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vendredi 20 mars 2015

Adoption en Chine antique (2) - Diverses pratiques chinoises d'adoption...

L'historienne Ann Waltner suggère que le terme «adoption» peut se référer à plusieurs pratiques chinoises connexes mais différentes.

La plus courante, et la plus proche de la pratique occidentale, était l'acte juridique qui permettait à un parent proche de sexe masculin dans une famille d'hériter et de prendre la responsabilité des obligations commémoratives rituelles. Parce que les fils adoptifs portaient des obligations graves, les jeunes enfants n'étaient généralement pas considérés comme des candidats acceptables, et l'adoption de nourrissons était assez rare.

Différents termes pour l'adoption faisaient également référence à des accords moins formels, par exemple l'adoption de soldats par leurs généraux ou même par l'empereur.
Dans un cas célèbre, au début du XVIe siècle, l'empereur Wuzong a "adopté" 127 hommes en une seule journée". Son but apparent était de lier plus étroitement leur loyauté en leur conférant un statut quasi-familial.
En bref, l'adoption dans certains cas a été fait de manière légale et dans d'autres cas comme un symbole non contraignant d'affiliation.

Le point-clé est que l'"importance accordée aux notions d'affinité de sang au début de l'Europe moderne n'a pas d'équivalent chinois. "
Les notions confucéennes de patriarcat et de filiation patrilinéaire ont coexisté assez facilement avec les improvisations de la parenté adoptive. Tant que l' héritier mâle adéquat était trouvé, les familles pouvaient envisager l'avenir avec confiance pour la continuité générationnelle. A cet égard au moins, les Chinois ressemblaient aux Romains, pour qui l'adoption fournissait un instrument tout à fait acceptable pour préserver le nom et les biens d'une famille.

Comme les Romains, aussi, les Chinois pratiquaient l'adoption posthume. Si un homme était mort sans descendance pour fournir les offrandes, "un frère assignait généralement un de ses fils à la lignée du défunt . L'adoption était effectuée par la rédaction d'un contrat sur ​​une feuille de papier rouge, qui était ensuite insérée dans la base de la tablette de l'homme mort."
En échange des services commémoratifs qu'il a effectués, le fils adoptif devient éligible pour hériter d'une partie de la succession de l'homme mort. L'objectif principal de l'adoption était "toujours la famille et de la lignée familiale, les hommes de la maison et leurs ancêtres et descendants patrilinéaires." Il semble que ces attitudes en matière d'adoption ont prévalu pendant des siècles.

Selon un expert, l'acquisition d'héritiers désignés (ou « rituels ») peut être tracée des Han ( 202 av - 22 CE ) jusqu'aux Qing (1644-1911), soit une période de plus de 2000 ans. Si la pratique plus récente est un guide pour le passé, il semble que les fils adoptés aient été facilement assimilables dans leurs nouvelles familles et leurs villages. Ceci en dépit du fait que les transactions adoptives impliquaient souvent des hommes et des garçons qui avaient été vendus par leurs parents d'origine. "En considérant la Chine impériale tardive dans son ensemble", Myron Cohen a écrit, "il est bien connu que les hommes, les femmes et les enfants pouvaient être vendus "; ils étaient considérés comme des «marchandises».

Malgré l'acceptation générale de l'adoption, au moins une fois, au début des années 1520, un différend sur l'adoption a menacé de renverser une dynastie.


Empereur Zhengde (Temple Wuzong)

L'épisode , parfois appelée "la Grande Controverse rituelle", a mis à l'épreuve la légitimité de trois générations de la famille impériale.
Avant sa mort en 1521, Wuzong sans héritier - le même Wuzong qui a adopté ses soldats - nomma le prince adolescent de Xing, le fils du frère aîné de Wuzong, pour lui succéder comme Shizong. Cependant, après la mort de Wuzong, les officiels de la cour demandèrent à Shizong de prendre le titre de prince héritier, plutôt que celui d'empereur, ce qu'il refusa.
Pour le dire simplement, Shizong insista sur le fait  d'être le fils de son père mort, plutôt que le fils de l'empereur défunt. Pour ce faire, il demanda que son père lui ait donné le rang impérial à titre posthume. Trois années de querelles assez amère s'ensuivirent, à l'issue desquelles 230 fonctionnaires sont descendus au palais, cognant sur les portes et exigeant la coopération de Shizong. Au lieu de cela, il fit arrêter 134 d'entre eux, dont dix-sept moururent des suites de leurs peines. Pour sa part, Shizong a régné, sous le nom de règne Jiajing, pendant quarante-cinq ans.

En bref, même dans des cultures qui ont adopté l'adoption plus ou moins complètement - plusieurs anciens empereurs de la Chine ont atteint le trône par l'adoption -, sa pratique a souvent porté le fardeau d'une défiance potentielle.


[Sources : sur demande très motivée à l'auteur...]

[>>>>>VOIR AUSSI : 

Adoption en Chine antique (1) - Généralités... 

>Adoption et Confucianisme (Corée, Chine, Japon) : notions légales...

>>Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (1) - Mingling Zi : la légende de la guêpe et des vers à soie...


>>>Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (2) - Tongyangxi : adoption de petites brus chinoises...  ]




mercredi 18 mars 2015

Adoption en Chine antique (1) - Généralités...

La Chine est, avec l'Inde,  la civilisation antique qui a laissé le plus de documents en lien avec l'adoption.

Les Analectes de Confucius (environ 500 av.JC) ont codifié les normes patriarcales, patrilinéaires qui vont guider la société chinoise pour les 2500 années suivantes.

Parce que les cultes de vénération des ancêtres étaient même plus importants dans la Chine impériale que dans les sociétés antiques occidentales, la nécessité d'avoir un  héritier était ressentie avec un souci particulier.

La combinaison d'une infertilité et de hauts taux de mortalité créait des problèmes connexes de menace sur la survivance du nom de famille et de ses biens.

En plus de cela, un père avait besoin de soins dans sa vieillesse et de respect profond pour lui et ses ancêtres après la mort.

Mencius and his loving mother.

La littérature impériale précoce contient des oppositions à l'adoption.

Mencius, par exemple, écrit que "le Paradis donne naissance à des créatures de telle manière qu'elles n'aient qu'une seule racine", et le texte était compris comme approuvant uniquement les lignées biologiques généalogiques.

Beaucoup plus généralement, cependant, le pragmatisme a prévalu ; La Chine a accepté et même encouragé l'adoption pour créer ou re-créer des lignées viables de succession.

Un sens similaire de pratique définissait le pool d'adoptés potentiels : les règles stipulaient que seuls ceux qui avaient le même nom de famille étaient éligibles, mais des violations à ces règles se sont produites en permanence, étant donné que certains hommes élargissaient leur pool de recherche de fils adoptifs appropriés.


[Sources : sur demande très motivée à l'auteur...]


[>>>>>VOIR AUSSI : 

>Adoption et Confucianisme (Corée, Chine, Japon) : notions légales...

>>Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (1) - Mingling Zi : la légende de la guêpe et des vers à soie...


>>>Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (2) - Tongyangxi : adoption de petites brus chinoises...  ]





jeudi 11 octobre 2012

Quand l'adoption d'un enfant guérit la stérilité des parents : les adoptions thérapeutiques en Chine traditionnelle, le cas d'Isaac arrivé en présence d'Ismaël, et les "bébés-surprises" conçus en cours de procédure d'adoption...

La stérilité représente trois-quarts des raisons d'adoption en France.[1;2]

Or, l'adoption est parfois "thérapeutique"
[3] pour les parents adoptifs inféconds, et représente finalement le remède à leur stérilité, plus que la solution à leur absence d'enfants biologiques, avec la venue d'un "Bébé-Surprise" biologique.
 

Sur ce thème, je présente ici trois exemples (anthropologiques, biblique, et modernes) où l'adoption a "tiré l'enfant", et a été le remède à la stérilité des parents adoptifs.

Adoptions thérapeutiques en Chine traditionnelle et parmi les Chinois de Taïwan [4]

Parfois, l'adoption d'un enfant est thérapeutique [3] : dans certaines sociétés traditionnelles, comme en Chine, un couple stérile adoptait un premier enfant dans l'espoir de "tirer l'enfant"[4] naturel, et donc de guérir leur infertilité.

Cette pratique de l'adoption thérapeutique est connue dans certaines sociétés traditionnelles de divers points du monde (comme chez les eskimos, dans l'Himalaya, à Hawaï, à Taïwan, et en Chine) et vise à "tirer l'enfant" : il s'agit d'une croyance selon laquelle la présence d'un enfant adopté (ou fosteré), chez un couple nouveau, ou chez des conjoints qui n'arrivent pas à procréer, leur est gage de réussite ultérieure en la matière.

En Chine traditionnelle, certains couples n'attendaient pas forcément longtemps pour s'adjoindre l'adoption comme stimulant : de très jeunes couples pouvaient donc avoir recours à cette pratique d'adoption "thérapeutique". Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, chez les Chinois de Taïwan, la captation d'enfant en vue d'induire une conception est attestée, et fait l'objet d'appellations particulières. La fillette choisie est appelée "bonne meneuse", elle est la "bru qui attend son mari" (le couple souhaitant avoir un fils) [VOIR AUSSI >>> Adoption d'enfants en Chine traditionnelle(2) -Tongyangxi : adoption de petites brus chinoises...], elle "force les fleurs", elle "appelle un petit frère".

Il est probable que dans beaucoup de sociétés, la pression nataliste exercée par les générations supérieures devait être ressentie comme anxiogène par les jeunes mariés sommés de faire au plus vite la démonstration de leurs capacités génésiques. Wolf et Huang, à propos des Chinois, mentionnent que les recherches médicales confirment l'effet apaisant de l'adoption,[3] information que certain médecins français, travaillant sur la stérilité, ont pu confirmer.[4] On remarquera au passage l'ambiguïté de l'insertion familiale de la fillette réputée tirer du néant tantôt  un cadet, tantôt un époux...

Et si le fosterage ("adoption" temporaire...) d'Ismaël avait guéri Abraham et Sarah de leur stérilité et "tiré" Isaac ?

Je mets en parallèle cette adoption thérapeutique avec l'histoire d'Isaac et Ismaël dans la Genèse (Naissance d'Ismaël en Genèse 16 ; Naissance d'Isaac en Genèse 21).

Ishmail & Isaac ; Old English Illustrated Hexateuch 
Aelfric Illustrator - England [Canterbury];second quarter of 11th century.

Abraham et Sarah sont demeurés stériles, et à l'âge de 86 ans, Abraham prend sa servante égyptienne Hagar comme "mère-porteuse"[5] (anachronisme certes...). Et c'est en présence d'Ismaël que naîtra (enfin) le fils miraculeux et naturel Isaac, alors que Sarah a 90 ans et Abraham 100 ans.
On pourrait donc penser qu'Ismaël a "tiré" Isaac en quelque sorte, et que l'adoption d'Ismaël a pu être "thérapeutique"...

Mais le terme anthropologique de fosterage (prise en charge temporaire par d'autres que les parents-géniteurs) serait plus approprié, car, peu après la naissance d'Isaac, Hagar et Ismaël sont chassés ; Dieu promet tout de même qu'une grande nation descendra d'Ismaël (Gn 21 :12-13). Ismaël donnera naissance à la tribu des Qoreichites, tribu de laquelle naîtra des siècles plus tard le Prophète de l'islam, Mahomet.

Les "Bébés-Surprises" en cours de procédure d'adoption, "tirés" par l'enfant adopté :

Pour certains couples avec un long chemin d'infertilité, le fait d'avoir un enfant apparenté, d'avoir suffisamment avancé dans leur procédure d'adoption pour leur garantir la venue prochaine de leur enfant adopté, peut les libérer et les guérir de leur infertilité, avec venue miraculeuse de leur enfant naturel, un "Bébé-Surprise"[5]...

Il s'agit donc d'une forme moderne d'adoption thérapeutique en quelque sorte, et les associations de familles adoptives ont sans aucun doute des exemples à vous conter !

Et si ce fut le cas pour vous ou pour vos proches, vos récits sont les bienvenus en commentaires évidemment !

Off course, A Baby Love is required !

[Sources : (5)
[1] PIERRON J, Données socio-familiales de l’adoption internationale en France (étude descriptive à partir des dossiers des 800 premiers enfants vus à la Consultation d’Adoption Outremer du Dr J.V. de Monleon au CHU de Dijon). Thèse de médecine. Dijon : Faculté de Médecine de Dijon, 2007.
[2] DE MONLEON JV, PIERRON J, HUET F, Les raisons de l’abandon et de l’adoption : étude observationnelle portant sur 800 cas, Arch Pédiatr, 2011 ; 18 : 221-222.
[3] WOLF AP, HUANG CS, Marriage and adoption in China, 1845-1945, Stanford University Press, 1980.
[4] LALLEMAND S, La circulation des enfants en société traditionnelle - Prêt, echange, don -., Paris, L'Harmattan, 1993.
[5] DE MONLEON JV, Naître là-bas, grandir ici. L’adoption internationale, Paris, Belin, 2003. ]


Diana Ross & The Supremes - Baby Love (1964)



samedi 9 juin 2012

Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (2) - Tongyangxi : adoptions de petites brus chinoises...


On ne trouve pas véritablement de sanction à la pratique de l'adoption - même en dehors des lignées de sang - dans l’idéologie populaire chinoise.

En pratique, des anthropologues ont observé des coutumes d’adoptions aux 19e et 20e siècles, se réalisant le plus souvent en dehors des proches parentés
Deux explications sont avancées :  le fait d’adopter les enfants de personnes étrangères, peut être avec des intermédiaires, aidait à protéger les liens adoptifs d’interférences futures avec les parents –ou familles- de naissance et faisait que l’enfant adopté était moins à même d’essayer de retourner à sa famille de naissance.

De même, alors que la plupart des adoptions officielles glanées à partir de documents historiques et  d’archives judiciaires implique l'adoption de garçons dans le but de fournir un héritier - le seul but pour l'adoption qui était autorisée par la loi -,  les pratiques populaires d'adoption impliquaient souvent des filles (Wolf et Huang 1980).
Comme l’observe Waltner, les adoptions de filles n'étaient pas susceptibles de faire partie du registre historique, ni dans les généalogies et ni dans les archives judiciaires, parce que, dans le système de parenté patrilinéaire en vigueur, leur adoption ne portait pas sur des questions de lignage ou  sur des questions de propriété ou d'héritage (Waltner 1990: 122).
En même temps, les filles étaient plus susceptibles que les garçons d'être disponibles pour l'adoption parce qu'elles étaient plus remplaçables du point de vue des familles de naissance.
En outre, la position ambiguë des femmes, en particulier enfants, dans la structure de la parenté formelle et les lignées de sang, fait que les filles sont  plus facilement changeables et donc plus «adoptables» en tant que filles, indépendamment de leur origine, à l'intérieur ou à l'extérieur de lignées de sang.

Photo d'une famille traditionnelle chinoise [Source:http://seathestars.com/] 
 (ndlr : le photographe n'a sans doute pas dit : "Cheeeeeeeessssssseeeeeee"...)
Les anthropologues qui ont étudié l'adoption en Chine pré-révolutionnaire, ont constaté que la forme la plus commune était une adoption féminine, impliquant une jeune nourrisson-fille  destinée à être élevée comme future belle-fille et épouse pour un fils (une bru donc), en chinois une tongyangxi (Wolf et Huang 1980). Cette pratique d’adoption de petites brus évitait les frais de cérémonie souvent élevés et  ruineux dans la forme traditionnelle du mariage, et avait l'avantage d'offrir aux beaux-parents, en particulier les belles-mères,  un plus grand contrôle sur leur bru et moins de risques que la jeune femme ne rompe le lien crucial entre les parents et leurs fils (Wolf 1972). 
Les couples sans enfants pouvaient également adopter des filles, dans l'espoir que cela les mettent sur la voie pour avoir  un fils. Si le fils espéré n’était pas réalisé, le couple avait au moins une fille qui pourrait leur servir de gardienne  et de moyen possible pour obtenir un gendre héritier uxorilocalement [NDLR : uxor = épouse en latin ; le couple marié réside du côté de la famille de l’épouse], c’est à dire de trouver un homme qui épouse  sa femme dans la famille de celle-ci, et que ce gendre soit autorisé à devenir l'héritier de son beau-père. Bien que cela ait été considéré comme un arrangement peu intéressant pour un homme, des hommes pauvres pouvaient être disposés à se marier de cette manière pour des raisons économiques.

Dans certaines communautés au XIXe et au début du XXe siècle, ces diverses pratiques étaient tellement répandues que la majorité des filles étaient adoptées et que peu de gens élevaient  leurs propres filles biologiques (Wolf et Huang 1980). Dans d'autres régions, ces pratiques ne concernaient qu'une petite minorité. Mais leur existence a montré la flexibilité des pratiques traditionnelles et la façon dont l'adoption pouvait être utilisée et manipulée par les familles comme un moyen pour compenser l'insuffisance des résultats de la reproduction biologique. Ils ont également fourni une coutume traditionnelle pour l'adoption des filles.
Une autre tradition, qui ressemblait à l'adoption, impliquait l'achat de filles comme domestiques. Ces filles (girls) n’étaient pas leurs "filles" (daughters), mais étaient souvent traitées comme des membres du foyer familial et, comme si elles étaient leurs filles biologiques, leurs mariages étaient arrangés par le chef de famille.

[Sources : sur demande à l'auteur]






Adoption d'enfants en Chine traditionnelle (1) - Mingling Zi : La légende de la guêpe et des vers à soie...


Une connaissance rudimentaire du confucianisme et de la société chinoise pourrait conduire à supposer que l'adoption, en particulier l'adoption en dehors de proches lignées de sang, est susceptible d'être inhabituelle et intimement interdite du fait de l’accent confucéen mis sur les liens du sang.

La loi chinoise traditionnelle interdisait l’adoption entre différentes lignées patronymiques, et les textes normatifs étaient de manière générale contre l'adoption.

Mais dans la réalité, il existe une tradition ancienne de différentes pratiques communes d'adoption en Chine, bien que certains chercheurs aient suggéré que l'adoption a diminué dans le milieu du XXe siècle. [L'étude anthropologique de référence de l'adoption dans la société chinoise est celle de Wolf et Huang (1980). Une autre étude importante sur l’adoption en Chine est celle de l’historienne Waltner (1990)] 
Un certain nombre de sources dans le confucianisme et dans la culture populaire soutiennent des liens adoptifs autant à l’extérieur qu’à l'intérieur de lignées  de sang, et s'appuient sur l'adoption - aussi bien des  garçons que des filles - comme un moyen pour construire une famille et une parenté.

Ann Waltner a écrit, dans la conclusion de son   étude sur l’adoption et la parenté dans la Chine sous les dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912) :
Law and other normative texts, viewing the family as a patrilineal and patriarchal institution with a primary obligation to continue ancestral sacrifices, prohibited adoption across surname lines.[. . .] But adoption across surname lines was nonetheless relatively prevalent. And furthermore, the practice was accompanied by an ideological structure that described and justified adoption across surname lines. This competing ideology, encapsulated in the term ming-ling tzu, suggests that the lines dividing outsider from insider, stranger from kinsman could in fact be crossed. 
[Waltner, Ann. 1990. Getting an Heir: Adoption and the Construction of Kinship in Late Imperial China. Honolulu: University of Hawaii Press.p.144]

Une croyance populaire chinoise, appelée Mingling zi (littéralement : enfant de la chenille du mûrier), s’appuie sur des vers du Cheu King (en français : Classique des vers ou Livre des Odes), à propos de chenilles du mûrier (ming ling) adoptées par une guêpe (kuo touo) :

 […]Dans la plaine croissent des haricots, et tout le monde en cueille. (Ainsi tout homme peut et doit pratiquer la vertu).
 La chenille du mûrier a des petits ; la guêpe les transporte (dans son trou et leur donne ses soins ; au bout de sept jours, ils sont changés en petites guêpes).
Enseignez, instruisez vos enfants ; vertueux vous-mêmes, vous les rendrez vertueux comme vous.[…]                              
                                             Che king, Siao ya, V, 2, Siao yuan.


Bombyx du mûrier [Source : Larousse]

C’est en effet une croyance des paysans chinois que le bombyx du mûrier, ou chenille du mûrier (ou ver à soie), abandonne ses petits et que ceux-ci sont recueillis et élevés par des guêpes. D’où l’emploi  populaire des caractères ming ling (chenille du mûrier) dans le sens de fils adoptif, et des caractères kouo touo (guêpe) dans celui de père adoptif.

Le terme pluriel ming-ling tzu fait référence aux enfants adoptés, en particulier ceux adoptés en dehors de la famille proche patrilinéaire, dérivant de la croyance populaire qu’une guêpe prit les petits de la chenille du mûrier et les métamorphosa en jeunes guêpes, faisant d’eux ses « propres enfants ».

Selon cette croyance populaire, la guêpe donnait des coups et tapait en dehors du nid dans lequel étaient installés les petits vers, et priait « soyez comme moi, soyez comme moi ». Au bout d’une semaine, de jeunes guêpes émergeaient.
Ainsi, l'enfant adopté, qui devient l'enfant de quelqu'un d'autre que ses parents biologiques, est connu comme un mingling zi.

La métaphore est remarquable dans son rejet quasi-total de l'importance de l'hérédité dans la formation de l'enfant, mettant l'accent sur la transformation totale des enfants biologiques d'un couple de parents, transformation par analogie aux parents adoptifs grâce aux vertus d'être élevés par eux. Presque aucune trace d’origine biologique ne reste.
L’accent confucéen sur l’éducation et l’élevage comme clés de la personnalité fournit des bases pour des liens construits plus sur la culture et les relations sociales que sur la biologie et l’hérédité.

mercredi 26 octobre 2011

Adoption et confucianisme (Corée,Chine,Japon) : notions légales...

 Confucius présentant Gautama Buddha à Lao-Tseu

De nombreux d'auteurs ont soutenu que le confucianisme, avec son accent sur l'importance des liens du sang, a influencé les attitudes et les pratiques en matière d'adoption dans plusieurs pays d'Asie, en particulier en Corée, en Chine et au Japon.


En Corée au cours de la période Choson précoce (1392-1598), par exemple, les femmes pouvaient être adoptées et pouvaient hériter d'une propriété. Cependant, avec l'apparition de rites familiaux néo-confucéens, l'adoption agnatique (un fils adopté du côté du père) est devenue la norme. Seul un fils agnatique adopté avait le droit de devenir héritier à des fins rituelles et pouvait porter le nom de famille.

L'adoption agnatique dans la société coréenne a été essentiellement pratiquée à des fins de culte des ancêtres, et l'adoption impliquait généralement un frère plus jeune donnant un de ses fils -de préférence l'aîné-, à un frère plus âgé, ou un frère plus âgé donnant un de ses plus jeunes descendants masculins à un plus jeune frère.

Les adoptions de gendres et les adoptions à titre posthume étaient également relativement fréquentes.
Des sources historiques indiquent que l'adoption, et en particulier l'adoption d'adultes masculins de la famille proche, était également très répandue en Chine et au Japon. Comme dans d'autres sociétés confucéennes, l'adoption a été principalement utilisée comme un moyen pour les couples sans enfant de préserver la lignée familiale, de transmettre l'héritage et assurer la perpétuation rituelle du culte des ancêtres. Les deux pays, cependant, diffèrent quelque peu dans les procédures utilisées pour réglementer l'adoption.

En Chine, une interprétation plus orthodoxe de la doctrine juridique confucéenne a été appliquée et, par conséquent, selon les codes pénaux au cours des dynasties Ming et Qing (1368-1644 et 1644-1911), l'adoption n'était autorisée que dans les lignées de sang, et de préférence parmi les agnats.

Au Japon, parce que la société mettait davantage l'accent sur le foyer familial que sur les liens du sang, l'adoption non agnatique était autorisée. Les adoptions d'adultes, de préférence avec le même nom de clan (honsei), ont été largement pratiquées pendant la période Tokugawa (1603-1867) par les membres de l'aristocratie et la classe des guerriers (samouraïs).
Certains érudits confucéens japonais avaient généralement sanctionné de telles adoptions, et même certains tentèrent d'interdire les adoptions non agnatiques, affirmant qu'elles étaient préjudiciables aux relations humaines et à l'administration de l'Etat.


De nos jours, les coutumes confucéennes continuent à influencer les pratiques d'adoption en Corée, en Chine et au Japon.

En République de Corée (Corée du Sud)
, par exemple, l'accent mis par le confucianisme sur les liens biologiques est soupçonné d'avoir entravé le développement contemporain de l'adoption nationale, malgré le fait que de nombreuses pratiques confucéennes traditionnelles, y compris l'adoption à titre posthume et l'adoption de gendres, ont été abrogées après les amendements apportés au Code civil en 1990.
Malgré les efforts du gouvernement, "l'emprise permanente du confucianisme, avec son accent sur le maintien des lignées de sang, et une forte préférence pour les fils, a fait qu'il est très difficile de promouvoir l'adoption nationale en Corée comme un substitut à l'adoption internationale" (Johnson K, Politics of international and domestic adoptions in China, in Law & Society Review, Vol.36 No.2, 2002, p. 380).

De même, en Chine et au Japon, les adoptions de gendres ou les adoptions extra-familiales d'adultes peuvent avoir lieu dans le cadre d'accords sur les successions et sur les soins aux personnes âgées.

À la fin des années 1980, deux tiers des adoptions officielles au Japon impliquaient des adultes et la vaste majorité des personnes adoptées en tant que mineurs avaient un lien de parenté avec leurs parents adoptifs (adoptions intra-familiales).

Ces dernières années, certains des pays où les pratiques d'adoption coutumière ont été façonnées par le confucianisme ont promulgué des lois qui mettent l'accent sur l'intérêt supérieur de l'enfant adopté, plutôt que sur la préservation de la famille ou du lignage du foyer familial.

En Chine, par exemple, la loi sur l'adoption de 1991 précise que l'adoption est autorisée indépendamment du lien entre l'enfant et le parent adoptif et que les orphelins, les enfants abandonnés et les enfants dont les parents sont incapables de les élever peuvent être adoptés (art. 4). Néanmoins, l'article 7 de la Loi établit que certaines restrictions sur les futurs parents adoptifs (âge minimum, par exemple) ne s'appliquent pas dans le cas d'adoption intrafamiliale "d'un enfant d'un collatéral par le sang de la même génération et jusqu'au troisième degré de parenté".

Au Japon, la pratique d'adoptions spéciales (tokubetsu yoshi) a été introduite en 1988 pour protéger les intérêts de l'enfant, en particulier dans les cas où les parents de naissance sont considérés comme inaptes. les adoptions spéciales sont limitées aux enfants de moins de six ans et ont pour effet de rompre les liens entre l'enfant adopté et les parents de naissance et leurs familles. Certains auteurs ont noté que, depuis l'introduction de l'adoption spéciale, le nombre total des adoptions au Japon a nettement diminué. Une partie de cette baisse a été attribuée à des améliorations dans le système de sécurité sociale, dans la prise en charge des personnes âgées et dans les soins fournis par leurs enfants. La stigmatisation associée à l'illégitimité présumée des enfants adoptifs en extra-familial et le fait que le système d'enregistrement des familles (Koseki) rend presque impossible celui d'adoptions anonymes ont été également cités comme autres facteurs possibles du nombre peu élevé d'adoptions au Japon.

[Source : United Nations Department of Economic and Social Affairs/Population Division, Child adoption : Trends and Policies, New York, United Nations, 2010]

Confucius Quotes... With cool music to soothe the soul...

samedi 7 mai 2011

Confucius : l'incontournable Maître K'ong en Corée, en Chine et au Vietnam... Morale confucéenne, quand tu nous tiens !...

(((NB : BILLET COMPTE TRIPLE... NE ZAPPEZ PAS...
 AMIS DES FLUX READERS NE ME ZAPPEZ PAS ! CE BILLET EST EXCEPTIONNELLEMENT LONG, ET JE PROMETS DES BILLETS PLUS COURTS ET PLUS PERSONNELS POUR LA SUITE DE CE BLOG!)))

Pourquoi s'intéresser à la philosophie de Maître K'ong (Confucius) ?
(pour être brillant et original en dissert de philo ?)
 

Philosophie morale plus que religion, le confucianisme est incontournable pour comprendre le mode de fonctionnement socio-familial de certaines sociétés d'Asie, en particulier en Corée, en Chine et au Vietnam. Amis du monde l'adoption, ce billet compte donc triple (quantitativement et qualitativement)...

Confucius est une figure majeure en Asie aux mêmes titres que Jésus et Platon en Occident.

Même si l'importance des principes moralistes confucéens a quelque peu décliné en République populaire de Chine suite à la Révolution culturelle, l'influence latente que le confucianisme exerce encore de nos jours par exemple sur le modèle social de la Corée du Sud mais aussi du Japon et du Vietnam (respect des ancêtres, piété filiale, obéissance aux aînés, patriarcat, etc ...), est centrale.

Si vous êtes motivés pour lire la longue suite.... Surtout n'hésitez pas...
Sinon, encore une fois, ne me zappez pas...

vendredi 11 mars 2011

Chine : la coutume des pieds bandés... Pratique de domination masculine, Fétichisme ou Barbarie ?... L'esthétique avant le confort...

[Plus bas, on enlève le bas...]

La coutume des pieds bandés, fut pratiquée en Chine du Xe au début du XXe siècle sur les filles et jeunes femmes issues des classes sociales favorisées dans un premiers temps, avant de s'étendre à une part plus large de la société chinoise. 

Il y avait dans cette coutume une forme de domination masculine avec soumission des femmes à cette pratique à visée esthétique et érotique, mais à l’application barbare et aux conséquences parfois mortelles…
Historique, Procédé et symbolique de cette coutume...

samedi 5 mars 2011

Mytholo - Mythologie chinoise : Généralités...

La danse de Fuxi et Nuwa, le couple mythique fondateur de la civilisation chinoise.

La mythologie chinoise est connue grâce à des textes datant essentiellement de la dynastie Han.
La plus importante source est le Shanhaijing « Livre des Monts et des Mers »

N’ayant guère plus de 2000 ans d’âge, ces écrits peuvent être considérés comme récents. De plus, ils ont été rédigés par des lettrés qui ont parfois réinterprété la mythologie conformément à leurs conceptions philosophiques. Ils ont ainsi transformé les plus importants dieux en des souverains vertueux ou mauvais ayant régné à une époque très ancienne.

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