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vendredi 11 avril 2014

Adoption en Russie (4) - XVIIIe siècle - Hospices, Dépôts anonymes de nourrissons, Adoptions impériales, "Maisons d'éducation", "Enfants-citoyens"...



Avec le XVIIIe siècle, l'apparition de la notion de personne en tant qu'individu devient antinomique avec le plein pouvoir parental.

Mais un des pas importants dans la régulation législative des questions familiales est le passage à la prise en charge laïque des questions de mariage et de relations familiales.

Le contrôle des agissements des tuteurs et la place de l'enfant adopté dans la famille est mis en place sous le règne de Pierre 1er (dit Pierre le Grand, règne de 1682 à 1725). C'est d'ailleurs Pierre 1er qui publie un oukaze qui oblige les institutions judiciaires à faire en sorte que "les orphelins soient tous pris en charge par des tuteurs nommés et contrôlés par des magistrats". Il met également en place des hospices pour accueillir les enfants orphelins ou abandonnés, avec la possibilité de dépôt anonyme des nourrissons abandonnés. Ce qui illustre le souci des souverains pour les enfants abandonnés.

Giovanni Battista LAMPI - Catherine II de Russie avec les Allégories de l'histoire et du temps. 
Grand Palais, Paris.

Cependant, il n'existe encore aucune loi sur l'adoption en tant que telle, ni sous son règne, ni sous celui de Catherine II, qui lui succède.
Cette dernière a cependant fait une exception en autorisant les deux frères Osteraman à adopter le premier petit-fils de leur sœur, en respectant scrupuleusement les formalités administratives.
Ce premier pas a été à l'origine de quelques autres adoptions, mais dans des cas concrets et peu nombreux, et tous validées pas l'impératrice elle-même.
 Sous son règne, il faut toutefois noter que de nouvelles dispositions administratives améliorent un peu le sort des enfants sans famille, en institution, ou sur leur placement en famille. Si auparavant, ils étaient asservis par les personnes ou institutions qui les accueillaient, à présent ils sont pris en charge en institutions jusqu'à leur majorité, et ils en sortent libres.
Les institutions s'ouvrent également plus largement  aux enfants abandonnés, et plus seulement aux orphelins. Des "Maisons d'éducation" au statut légal réglementé sont ouvertes à Moscou et Saint-Pétersbourg, et accueillent des enfants dans le but de réduire la misère, de les instruire et les protéger, mais aussi de créer une nouvelle catégorie de personnes, des enfants-citoyens en capacité de servir leur pays dans différents domaines de l'art, de l'artisanat, ou pour participer par leur travail au fonctionnement du pays. Catherine II met également en place un système d'accueil des jeunes enfants dans des familles qui se voient attribuer une aide financière pour leur éducation et leur instruction, jusqu'à 6-7 ans, âge auquel ils peuvent intégrer une institution.

Le système de tutelle continue de se développer. Des exigences apparaissent en matière d'éducation, distinctes selon le milieu social.
Un orphelin noble devait être éduqué selon les règles de son rang, différentes pour un orphelin d'une famille de marchands ou de bourgeois.


[Source : toujours russe, toujours sûre et tellement Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]

jeudi 12 décembre 2013

Adoption en Russie (3) : XVIIe siècle - Considérations d'Etat sur les enfants sans famille et importance de l'Eglise : établissements spéciaux, main d'oeuvre bon marché, tutelles et mises sous tutelle...




Mikhael Nesterov - Tsar Alexei Mikhailovitch (1887 ; Arkhangelsk Museum, Russia)


Au XVIIe siècle, sous le tsar Alexis Mikhaïlovitch, paraît un oukaze qui distingue les "enfants pauvres sans famille" de l'ensemble des miséreux.
C'est dans cet oukaze que pour la première fois est abordée la question d'établissements spéciaux d'accueil de ces enfants, où ils recevraient une instruction et apprendraient un métier.
Ce document témoigne donc de la transition vers une intervention de l'Etat dans ce domaine.
Dès lors, la bienfaisance chrétienne laisse place à une nouvelle idée de "nécessité du gouvernement et du souci d'agir pour le bien de la population".

Cette nouvelle approche s'explique par un fort besoin de main d'oeuvre dans le pays. Les enfants abandonnés étaient avant tout considérés comme des futurs travailleurs, et les autorités confiaient leur éducation autant à des personnes privées qu'à des institutions religieuses, leur permettant de profiter de cette main d'oeuvre gratuite. 

Cet asservissement est la forme primitive de la préoccupation de l'état pour ces enfants sans famille. Ceux-ci étaient souvent accueillis aussi dans des familles qui les élevaient pour ensuite mieux les asservir. Les statuts de tuteur et d'adoptant continuent d'exister sans aucun changement. Seule une nouvelle ordonnance interdisait d'adopter ses enfants illégitimes.

La tutelle, cependant, commence petit à petit à être régularisée plus en détails. 
La catégorie des tuteurs possibles d'un enfant orphelin est plus déterminée, les parents proches, le beau-père, peuvent y prétendre.

La mise sous tutelle par des services compétents est mise en place. 
C'est là plus souvent l'Eglise qui en est chargée, puisque à cette époque c'est bien elle qui régit toutes les affaires familiales, patrimoniales, de succession et de tutelle.
Mais petit à petit l'obligation pour le tuteur de remettre à son protégé l'ensemble de son bien lorsque celui-ci atteint la majorité devient une contrainte juridique. Le tuteur devient donc le représentant des intérêts de l'enfant qu'il a en charge.

[Source : russe, sûre et Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]

samedi 15 juin 2013

Adoption d'adultes au Japon (1) : Histoire et Origines...

L'adoption d'adultes au Japon est pratique courante surtout depuis la période Tokugawa, dans la classe des Samurais, une adoption "à la romaine" avec une empreinte chevaleresque si l'on se place d'un point de vue occidentalisé...

On a trace de l'existence de cette pratique d'adoption d'adultes dès le XIIe siècle au Japon (l'adoption d'adultes existait dans une secte bouddhique, le Bouddhisme du Pays Pur) mais elle devient courante surtout durant la période Tokugawa (ou Edo), de 1600 à 1868.  Pendant cette période, les Samurais pouvaient adopter des fils pour créer ou renforcer une position sociale (à la tête de leur foyer et/ou de leur entreprise familiale), poursuivre une lignée patronymique patrilinéaire. L'adoption pouvait être considérée par certains adoptés -mais ce n'était pas le cas le plus courant- comme un moyen d'ascension sociale, s'il s'agissait d'un puîné (nés après l'aîné) par exemple.


Pure Land Buddhism

Bien qu'elle ait dû exister bien avant, l'adoption d'adultes était pratiquée au sein de la secte du Bouddhisme du Pays Pur au XIIe siècle. Cette secte, appelée Jodo Shinshu, est associée aux temples Honganji localisés près de Kyoto. Les fils associés à ces temples pouvaient être adoptés par des familles riches et éminentes de la région.
L'adoption permettait de développer une stratégie pour gagner du pouvoir au sein de la communauté. Elle pouvait également donner un héritier mâle capable ou un fils à des familles en manquant : l'homme adopté devenait leur gendre - destiné à se marier avec une de leurs filles - ou simplement un membre de leur foyer familial. C’était un moyen pour des familles d'assurer la continuité d'une lignée patriarcale fiable pour gérer la tête de la famille et quelquefois l'entreprise familiale.


Tokugawa Ieyasu (1543-1616)

L'adoption d'adultes a perdu de son importance à partir du XIIIe siècle. Elle devient véritablement fréquente autour de 1600 quand débute la période Tokugawa.
Elle était surtout pratiquée dans la classe des Samurais, en particulier chez ceux qui n'avaient pas de fils aîné ou capable. Ceux qui souhaitaient adopter étaient invités à adopter en priorité au sein de leur propre famille étendue, mais il était possible d'adopter en extrafamilial s'il n'y avait pas de possibilité en intrafamilial.
Les fils adoptés (plus particulièrement dans les premières années de la période Tokugawa) étaient habituellement de même niveau social et économique que les adoptants. Du point de vue du fils adopté, ce n'était pas tant une élévation de sa position sociale, mais plus une voie pour obtenir une vie indépendante en devenant fils aîné. Cela ne signifie pas qu'il n'y avait pas d'ascension sociale pour des adoptés pauvres, mais c'était significativement moins courant. En étant adoptés, les puînés pouvaient devenir chefs de familles, chefs d'entreprises familiales voire même chef de la communauté toute entière.

La popularité de cette pratique se répandit régulièrement tout au long de la période Tokugawa, et elle devint courante dans d'autres classes sociales que celle des Samurais.
L'adoption d'adultes continue à être pratiquée dans le Japon  moderne, où elle est plus devenue une stratégie de business dans certains domaines. 

[Source : Wikipedia.en]

samedi 21 juillet 2012

Première Adoption Internationale Coréenne en Europe au XVIIe siècle - Antonio Corea et le voyageur florentin Carletti...

Francesco Carletti, voyageur florentin de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, qui fut un des premiers européens à faire le tour du monde, fut à l'origine de l'introduction du chocolat en Italie et de la première adoption internationale coréenne identifiée en Europe, celle d'Antonio Corea, dont il existe un portrait (- Homme portant un Hanbok- aux traits et à la couleur occidentalisés) réalisé par le baroque Pierre Paul Rubens en 1617... Voici quelques détails sur cette histoire unique...

Marchand d’esclaves, marchand d’épices, de soie et de produits exotiques, Francesco Carletti (1573-1636) regagna la Toscane en 1606, à l’âge de 32 ans, après quinze années de pérégrinations d’un continent à l’autre, des îles du Cap-Vert à Lima, de Mexico à Nagasaki, en passant par les Moluques, pour revenir via Macao, Malacca, Goa, la Hollande et la France.  

Emprisonné en Colombie et en Chine, témoin d’une mutinerie sur un bateau au Japon, capturé par des corsaires hollandais, ce voyageur infatigable et curieux revenait dans son pays ruiné, mais riche de ce savoir que seul peut acquérir un intelligent "bourlingueur" au long cours.

Ce marchand florentin prit le départ depuis Séville en 1594, sans savoir encore qu’il partait pour un voyage de 8 ans autour du monde : il justifie la prolongation de son périple "en partie par curiosité de découvrir le monde, et en partie à cause de (son) intérêt pour les affaires."

Carletti est un des premiers Européens à avoir fait le tour du monde en tant que passager.

Carletti est également à l’origine de l’introduction du cacao en Italie en 1606, et fut le premier à casser le monopole espagnol sur le cacao. Grâce à ses voyages en Amérique Centrale, il avait appris la technique des Indiens pour préparer la boisson chocolatée à partir des grains de cacao.

Mais ce qui m'intéresse avant tout, c'est son adoption d'Antonio Corea, premier Coréen identifié venu en Europe en 1606.

 Homme portant un Hanbok , rebaptisé ultérieurement Homme Coréen - Pierre Paul Rubens, 1617 ; J. Paul Getty Museum, Los Angeles. L"Homme Coréen" de Rubens a provoqué la polémique à propos de l'identité du modèle, comment il vint sur le continent européen et comment il rencontra Rubens. Considéré comme l'un des plus méticuleux portraits de Rubens, l'"Homme Coréen" appartient actuellement au  J. Paul Getty Museum à Los Angeles.
Le modèle de ce portrait est supposé être Antonio Corea.

L'histoire d'Antonio Corea (1578 ?-1626) (rapportée avec précision par Tobias Hübinette, Comforting an Orphaned Nation – Representations of International Adoption and Adopted Koreans in Korean Popular Culture, Stockholm University Department of Oriental Languages, 2005, p.50.) revient parfois dans les discussions concernant le sujet de l'adoption internationale d'enfants étrangers par des occidentaux, car il est désigné non seulement comme le premier Coréen venu en Europe, mais également comme le premier adopté Coréen en Europe.

Encore garçon, le futur Antonio Corea était un (parmi des dizaines de milliers) des prisonniers de guerre Coréens déporté au Japon à l'époque des guerres Imjin (1592-1598), puis vendu comme esclave.

Né aux alentours de 1578, Antonio Corea arrive au Japon en 1597 et est acheté par un marchand florentin du nom de Francesco Carletti avec quatre autres garçons coréens.

Carletti les obtint d'abord dans la colonie portugaise de Goa en Inde, où il en libéra ensuite quatre, mais garda Corea, qui avait appris l'italien le plus rapidement.

Le jeune homme Coréen arrive en Europe en 1606, à Florence plus exactement, est converti et baptisé Antonio Corea, provoquant naturellement beaucoup d'émoi, et est supposé être le modèle pour un portrait de Rubens (Cf.supra), qu'il aurait rencontré à Rome.
Finalement, Antonio Corea s'installe, en homme libre, dans la petite ville italienne d'Albi, où il décède en 1626, devenant l'ancêtre de la famille Corea.

Actuellement, les descendants de Corea portant le même nom de famille sont environ 80, et revendiquaient d'être descendants d'un Coréen. 
En 1986, un membre de cette famille - prénommé également Antonio Corea comme son ancêtre- écrivit au président de Corée pour dire qu'il était descendant d'un Coréen fait prisonnier pendant la guerre Imjin,qu'il souhaitait visiter la Corée et en connaître plus sur ses racines. Subséquemment, cet homme visita la Corée en 1992 sur invitation du gouvernement Coréen comme invité au 400e anniversaire de la commémoration du début de la guerre Imjin.
En 1990, des descendants d'Antonio Corea visitèrent la Corée et firent un test chromosomique, qui ne mit en évidence aucune trace restante de sang Coréen après presque quatre siècles...

[Sources :
A propos de Francesco Carletti :
...Et de l'histoire du Chocolat :
A propos du portrait de Rubens :
A propos d'Antonio Corea :
>>Tobias HÜBINETTE, Comforting an Orphaned Nation – Representations of International Adoption and Adopted Koreans in Korean Popular Culture, Stockholm University Department of Oriental Languages, 2005, p.50.
>>http://www.ur.umich.edu/9899/Feb22_99/imjin.htm
]

Andrea Bocelli (in A night in Tuscany) - Con Te Partiro

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