à ce qu’il y ait le moins d’enfants possible dans les orphelinats, alors que les seconds cherchent au contraire à en avoir le plus grand nombre pour justifier davantage d’emplois ou de crédits budgétaires ;
d’autre part, les Conseils généraux sont, par définition, plus proches des enfants et des familles que les fonctionnaires des ministères à Bucarest : ils savent ce qui se passe dans les orphelinats et peuvent donc réagir plus rapidement.
Du fait de la décentralisation des orphelinats, une nouvelle administration apparut dans le pays, celle des Directions Départementales de la Protection de l’Enfant (D.D.P.E.) : depuis le 1er janvier 1998, chacun des 41 départements de Roumanie est doté d’une D.D.P.E., sur le modèle de nos D.D.A.S.S. Le rôle de ces D.D.P.E. consiste à faire respecter le droit de chaque enfant à une famille, et donc à mener une politique de “désinstitutionnalisation”.

[Source : DE COMBRET François - fondateur de SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés)-. Les enfants abandonnés. in 1989 - 2009 20 ans après la Révolution : l’abandon des enfants en Roumanie
Article paru dans la revue Humanitaire, Le Quai d'Orsay et l'humanitaire, n°7, printemps/été 2003.]


[VOIR AUSSI :
Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...

Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé...  ]


EN SAVOIR PLUS : 
>>> Blog : lesadoptesderoumanie.blogspot.com





mardi 2 juin 2015

Adoption en Russie (6) - XXe siècle - Adoption d'enfants illégitimes, Système collectif d'orphelinats, Adoption dans l'intérêt de l'adopté...

Une étape importante pour l'adoption est franchie en 1891, et la parution de la loi "enfants adoptés et légitimés". Ce texte permet l'adoption d'enfants illégitimes, indépendamment du statut social ou de la croyance religieuse. Mais ici encore le cadre était strict et restreint : les adoptants devaient avoir moins de 30 ans et ne pas avoir d'enfants biologiques.  

La notion d'adoption comprenait alors trois catégories :
  • La première était l'adoption par vœu. Elle était considérée comme la plus précieuse, car en général, l'adoptant se préoccupait du bien-être de l'enfant de façon complètement désintéressée.
  • Dans la seconde catégorie entraient les enfants adoptés par leur nourrice
  • La troisième catégorie, l'adoption en récompense, était considérée comme la moins souhaitable, sans la moindre valeur morale
 Il est donc évident que dès le début du XXe siècle, l'adoption n'était pas seulement un moyen de régler des problèmes de patrimoine, mais aussi une question morale.
L'arrivée du pouvoir soviétique a complètement changé la donne.

Cortège théâtralisé des enfants de l'Assistance Publique, 1918

Après la révolution de 1917, la jeune république soviétique a dû prendre en charge un incroyable nombre d'orphelins et d'enfants sans famille, ce qui se fit dans les orphelinats, qui ont vite été bondés. En 1918, tous les enfants, quelle que soit leur situation familiale, ont été déclarés "enfants de l'Etat", donc placés sous la protection de l'Etat. Et jusqu'à la dissolution de l'URSS plusieurs types d'orphelinats et d'accueil furent créés, ceci toujours en système collectif : communes d'enfants, villages d'enfants, camps de pionniers, colonies de travail, maisons de jeunes komsomols...

Le premier code de la famille de la période post-révolutionnaire ne faisait aucune mention de l'adoption en tant que telle. Ceci parce que la question centrale de transmission de patrimoine était bien sûr devenue obsolète. Cependant, la nécessité même de l'adoption n'avait pas disparu. Le nombre d'enfants vagabonds dont les familles avaient disparu grossissait sans arrêt, et les paysans avaient toujours autant besoin de main d’œuvre. Il devint absolument nécessaire de remettre à jour l'institution de l'adoption. Un nouveau code de la famille, paru en 1927, rétablit l'adoption, même si sur ce point il reste très proche du système de l'ancien régime. L'adoption d'un enfant par des tuteurs "indignes", c'est-à-dire appartenant aux "ennemis de classe" est parfaitement impossible. On considérait que les "éléments ennemis", comme les koulaks, ne pouvaient donner à un enfant une bonne éducation, tant scolaire que sociale.

L'expérience s'accumulant en matière d'adoption, l'insuffisance du cadre juridique devint manifeste. La question de la possibilité d'adoption sans accord des parents était alors centrale.  Elle a été réglée en 1934 par une circulaire du Commissariat du Peuple à l'Education d'URSS, qui autorisait une telle adoption, dans le cas où on était sans nouvelles des parents depuis un an.

Cependant, la forme  la plus courante d'accueil des enfants orphelins restait l'accueil en institution. Un nombre important d'orphelinats a été créé après la seconde guerre mondiale. Ils accueillaient plus de 600 000 enfants dont les parents avaient disparu pendant la guerre.

Et c'est justement pendant la guerre que les notions de tutelle et de patronat ont été rétablies, après avoir été supprimées dans les premières années du régime soviétique. En 1942, 37 490 enfants étaient placés sous le régime du patronat.

Dans le code du mariage et de la famille de la République fédérale socialiste soviétique de Russie, paru à la fin des années 60, toutes les questions liées à l'adoption sont traitées avec grande précision.
L'orientation a changé : on entend désormais par "intérêt de l'adopté" l'existence de bonnes conditions pour son épanouissement et son éducation.

[Source : toujours russe, toujours sûre et a fortiori Bleue comme un ciel follement lumineux de Brest sans tonnerre... большое спасибо ;-))]






lundi 23 mars 2015

Adoption en Russie (5) - XIXe siècle - Adoption avec "transmission du nom de famille et du blason", Patronat, Adoption de non-orphelins, Aides aux mères pauvres...

C'est au début du XIXe siècle qu'a été mise en place une législation sur l'adoption.

Ce fut tout d'abord un oukaze qui permettait aux nobles sans enfants d'adopter des enfants légitimes de leur famille proche "avec transmission du nom de famille et du blason". A la suite de ce document ont paru une série d'oukases visant à régulariser la mise en pratique de l'adoption, le tout dans un cadre strictement établi.

C'est à ce moment qu'en Russie, outre la tutelle et l'adoption, apparaît une autre forme d'accueil : le "patronat".
Il s'agit du placement en familles d'enfants, de malades et de toute personne nécessitant une attention quotidienne. Une famille accueillant une enfant dans le cadre du patronat était aidée financièrement, la somme dépendant de l'âge de l'enfant : 5 roubles pour un de moins de cinq ans, celui-ci n'étant pas encore en capacité d'aider au travail domestique, et un peu moins lorsqu'il arrivait en âge de pouvoir travailler. Les aides de l'état étaient interrompues aux 14 ans de l'enfant.
L'accueillant s'engage à prendre soin de l'enfant, à lui donner une instruction basique et à permettre son développement jusqu'à ce qu'il soit en capacité de se prendre en charge.
Ces exigences étaient parfois inconciliables avec le mode de vie et le niveau d'éducation des familles accueillantes, qui étaient le plus souvent pauvres et peu éduquées, ayant besoin d'un revenu fixe et de main d’œuvre gratuite.
Et même s'il existait un contrôle sur le respect des obligations par l'accueillant, la vie des enfants accueillis en famille sous ce régime était extrêmement pénible et difficile. C'était un statut précaire pour l'enfant, du fait aussi que si la famille accueillante n'en voulait plus, elle pouvait le ramener à l'hospice régional.

Peu à peu, le patronat s'étend aussi à la protection par des familles de personnes sortant de prison, de prostituées, d'adultes nécessitant un suivi et des soins.

Au milieu du XIXe siècle apparurent des dispositions qui permettaient d'adopter des non-orphelins. Mais si les parents de l'enfant étaient vivants, leur consentement était, bien entendu, obligatoire.

Nineteenth century photograph of a group of Russian peasant women and children

Au cours du XIXe siècle, devant le nombre croissant d'enfants seuls abandonnés, un accent est mis sur l'aide et l'information aux femmes et aux mères.

Pavel I publie un oukaze sur le versement d'une aide financière aux mères pauvres, aide qui doit bientôt être interrompue devant l'afflux de demandes. Plusieurs mesures sont cependant prises pour que les enfants restent dans leurs familles, au moins les premières années, et ce particulièrement dans les campagnes.


[Source : toujours russe, toujours sûre et certainement Bleue comme un ciel toujours lumineux de Brest sans marée du siècle... большое спасибо ;-))]







lundi 14 avril 2014

Adoption en Roumanie (2) - Adoption en Roumanie (vision humanitaire française) (1) : l'abandon institutionnalisé...

Des abandons d’enfants, il y en a eu de tous temps et en tous lieux. Mais la Roumanie présente la spécificité d’être un pays où ils ont été encouragés et organisés par l’Etat.

Cette "monstruosité" est due à Ceausescu qui poursuivait un triple objectif : démographique (doubler la population de la Roumanie), idéologique (consacrer la suprématie de l’Etat sur la famille) et politique (sélectionner les “meilleurs” et éliminer les plus faibles dans une optique darwinienne - “the fittest will survive” -).

Le système, mis en place par une ordonnance de 1970, comportait alors deux volets.
D’une part, obligation était faite aux femmes de mettre au monde cinq enfants.
A partir de l’âge de la puberté, elles étaient soumises à des examens gynécologiques et, si elles ne procréaient pas, dans le mariage ou en dehors, subissaient des sanctions : diminution de salaires, exclusion de la Sécurité sociale, perte de l’emploi, expulsion du logement, etc. : l’Etat donnant tout peut aussi tout enlever.
Le corollaire de cette obligation de procréer était l’interdiction d’avorter, et l’avortement était donc sévèrement puni.
D’autre part, un réseau d’orphelinats a été développé dans le pays. Au total, ce sont environ 600 “institutions” qui seront ouvertes, réparties en plusieurs catégories.

L’abandon institutionnalisé

A la base, un “tronc commun”, les leagan, orphelinats destinés à accueillir les bébés de la naissance jusqu’à l’âge de 3 ans. Au moins un “leagan” est ouvert dans chacun des 41 départements du pays. A l’âge de 3 ans, les enfants passent un “examen” devant une commission administrative départementale chargée de trier les “bons” des “mauvais”.

Les “bons”, ce sont les enfants qui ont résisté aux souffrances du “leagan” : ils sont alors dirigés vers la “bonne” filière, celle des “casa de copii prescolari” (3 à 6 ans) et des “casa de copii” (6 à 18 ans).


Les «Camin Spital» roumains, orphelinats-hôpitaux sous le régime de Ceausescu. Véritables mouroirs où les enfants survivent dans des conditions épouvantables. Même plus la force de chasser les mouches… Dans la cuisine désaffectée de l’ancien hôpital Bretonneau, lors de l’exposition «Entre ciel et terre», des terrariums en guise de couveuses sur un tas de terre noire. Y pullulent de mouches. Espoir : un rayon lumineux tombe du plafond. Reflété par des miroirs, il traverse les couveuses et se projette sur les murs.
rituel VIII : Camin Spital 1991 ; Marie Ponchelet - artiste plasticienne

Les “mauvais”, ce sont les plus faibles ou les plus sensibles, ceux que la solitude et les mauvais traitements, en particulier les piqûres à tout bout de champ, ont “abîmés”, soit physiquement (handicapés moteur), soit psychiquement (handicapés mentaux). Pour ces “déchets”, indignes du paradis socialiste, des filières de mouroirs, dissimulés à la campagne, sont mises en place, les “camin spital” et les “centres de neuro-psychiatrie infantile”, auxquels s’ajoutent, à partir des années 80, les orphelinats pour enfants séropositifs.

Dans le même esprit de sélection des “meilleurs”, l’appareil des orphelinats comprend aussi tout un réseau d’écoles spéciales”, dépotoirs ruraux dans lesquels sont relégués les enfants non abandonnés à la naissance, mais en retard scolaire. Ces enfants sont enlevés à leurs familles et expédiés au fin fond du pays pour disparaître de la société dont ils sont jugés indignes.

[Source : DE COMBRET François - fondateur de SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés)-. Les enfants abandonnés. in 1989 - 2009 20 ans après la Révolution : l’abandon des enfants en Roumanie.
Article paru dans la revue Humanitaire, Le Quai d'Orsay et l'humanitaire, n°7, printemps/été 2003.]

[ VOIR AUSSI :
>>> Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...]



vendredi 11 avril 2014

Adoption en Russie (4) - XVIIIe siècle - Hospices, Dépôts anonymes de nourrissons, Adoptions impériales, "Maisons d'éducation", "Enfants-citoyens"...



Avec le XVIIIe siècle, l'apparition de la notion de personne en tant qu'individu devient antinomique avec le plein pouvoir parental.

Mais un des pas importants dans la régulation législative des questions familiales est le passage à la prise en charge laïque des questions de mariage et de relations familiales.

Le contrôle des agissements des tuteurs et la place de l'enfant adopté dans la famille est mis en place sous le règne de Pierre 1er (dit Pierre le Grand, règne de 1682 à 1725). C'est d'ailleurs Pierre 1er qui publie un oukaze qui oblige les institutions judiciaires à faire en sorte que "les orphelins soient tous pris en charge par des tuteurs nommés et contrôlés par des magistrats". Il met également en place des hospices pour accueillir les enfants orphelins ou abandonnés, avec la possibilité de dépôt anonyme des nourrissons abandonnés. Ce qui illustre le souci des souverains pour les enfants abandonnés.

Giovanni Battista LAMPI - Catherine II de Russie avec les Allégories de l'histoire et du temps. 
Grand Palais, Paris.

Cependant, il n'existe encore aucune loi sur l'adoption en tant que telle, ni sous son règne, ni sous celui de Catherine II, qui lui succède.
Cette dernière a cependant fait une exception en autorisant les deux frères Osteraman à adopter le premier petit-fils de leur sœur, en respectant scrupuleusement les formalités administratives.
Ce premier pas a été à l'origine de quelques autres adoptions, mais dans des cas concrets et peu nombreux, et tous validées pas l'impératrice elle-même.
 Sous son règne, il faut toutefois noter que de nouvelles dispositions administratives améliorent un peu le sort des enfants sans famille, en institution, ou sur leur placement en famille. Si auparavant, ils étaient asservis par les personnes ou institutions qui les accueillaient, à présent ils sont pris en charge en institutions jusqu'à leur majorité, et ils en sortent libres.
Les institutions s'ouvrent également plus largement  aux enfants abandonnés, et plus seulement aux orphelins. Des "Maisons d'éducation" au statut légal réglementé sont ouvertes à Moscou et Saint-Pétersbourg, et accueillent des enfants dans le but de réduire la misère, de les instruire et les protéger, mais aussi de créer une nouvelle catégorie de personnes, des enfants-citoyens en capacité de servir leur pays dans différents domaines de l'art, de l'artisanat, ou pour participer par leur travail au fonctionnement du pays. Catherine II met également en place un système d'accueil des jeunes enfants dans des familles qui se voient attribuer une aide financière pour leur éducation et leur instruction, jusqu'à 6-7 ans, âge auquel ils peuvent intégrer une institution.

Le système de tutelle continue de se développer. Des exigences apparaissent en matière d'éducation, distinctes selon le milieu social.
Un orphelin noble devait être éduqué selon les règles de son rang, différentes pour un orphelin d'une famille de marchands ou de bourgeois.


[Source : toujours russe, toujours sûre et tellement Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]

samedi 29 mars 2014

Adoption en Roumanie (1) - Histoire de l'adoption internationale en Roumanie (vue des Etats-Unis) : Généralités...

Pendant les 24 années de son régime, le dictateur roumain Nicolae Ceausescu a tenté d'augmenter la population de la Roumanie avec des politiques draconiennes "pro-natalistes" interdisant l'avortement et la contraception.
 
Propaganda Poster of the People's Genius and his Scientist Spouse greeted by Happy Children
Des programmes médico-sociaux, y compris les soins infirmiers, le travail social, les sages-femmes, la psychologie et l'éducation spécialisée, ont été démantelés. Les décès maternels ont monté en flèche et les avortements illégaux étaient poursuivis ;
des milliers d'enfants non désirés sont entrés dans des institutions d'Etat.

Après l'exécution de Ceausescu en 1989, le monde a découvert avec horreur l'existence de plus de 700 énormes institutions d'Etat abritant 100.000 à 300.000 enfants, souvent dans des conditions épouvantables.

En Ungureni, par exemple, dans une maison de 200 enfants, 40 enfants sont morts chaque année de faim et de froid.
De nombreuses installations avaient prévu moins que le minimum vital de nourriture, de vêtements et de sécurité. Les ratios de soignants étaient aussi élevés que 60 pour 1.
Les conditions dans les établissements pour "irrécupérables" étaient innommables.

Dans des environnements moins terribles, les enfants avaient de graves retards dans la cognition, les fonctions sociales, et les capacités motrices. Même des enfants normaux neurologiquement présentaient couramment des comportements d'auto-stimulation telles que bascule du corps (35 % -50 %), battements du poignet (6 % -10 %),  visage figé (10 % -15 %), et suivi avec le doigt (18 % -19 %).

La plupart des adultes d'aujourd'hui ont de vifs souvenirs de photos déchirantes réalisées dans le début des années 1990 de ces enfants confinés.
Des milliers d'Américains, des Européens et des Canadiens se sont précipités en Roumanie pour adopter des enfants.
Beaucoup d'enfants ont été placés dans des familles adoptives dans un processus qui a été "sauvagement" non réglementé et sans la surveillance du gouvernement.
Les adoptions ont augmenté de moins de 30 en 1989 à plus de 10 000 en 1990. Au Canada , 1 013 visas ont été délivrés pour des enfants adoptés roumains entre Janvier 1990 et Avril 1991.

Peu à peu, des réglementations gouvernementales ont été appliquées, et un semblant d'ordre a été imposé. Au milieu des préoccupations sur la corruption, cependant, l'adoption internationale en Roumanie a été stoppée pendant les 5 dernières années [NDLR : depuis 1999].

Actuellement (2004), un moratoire sur l'adoption internationale reste en place, tandis que les représentants du gouvernement tentent d'introduire et de renforcer les réformes.
Parallèlement, l'autorité pour la prise en charge des enfants abandonnés a été transférée du niveau national aux collectivités locales et le budget de la protection des enfants a sensiblement augmenté. Des efforts ont été accomplis dans certaines localités pour fermer les grandes institutions et les remplacer par des petits foyers familiaux ou des familles d'accueil.

Malgré ces réformes, plus d'enfants vivent dans des institutions roumaines aujourd'hui (2004) qu'il y a 10 ans : 45 953 vs 43 854. Le nombre total d'enfants institutionnalisés en Roumanie (y compris les enfants vivant dans des pensionnats spéciaux)  approche les 100.000, même si 20 000 enfants ont quitté les orphelinats depuis 1989.

[Source : MILLER Laurie C. THE HANDBOOK OF INTERNATIONAL ADOPTION MEDICINE
A Guide for Physicians, Parents, and Providers. Oxford University Press. 2005.]

[Traductions des paroles ICI]



jeudi 12 décembre 2013

Adoption en Russie (3) : XVIIe siècle - Considérations d'Etat sur les enfants sans famille et importance de l'Eglise : établissements spéciaux, main d'oeuvre bon marché, tutelles et mises sous tutelle...




Mikhael Nesterov - Tsar Alexei Mikhailovitch (1887 ; Arkhangelsk Museum, Russia)


Au XVIIe siècle, sous le tsar Alexis Mikhaïlovitch, paraît un oukaze qui distingue les "enfants pauvres sans famille" de l'ensemble des miséreux.
C'est dans cet oukaze que pour la première fois est abordée la question d'établissements spéciaux d'accueil de ces enfants, où ils recevraient une instruction et apprendraient un métier.
Ce document témoigne donc de la transition vers une intervention de l'Etat dans ce domaine.
Dès lors, la bienfaisance chrétienne laisse place à une nouvelle idée de "nécessité du gouvernement et du souci d'agir pour le bien de la population".

Cette nouvelle approche s'explique par un fort besoin de main d'oeuvre dans le pays. Les enfants abandonnés étaient avant tout considérés comme des futurs travailleurs, et les autorités confiaient leur éducation autant à des personnes privées qu'à des institutions religieuses, leur permettant de profiter de cette main d'oeuvre gratuite

Cet asservissement est la forme primitive de la préoccupation de l'état pour ces enfants sans famille. Ceux-ci étaient souvent accueillis aussi dans des familles qui les élevaient pour ensuite mieux les asservir. Les statuts de tuteur et d'adoptant continuent d'exister sans aucun changement. Seule une nouvelle ordonnance interdisait d'adopter ses enfants illégitimes.

La tutelle, cependant, commence petit à petit à être régularisée plus en détails. 
La catégorie des tuteurs possibles d'un enfant orphelin est plus déterminée, les parents proches, le beau-père, peuvent y prétendre.

La mise sous tutelle par des services compétents est mise en place. 
C'est là plus souvent l'Eglise qui en est chargée, puisque à cette époque c'est bien elle qui régit toutes les affaires familiales, patrimoniales, de succession et de tutelle.
Mais petit à petit l'obligation pour le tuteur de remettre à son protégé l'ensemble de son bien lorsque celui-ci atteint la majorité devient une contrainte juridique. Le tuteur devient donc le représentant des intérêts de l'enfant qu'il a en charge.

[Source : russe, sûre et Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]

lundi 18 novembre 2013

Adoption en Russie (2) : XIe-XVIe siècle - Les "petits des monastères" :Hospices, Mise en apprentissage, en servitude ou en esclavage...

[VOIR AUSSI :
>>> Adoption en Russie (1) : Temps anciens (jusqu'au XIe S.) - Rites, bonnes actions chrétiennes, tutelles, secours aux orphelins... ]


Wilhelm Amandus BEER - Russian family

Depuis le XIe siècle, et même sous l'Etat moscovite (1478-1485), la situation des enfants restait pour beaucoup inchangée.

C'était encore les parents qui disposaient du droit de marier leurs enfants, de les donner à l'Eglise pour les faire entrer au monastère.

Les évolutions économiques et sociales sous l'état moscovite ont cependant peu influé sur le droit qu'avaient alors leurs parents de donner leurs enfants en esclavage.
Dorénavant, les parents avaient le droit de donner leur enfant en servitude. Le pouvoir des parents sur la liberté des enfants restait immense.


Les orphelins, eux, étaient souvent accueillis dans les monastères, où il étaient élevés, nourris, vêtus.
On parlait à l'époque des "petits des monastères", et dans cette catégorie entraient aussi les enfants orphelins des familles boyardes ruinées.
Il existait dans certains monastères des hospices pour enfants, dans lesquels un starets (instructeur religieux) les prenait en charge.
Ils pouvaient apprendre un métier, travailler aux cuisines, au jardin... Mais il arrivait aussi que des orphelins soient utilisés, vendus, maltraités.

Les enfants des paysans, ayant perdu leurs parents, étaient alors "transmis" à des parents proches ou à des personnes extérieures à la famille, en même temps que les biens des parents disparus.

Si l'orphelin n'avait pas de bien, il vivait en général de mendicité.

[Source : russe, sûre et Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]




mercredi 28 août 2013

Adoption en Russie (1) : Temps anciens (jusqu'au XIe S.) - Rites, bonnes actions chrétiennes, tutelles, secours aux orphelins...

L'adoption en tant que "filiation artificielle", en tant qu'accueil dans la famille d'un "étranger", se pratiquait déjà dans la Rus', du temps du paganisme.

On sait même qu'il existait des cérémonies rituelles spéciales de "création de filiation", ou encore des rites d'accouchement fictif. Il arrivait que, pour une plus grande authenticité, la parturiente fictive soit vêtue d'une chemise tâchée de sang. Cela ne concernait d'ailleurs pas seulement les femmes : les hommes aussi pouvaient "simuler un accouchement".

Après la conversion à l'orthodoxie de la Rus' en 988, l'adoption prend une tonalité plus idéologique, et l'Eglise prend peu à peu en charge ce qui, naguère, était régulé par le droit coutumier. La morale familiale chrétienne se généralise et l'assistance aux miséreux et aux personnes en souffrance, et en particulier aux enfants, fait partie de la "liste des bonnes actions" du chrétien sincère. Elle est motivée par des convictions religieuses ou morales et elle est considérée comme une action qui plait à Dieu.  Un adage d'alors disait : "tu peux te dispenser de prière ou de jeûne, si tu assistes l'orphelin".
En ces temps où l'unité de l'Etat russe n'existait pas, l'assistance aux orphelins était l'affaire des princes, qui pouvaient parfois déléguer cette oeuvre à l'Eglise.

L'adoption ou la mise sous tutelle d'un enfant devenu orphelin étaient alors autant de moyens très concrets existant pour le protéger. L'adoption était donc connue et reconnue dans ces temps où la famille patriarcale incluait sans distinction "les enfants, les esclaves, et les accueillis d'autres familles". Mais avec le temps, le désir de l'adoptant d'avoir un héritier qui prierait pour les âmes du couple sans enfant est de plus en plus fort.

Le système de tutelle sur des mineurs existe cependant depuis presque toujours, et historiquement, la tutelle avait pour dessein la permutation de l'autorité parentale. Mais il faut bien noter qu'à l'origine, la tutelle apparaît plus pour défendre les intérêts de la parentèle de l'orphelin que pour protéger l'enfant dans un élan moral.

Les chroniques rapportent un premier cas de mise sous tutelle en 879.
Après la mort des parents, les tuteurs étaient ceux qui, dans l'organisation familiale, prenaient leur place. Après la mort du prince Igor, c'est sa mère qui devint la tutrice de son fils Sviatoslav. A l'époque, les relations n'étaient que personnelles, et le tuteur ne se préoccupait que de l'éducation et du soin de l'orphelin. Les biens, eux, étaient transmis à la famille entière. Le tuteur n'avait aucune obligation matrimoniale, il n'avait que des droits sur l'enfant, et en usait parfois bien mal.

Vladimir Ier de Kiev

En 996, le prince Vladimir Ier a confié l'organisation de l'assistance publique (qui inclut l'aide aux orphelins) à l'autorité religieuse. Il se préoccupait particulièrement de l'alimentation des orphelins.

Le grand prince Yaroslav (début XIe S) met en place une école pour orphelins, où sont élevés 300 jeunes hommes.

A son tour, le prince Vladimir Monomakh, dans son testament spirituel, appelle  à protéger l'orphelin : "plus que tout, n'oubliez pas les indigents, et nourrissez et aidez le plus possible l'orphelin".

[Source : russe, sûre et Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]




mardi 18 décembre 2012

Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 3) : Adopter/ Adouber/ Adoubement...

Episode 3 du Bestiaire de l'adoption spécial 'Cheval', histoire de couronner le tout avec le rapport entre adopter et adouber, et l'adoubement lui-même...

Si ce n'est fait, LIRE AUSSI :
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 1) : Symbolisme et morceaux choisis d'intérêt mythique et psycho-analytique...
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.1) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (1ère époque) : Pouvoir des Hippeis grecs et des Equites romains, Fosterage des futurs Cavaliers germains, Rite "au poil" des Francs saliens...

 >>Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.2) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (2ème époque) : Fusion des traditions gréco-romaines et germaniques, sous influence du christianisme; de l'investiture du Caballarius à l'adoubement du Chevalier médiéval...


Le verbe adopter vient de adoptare qui signifie la même chose en latin; d'où on a fait dans la basse latinité adobare, qui signifie faire quelqu'un chevalier, lui ceindre l'épée, l'adouber ; d'où est venu aussi ce qu'on appelait un miles adobatus, un chevalier nouvellement fait, parce que celui qui l'avait fait chevalier était censé en quelque façon l'avoir adopté.(1)


ADOUBEMENT(2)

Au Moyen Âge, l'adoubement était une cérémonie officielle à laquelle de nombreux nobles assistaient et qui consistait à consacrer un homme comme chevalier du roi.

Tout homme de bonne naissance, autrement dit riche et descendant de suzerains, après avoir été page puis écuyer pouvait devenir chevalier
Pour ce faire, le père de l'enfant le confiait à une personne de confiance, un ami, ou un membre de sa famille qui devenait son parrain dès que l'enfant avait atteint l'âge de sept ans. Il fallait que le père ait une confiance absolue en cette personne, le parrain, pour lui confier son enfant, car celui-ci devrait passer ses plus jeunes années sous sa garde et être élevé par lui.

De plus, il n'était pas rare qu'un parrain mente à son protégé sur les intentions et la personne de son père, ce qui entraînait bon nombre de trahisons et de guerres d'honneur quand l'enfant ne revenait pas se faire adouber au château familial pour y servir son père jusqu'à sa mort et en attendant de prendre sa place, mais préférait faire allégeance à son parrain et ainsi devenir son chevalier.

Les rois qui n'avaient pas d'héritier et n'étaient pas trop intransigeants envers la morale pratiquaient souvent ce genre de supercherie et désignaient ensuite le jeune chevalier comme leur successeur et héritier.

Dans le château de son parrain, le jeune homme suivait une formation de page.

On peut lire Tristan et Iseut qui explique bien cet apprentissage et dont voici un extrait : 
« Sous sa tutelle, Tristan apprit à chevaucher,à respecter les règles de la chevalerie, à sauter, nager, courir, lancer la pierre, manier l'écu et la lance, les diverses sortes d'art et d'escrime, l'art de vénerie et de fauconnerie, tous les honnêtes ébats recommandés pour fuir l'oisiveté, mère des vices, et en même temps les usages de la courtoisie et les vertus requises au franc homme : honneur, fidélité, hardiesse, débonnaireté, démener grande largesse, parler avec mesure, ne blâmer personne à la légère, éviter les fous et servir les dames. »

Puis, dès qu'il avait atteint l'âge de treize ou quatorze ans, il était nommé écuyer, s'il avait réussi sa formation de page et si l'écuyer qui la lui enseignait était satisfait de son élève. Désormais plus mûr et plus fort physiquement, son entraînement est axé sur l'équitation tandis que sa formation ne se préoccupe plus que du combat à cheval.

La nuit avant la cérémonie est dédiée à la méditation et à la prière.
S'ensuit la cérémonie de l'Hommage pendant laquelle l'écuyer doit prêter « hommage » à son suzerain qui lui remet ses investitures, soit un étendard, symbole du fief. À partir de ce moment, l'écuyer est chevalier, mais aussi vassal du seigneur à qui il a prêté serment.

Un chevalier peut prêter serment à plusieurs suzerains et ainsi posséder plusieurs fiefs, mais il doit exprimer quel est son hommage lige (ou hommage principal) si cette situation se produit. Dans ce cas alors, et s'il y a guerre ou mésentente entre ses suzerains, le chevalier est tenu d'obéir à son seigneur-lige si celui-ci lui ordonne de combattre à ses côtés.

Tout page, écuyer ou chevalier qui ne remplissait pas ses engagements était considéré comme un félon et poursuivi jusqu'à ce que mort s'ensuive ou qu'une décision du roi le condamne à l'emprisonnement.


Edmund Blair Leighton - l'adoubement.(1901; collection particulière)

DÉROULEMENT DE LA CÉRÉMONIE DE L'ADOUBEMENT ou ARMEMENT DU CHEVALIER(3)

La première cérémonie était un bain où l'on mettait l'aspirant, c'était un symbole de purification morale. Au sortir du bain, on l'habillait d'une tunique blanche, insigne de pureté ; d'une robe rouge, marque de ce qu'il était tenu de répandre son sang pour sa foi et son devoir ; d'un justaucorps noir, souvenir de la mort qui l'attendait, comme tous les hommes. 
Purifié et vêtu, il observait un jeûne rigoureux de vingt-quatre heures. Sur le soir, il entrait dans l'église et passait la nuit en prières
Le lendemain matin, il se confessait, communiait, assistait à la messe et entendait ordinairement un sermon sur les devoirs de la chevalerie, puis il s'avançait vers l'autel, l'épée de chevalier suspendue à son cou ; le prêtre la détachait et la lui rendait après l'avoir bénie. 
Le jeune guerrier allait ensuite s'agenouiller devant le seigneur qui devait lui conférer son titre ; il lui récitait quelque demande comme celle-ci : « Si vous pri qu'en guerdon de mon service me doigniès armes et me faîtes chevalier », et il prononçait le serment de rester toujours fidèle à la religion et à l'honneur. Le seigneur lui donnait l'accolade, c'est-à-dire, trois coup du plat de son épée sur l'épaule ou sur la nuque, quelquefois un léger coup de la main sur la tête et lui disait une sorte de sermon. Puis « On amène le cheval, on apporte les armes, on le revêt d'une cuirasse incomparable, formée de doubles mailles que ni lance ni javelot ne pourraient transpercer ; on le chausse de souliers de fer fabriqués de même à doubles mailles; des éperons d'or sont attachés à ses pieds ; à son col est suspendu son bouclier, sur lequel sont représentés deux lionceaux d'or ; sur sa tête on pose un casque où reluisent les pierres précieuses, ou lui remet une lance de frêne à l'extrémité de laquelle est un fer de Poitiers ; enfin, une épée provenant du trésor du roi. »
(Extrait de Comment Geoffroi Plantagenet, Due d'Anjou, fut armé chevalier en l'an 1127.)

[Sources : 
(1) Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ; 
(2) Wikipedia ;
(3) http://medieval.mrugala.net/Seigneurs%20et%20nobles/Adoubement%20de%20chevalier.htm ]

Bon... Après quatre billets adoptiologiques sur le Cheval et la Chevalerie, il est temps de laisser les chevaux retourner à leur état sauvage... ;-))


Wild Horses - Susan Boyle


mardi 27 novembre 2012

Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.2) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (2ème époque) : Fusion des traditions gréco-romaines et germaniques, sous influence du christianisme; de l'investiture du Caballarius à l'adoubement du Chevalier médiéval...

Si ce n'est fait, LIRE AUPARAVANT : 
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 1) : Symbolisme et morceaux choisis d'intérêt mythique et psycho-analytique...
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.1) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (1ère époque) : Pouvoir des Hippeis grecs et des Equites romains, Fosterage des futurs Cavaliers germains, Rite "au poil" des Francs saliens...

Fusion des traditions gréco-romaines et germaniques

Depuis la conquête de la Grèce par l’Empire romain, l’habileté guerrière des cavaliers germains leur avait établi une certaine réputation de combattants à cheval exceptionnels. Jules César, lors des huit années que dura la guerre des Gaules entre 58 et 52 avant J.-C. avait utilisé ces cavaliers germains qui au gré des alliances et des trahisons, étaient tantôt ses ennemis, tantôt des alliés. Les premiers Germains qui combattirent aux côtés des forces romaines furent les « Bataves » lors des campagnes germaniques de « Nero Claudius Drusus », dit « Germanicus », en 12 avant J.-C.
Lors de la période flavienne de 69 à 96, les Romains incitèrent d’autres Cavaliers germains de diverses provenances ethniques et tribales, à intégrer progressivement leurs forces militaires avec les statuts d’auxiliaires ou de mercenaires. Ce phénomène intégratif où se côtoyait equites romains et cavaliers germains se poursuivit pendant plus d’un siècle, formant ainsi le creuset où allaient se mélanger les pratiques hippiques guerrières et les rituels initiatiques, qui étaient traditionnellement attachés aux peuples germains et à la nation romaine.

Influence du christianisme comme fédérateur de ces traditions

Lorsque Paul de Tarse, connu aussi sous le nom de saint Paul, ouvrit la religion chrétienne aux non-Juifs, et que le concile de Jérusalem, en 49 entérina sa séparation du judaïsme, le christianisme devint une religion universelle et catholique. Il se diffusa alors rapidement dans tout l’Empire romain malgré les persécutions affectant ses adeptes qui ne s’arrêteront qu’après la conversion de Constantin en octobre 312. Le christianisme devint alors la religion officielle de l’Empire romain. À partir de cette reconnaissance, le christianisme n’eut de cesse de s’imposer aux pouvoirs politiques des rois et empereurs d’Occident. Mais l’influence issue de son incontestable rayonnement ne restait que spirituelle et morale, et n’avait que bien peu de prise sur les actions guerrières.  Alors, pour endiguer cette situation de prédominance guerrière, dès le IVe siècle, le christianisme gallo-romain enveloppa puis imprégna, de ses principes moraux :
- d’un côté, les traditions originelles gréco-romaines de ces riches romains à cheval « equites » qui combattaient dans les armées de Rome ;
 - et de l’autre côté, le rite initiatique guerrier de ces exceptionnels guerriers et chefs germains dont la survie dépendait de leurs conquêtes.

Empreints ainsi de la sacralisation chrétienne, ces deux usages « d’hommes à cheval » se confondirent chez les « Francs Saliens » (qui sont aussi nos ancêtres directs) en une seule pratique cérémoniale d’investiture au titre de Caballarius.
Les héros de l'épopée carolingienne : Louis le Pieux, Charlemagne et Saint Guilhem. Tympan de Conques.

De l'investiture d’un Caballarius à l’adoubement du Chevalier médiéval

Cette pratique cérémoniale de reconnaissance de « combattant à cheval » s’est perpétuée pendant toute la dynastie mérovingienne puis au début de celle des Carolingiens où le premier témoignage écrit en latin, décrit comment, à Rastibonne en Bavière, en 792Charlemagne, lors de cette cérémonie, ceint son fils Louis le pieux, âgé de quatorze ans, de l’épée guerrière.
Plus tard, Charles le Chauve recevra en septembre 838, pour ses quinze ans, ses armes ceinturon et baudrier ainsi que l’insigne de sa fonction. Puis, en 841, le jour de Pâques, ce même Charles recevra de ses émissaires d’aquitaine, habits et couronne. C’est la plus ancienne cérémonie d’adoubement qui nous est donnée de connaître avec certitude.
À partir d’environ 850, le mot latin caballarius ne désignera plus un homme de guerre à cheval, mais un noble guerrier qui fait partie de la suite d’un grand personnage. Ce mot latin prend alors le sens de « Chevalier ».
Il fallut un siècle et demi d’interventionnisme religieux chrétien pour que l’Eglise romaine adjoigne progressivement à la remise solennelle des armes et équipements, une cérémonie religieuse, où le serment de servir son roi sera accompagné de celui de servir et d’obéir à Dieu et à son Eglise.
Enfin, au début du XIe siècle, prend forme la « chevalerie médiévale » qui intègre dans ses valeurs sacramentelles les notions d’honneur, de courage, de droiture, de fidélité, de générosité, d’humilité et de sacrifice de soi.
Ainsi, le chevalier devient le protecteur de la veuve, de l’orphelin, du miséreux et de la « pucelle »Il défend le bien et combat le mal dans l’obéissance à son roi, et dans le respect des dogmes chrétiens.
De par ses valeurs, la « Chevalerie médiévale » est alors une institution si prestigieuse qu’elle modifiera profondément, en bien, le sens moral d’une certaine noblesse de cette époque, qui, il  faut bien l’avouer, n’en était que peu pourvue.
La Chevalerie médiévale « où seuls comptaient le corps et le cœur et non l’esprit » fut si lumineuse à partir du XIIe siècle, que même les rois voulurent être fait chevalier.
Mais, par ce choix du corps et du cœur, délaissant l’esprit, la Chevalerie médiévale fut aussi illettrée.

[Source : Wikipedia]
Muse - Knights of Cydonia (Live- Abbey Road)


jeudi 22 novembre 2012

Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.1) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (1ère époque) : Pouvoir des Hippeis grecs et des Equites romains, Fosterage des futurs Cavaliers germains, Rite "au poil" des Francs saliens...

Après avoir traité la question du Cheval seul ( Voir l'épisode 1 : http://cultures-et-chabada.blogspot.fr/2012/11/bestiaire-de-ladoption-3-cheval-episode.html), le deuxième épisode va s'intéresser au Cavalier puis Chevalier via la Genèse de la Chevalerie, en deux époques...

Cheval (Episode 2.1) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (1ère époque) : Pouvoir des Hippeis grecs et des Equites romains, Fosterage des futurs Cavaliers germains, Rite "au poil" des Francs saliens...

Il est généralement pensé que la « Chevalerie », avec toutes les valeurs morales et quelquefois spirituelles qui s’y rattachent, n’a pu s’épanouir et se structurer que dans l’évolution d’une société qui s’imprégnait elle-même de ces mêmes valeurs. Mais la réalité, c’est que ce ne sont pas ces valeurs qui sont à l’origine de ce qui deviendra au début du XIe siècle la Chevalerie médiévale.
En fait, la genèse de la chevalerie va se former par la convergence puis de la fusion de deux traditions distinctes :
– l’une a ses origines dans l’antiquité gréco-romaine ;
– l’autre dans les pratiques initiatiques tribales des peuples de Germanie (ceux communément et souvent péjorativement appelés « barbares »).

Reconstruction of the mosaïc depiction of the Battle of Issus 
after a painting by Appelles found in the House of the Faun at Pompeii (published in 1893)

Origines gréco-romaines antiques

Dans les écrits anciens, les auteurs grecs  -surtout athéniens-, parlent de l’existence d’un groupe d’hommes qui se font appeler hippeis (Hippeis peut être traduit sans différenciation par « cavalier » ou » chevalier »). Ce sont des guerriers dont la richesse personnelle leur permet d’acquérir puis d’entretenir un cheval de combat. Ils forment la caste des Curètes (ou Kouretes) en Crète ancienne. Dans une armée grecque principalement formée de guerriers à pieds (les « hoplites » à grande lance, la « sarisse », dont huit rangées formaient une phalange), ces hippeis formaient ainsi un corps de combattant distinct, la cavalerie. Ce sont surtout les Macédoniens, tels que le roi Philippe II de Macédoine, puis son fils Alexandre le Grand, qui démontreront l’efficacité de ces soldats à cheval lorsqu'il s’agissait de déborder rapidement l’infanterie ennemie sur ses flancs.

Chez les Romains, il existe un corps d’armée constitué de soldats qui combattent sur des chevaux : ils sont appelés equites. Bien que l’action militaire ne fût pas la finalité de leur ordre, ces « equites » ou « chevaliers » prirent part aux guerres de conquêtes romaines où ils occupèrent des grades élevés. Ils eurent accès aux postes de la magistrature et au Sénat, à l'exemple de Suétone qui portait la parole du Sénat et qui était d’abord un equites. Leur influence politique devint considérable et pesa significativement sur le gouvernement de Rome. Lorsque Jules César eut conquis la Gaule, il imposa au peuple gaulois l’organisation politique, économique et sociale romaine dans laquelle l’ordre des equites avait une place importante. Bon nombre d’equites furent à la tête de grandes propriétés terriennes gallo-romaines. Il ne fait aussi nul doute que l’ordre romain des equites s’ouvrit à la riche aristocratie gauloise, accélérant ainsi le processus d’assimilation de la noblesse indigène aux idéaux de l’occupant.

Origines germaniques

Si chez les Grecs et les Romains monter à cheval pour faire la guerre était rare et réservé à une élite, il n’en était pas de même chez les peuples nomades d’origine germanique ou scandinave.

Étant de nature nomade, le nourrisson fille ou garçon, « Wisigoth », « Ostrogoth », « Vandale », « Alaman », « Alain », « Burgonde », « Lombard » ou encore « Franc » et « Hun » pour ne citer qu’eux, se retrouvait sur le dos d’un cheval avant même de savoir marcher.

Et comme la guerre était l’occupation principale de ces peuples qui se devaient, pour vivre, conquérir sans cesse de nouveaux territoires, le jeune enfant mâle cavalier se retrouvait tout aussi naturellement avec les armes à la main. Il en découle que combattre à cheval était donc la posture naturelle des guerriers de ces peuples de Germanie.

Sevré à l’âge de trois ans, le jeune Germain était confié aux femmes de sa famille jusqu'à l’âge de sept ans

Passé cet âge, il était alors confié jusqu'à son quatorzième anniversaire, pour son éducation presque essentiellement guerrière, à un père adoptif.

En général, ce père adoptif n’était autre que le frère aîné de sa mère, donc à son oncle maternel. Cette période se nomme « forsterfaeder » ou « fosterage ». Cette période initiatique guerrière dans son appellation porte dans son étymologie même les notions de rudesse et forçage éducatifs auxquels est soumis le futur guerrier germain. Au terme de cette période le jeune germain allait faire ses preuves d’autonomie et de vaillance en voyageant parmi les nombreuses ethnies germaines.

Lorsque le poil lui était poussé au menton, il revenait alors dans sa tribu pour y subir le rite de la première coupe de barbe ou de cheveux et pour y affronter en combat singulier son père adoptif pour que tous puissent voir ses qualités de guerrier.

Chez certain de ces peuples, et en l’occurrence chez les « Francs saliens », il était de coutume chez leurs chefs, de célébrer en plus, par une cérémonie spécifique, la remise très solennelle des armes à un jeune homme en âge de combattre.

[Source : Wikipedia]
Prokofiev - Danse des Chevaliers (Roméo et Juliette N°13)
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