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samedi 9 juin 2012

Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (1) - Mingling Zi : La légende de la guêpe et des vers à soie...


Une connaissance rudimentaire du confucianisme et de la société chinoise pourrait conduire à supposer que l'adoption, en particulier l'adoption en dehors de proches lignées de sang, est susceptible d'être inhabituelle et intimement interdite du fait de l’accent confucéen mis sur les liens du sang.

La loi chinoise traditionnelle interdisait l’adoption entre différentes lignées patronymiques, et les textes normatifs étaient de manière générale contre l'adoption.

Mais dans la réalité, il existe une tradition ancienne de différentes pratiques communes d'adoption en Chine, bien que certains chercheurs aient suggéré que l'adoption a diminué dans le milieu du XXe siècle. [L'étude anthropologique de référence de l'adoption dans la société chinoise est celle de Wolf et Huang (1980). Une autre étude importante sur l’adoption en Chine est celle de l’historienne Waltner (1990)] 
Un certain nombre de sources dans le confucianisme et dans la culture populaire soutiennent des liens adoptifs autant à l’extérieur qu’à l'intérieur de lignées  de sang, et s'appuient sur l'adoption - aussi bien des  garçons que des filles - comme un moyen pour construire une famille et une parenté.

Ann Waltner a écrit, dans la conclusion de son   étude sur l’adoption et la parenté dans la Chine sous les dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912) :
Law and other normative texts, viewing the family as a patrilineal and patriarchal institution with a primary obligation to continue ancestral sacrifices, prohibited adoption across surname lines.[. . .] But adoption across surname lines was nonetheless relatively prevalent. And furthermore, the practice was accompanied by an ideological structure that described and justified adoption across surname lines. This competing ideology, encapsulated in the term ming-ling tzu, suggests that the lines dividing outsider from insider, stranger from kinsman could in fact be crossed. 
[Waltner, Ann. 1990. Getting an Heir: Adoption and the Construction of Kinship in Late Imperial China. Honolulu: University of Hawaii Press.p.144]

Une croyance populaire chinoise, appelée Mingling zi (littéralement : enfant de la chenille du mûrier), s’appuie sur des vers du Cheu King (en français : Classique des vers ou Livre des Odes), à propos de chenilles du mûrier (ming ling) adoptées par une guêpe (kuo touo) :

 […]Dans la plaine croissent des haricots, et tout le monde en cueille. (Ainsi tout homme peut et doit pratiquer la vertu).
 La chenille du mûrier a des petits ; la guêpe les transporte (dans son trou et leur donne ses soins ; au bout de sept jours, ils sont changés en petites guêpes).
Enseignez, instruisez vos enfants ; vertueux vous-mêmes, vous les rendrez vertueux comme vous.[…]                              
                                             Che king, Siao ya, V, 2, Siao yuan.


Bombyx du mûrier [Source : Larousse]

C’est en effet une croyance des paysans chinois que le bombyx du mûrier, ou chenille du mûrier (ou ver à soie), abandonne ses petits et que ceux-ci sont recueillis et élevés par des guêpes. D’où l’emploi  populaire des caractères ming ling (chenille du mûrier) dans le sens de fils adoptif, et des caractères kouo touo (guêpe) dans celui de père adoptif.

Le terme pluriel ming-ling tzu fait référence aux enfants adoptés, en particulier ceux adoptés en dehors de la famille proche patrilinéaire, dérivant de la croyance populaire qu’une guêpe prit les petits de la chenille du mûrier et les métamorphosa en jeunes guêpes, faisant d’eux ses « propres enfants ».

Selon cette croyance populaire, la guêpe donnait des coups et tapait en dehors du nid dans lequel étaient installés les petits vers, et priait « soyez comme moi, soyez comme moi ». Au bout d’une semaine, de jeunes guêpes émergeaient.
Ainsi, l'enfant adopté, qui devient l'enfant de quelqu'un d'autre que ses parents biologiques, est connu comme un mingling zi.

La métaphore est remarquable dans son rejet quasi-total de l'importance de l'hérédité dans la formation de l'enfant, mettant l'accent sur la transformation totale des enfants biologiques d'un couple de parents, transformation par analogie aux parents adoptifs grâce aux vertus d'être élevés par eux. Presque aucune trace d’origine biologique ne reste.
L’accent confucéen sur l’éducation et l’élevage comme clés de la personnalité fournit des bases pour des liens construits plus sur la culture et les relations sociales que sur la biologie et l’hérédité.

mercredi 26 octobre 2011

Adoption et confucianisme (Corée,Chine,Japon) : notions légales...

 Confucius présentant Gautama Buddha à Lao-Tseu

De nombreux d'auteurs ont soutenu que le confucianisme, avec son accent sur l'importance des liens du sang, a influencé les attitudes et les pratiques en matière d'adoption dans plusieurs pays d'Asie, en particulier en Corée, en Chine et au Japon.


En Corée au cours de la période Choson précoce (1392-1598), par exemple, les femmes pouvaient être adoptées et pouvaient hériter d'une propriété. Cependant, avec l'apparition de rites familiaux néo-confucéens, l'adoption agnatique (un fils adopté du côté du père) est devenue la norme. Seul un fils agnatique adopté avait le droit de devenir héritier à des fins rituelles et pouvait porter le nom de famille.

L'adoption agnatique dans la société coréenne a été essentiellement pratiquée à des fins de culte des ancêtres, et l'adoption impliquait généralement un frère plus jeune donnant un de ses fils -de préférence l'aîné-, à un frère plus âgé, ou un frère plus âgé donnant un de ses plus jeunes descendants masculins à un plus jeune frère.

Les adoptions de gendres et les adoptions à titre posthume étaient également relativement fréquentes.
Des sources historiques indiquent que l'adoption, et en particulier l'adoption d'adultes masculins de la famille proche, était également très répandue en Chine et au Japon. Comme dans d'autres sociétés confucéennes, l'adoption a été principalement utilisée comme un moyen pour les couples sans enfant de préserver la lignée familiale, de transmettre l'héritage et assurer la perpétuation rituelle du culte des ancêtres. Les deux pays, cependant, diffèrent quelque peu dans les procédures utilisées pour réglementer l'adoption.

En Chine, une interprétation plus orthodoxe de la doctrine juridique confucéenne a été appliquée et, par conséquent, selon les codes pénaux au cours des dynasties Ming et Qing (1368-1644 et 1644-1911), l'adoption n'était autorisée que dans les lignées de sang, et de préférence parmi les agnats.

Au Japon, parce que la société mettait davantage l'accent sur le foyer familial que sur les liens du sang, l'adoption non agnatique était autorisée. Les adoptions d'adultes, de préférence avec le même nom de clan (honsei), ont été largement pratiquées pendant la période Tokugawa (1603-1867) par les membres de l'aristocratie et la classe des guerriers (samouraïs).
Certains érudits confucéens japonais avaient généralement sanctionné de telles adoptions, et même certains tentèrent d'interdire les adoptions non agnatiques, affirmant qu'elles étaient préjudiciables aux relations humaines et à l'administration de l'Etat.


De nos jours, les coutumes confucéennes continuent à influencer les pratiques d'adoption en Corée, en Chine et au Japon.

En République de Corée (Corée du Sud)
, par exemple, l'accent mis par le confucianisme sur les liens biologiques est soupçonné d'avoir entravé le développement contemporain de l'adoption nationale, malgré le fait que de nombreuses pratiques confucéennes traditionnelles, y compris l'adoption à titre posthume et l'adoption de gendres, ont été abrogées après les amendements apportés au Code civil en 1990.
Malgré les efforts du gouvernement, "l'emprise permanente du confucianisme, avec son accent sur le maintien des lignées de sang, et une forte préférence pour les fils, a fait qu'il est très difficile de promouvoir l'adoption nationale en Corée comme un substitut à l'adoption internationale" (Johnson K, Politics of international and domestic adoptions in China, in Law & Society Review, Vol.36 No.2, 2002, p. 380).

De même, en Chine et au Japon, les adoptions de gendres ou les adoptions extra-familiales d'adultes peuvent avoir lieu dans le cadre d'accords sur les successions et sur les soins aux personnes âgées.

À la fin des années 1980, deux tiers des adoptions officielles au Japon impliquaient des adultes et la vaste majorité des personnes adoptées en tant que mineurs avaient un lien de parenté avec leurs parents adoptifs (adoptions intra-familiales).

Ces dernières années, certains des pays où les pratiques d'adoption coutumière ont été façonnées par le confucianisme ont promulgué des lois qui mettent l'accent sur l'intérêt supérieur de l'enfant adopté, plutôt que sur la préservation de la famille ou du lignage du foyer familial.

En Chine, par exemple, la loi sur l'adoption de 1991 précise que l'adoption est autorisée indépendamment du lien entre l'enfant et le parent adoptif et que les orphelins, les enfants abandonnés et les enfants dont les parents sont incapables de les élever peuvent être adoptés (art. 4). Néanmoins, l'article 7 de la Loi établit que certaines restrictions sur les futurs parents adoptifs (âge minimum, par exemple) ne s'appliquent pas dans le cas d'adoption intrafamiliale "d'un enfant d'un collatéral par le sang de la même génération et jusqu'au troisième degré de parenté".

Au Japon, la pratique d'adoptions spéciales (tokubetsu yoshi) a été introduite en 1988 pour protéger les intérêts de l'enfant, en particulier dans les cas où les parents de naissance sont considérés comme inaptes. les adoptions spéciales sont limitées aux enfants de moins de six ans et ont pour effet de rompre les liens entre l'enfant adopté et les parents de naissance et leurs familles. Certains auteurs ont noté que, depuis l'introduction de l'adoption spéciale, le nombre total des adoptions au Japon a nettement diminué. Une partie de cette baisse a été attribuée à des améliorations dans le système de sécurité sociale, dans la prise en charge des personnes âgées et dans les soins fournis par leurs enfants. La stigmatisation associée à l'illégitimité présumée des enfants adoptifs en extra-familial et le fait que le système d'enregistrement des familles (Koseki) rend presque impossible celui d'adoptions anonymes ont été également cités comme autres facteurs possibles du nombre peu élevé d'adoptions au Japon.

[Source : United Nations Department of Economic and Social Affairs/Population Division, Child adoption : Trends and Policies, New York, United Nations, 2010]

Confucius Quotes... With cool music to soothe the soul...

samedi 7 mai 2011

Confucius : l'incontournable Maître K'ong en Corée, en Chine et au Vietnam... Morale confucéenne, quand tu nous tiens !...

(((NB : BILLET COMPTE TRIPLE... NE ZAPPEZ PAS...
 AMIS DES FLUX READERS NE ME ZAPPEZ PAS ! CE BILLET EST EXCEPTIONNELLEMENT LONG, ET JE PROMETS DES BILLETS PLUS COURTS ET PLUS PERSONNELS POUR LA SUITE DE CE BLOG!)))

Pourquoi s'intéresser à la philosophie de Maître K'ong (Confucius) ?
(pour être brillant et original en dissert de philo ?)
 

Philosophie morale plus que religion, le confucianisme est incontournable pour comprendre le mode de fonctionnement socio-familial de certaines sociétés d'Asie, en particulier en Corée, en Chine et au Vietnam. Amis du monde l'adoption, ce billet compte donc triple (quantitativement et qualitativement)...

Confucius est une figure majeure en Asie aux mêmes titres que Jésus et Platon en Occident.

Même si l'importance des principes moralistes confucéens a quelque peu décliné en République populaire de Chine suite à la Révolution culturelle, l'influence latente que le confucianisme exerce encore de nos jours par exemple sur le modèle social de la Corée du Sud mais aussi du Japon et du Vietnam (respect des ancêtres, piété filiale, obéissance aux aînés, patriarcat, etc ...), est centrale.

Si vous êtes motivés pour lire la longue suite.... Surtout n'hésitez pas...
Sinon, encore une fois, ne me zappez pas...

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