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dimanche 26 mars 2017

Vietnam - Des Vietnamiens Amérasiens qui n’ont jamais été adoptés...

Vietnam - Des Vietnamiens Amérasiens qui n’ont jamais été adoptés...

Une centaine de milliers d'enfants vietnamiens amérasiens sont nés de soldats américains et de mères vietnamiennes pendant la guerre du Vietnam
Plusieurs milliers ont pu quitter le Vietnam avant la fin de la guerre en groupes comme lors de l'Operation Babylift, mais des dizaines de milliers sont restés et ont grandi dans un pays dévasté par la guerre. Ils ont souvent dû faire face à la famine et la discrimination des Vietnamiens qui les considéraient comme l'ennemi. 
Beaucoup d'entre eux ont été abandonnés dans des orphelinats ou dans les rues, et un nombre disproportionné d’entre eux ont grandi analphabètes, souffrant de problèmes physiques et émotionnels. Beaucoup d'entre eux étaient des enfants de prostituées bien que certains soient issus de vraies histoires d’amour. Beaucoup ont essayé sans succès de retrouver la trace de  leurs pères.




Pour faire face à cette situation, le Congrès américain a adopté en 1987 the Amerasian Homecoming Act permettant aux Vietnamiens Amérasiens de venir aux États-Unis avec leurs familles. 
Il en résultait que les Vietnamiens Amérasiens - traités avec mépris toute leur vie - devinrent particulièrement précieux pour les Vietnamiens qui cherchaient à quitter le Vietnam, dont beaucoup tentaient alors de le faire par bateau ou autres moyens. 
En achetant des Amérasiens provenant d’orphelinats ou de leurs vraies familles, ou en les courtisant et en payant les coûts d'émigration des plus âgés (ce que beaucoup ne pouvaient pas se permettre), des milliers de Vietnamiens trouvèrent un billet pour les États-Unis. Beaucoup d'Amérasiens (probablement la majorité) ont migré avec de « faux » parents ou proches qui les ont souvent abandonnés une fois aux États-Unis.

En raison de la prévalence très répandue de la fraude, les États-Unis ont fermé le programme de réinstallation après que vingt-huit mille Vietnamiens ont immigré. Le programme était sérieusement sous-financé et les problèmes gravement sous-estimés
Seulement 2 pour cent environ ont trouvé leurs pères américains, et toutes les retrouvailles n’étaient pas heureuses. 
Certains Amérasiens ont réussi dans leur nouvel établissement américain, mais beaucoup ne l'ont pas fait. Un exemple de difficultés est celui de Dat Nguyen, qui vit maintenant en Californie. Il a été échangé à dix-neuf au Vietnam à une fausse famille pour un pedicab (= tricycle) d’occasion. Une fois arrivés aux États-Unis, sa fausse famille l'a abandonné. Il était analphabète, capable de parler seulement un peu anglais, et souffrant des effets de la poliomyélite.
Comme Thanh Son Thi Nguyen l’a écrit dans une dissertation de 1994 à l'université de Pittsburgh sur les immigrants amérasiens : « Leurs merveilleux rêves sont tous partis, et les Amérasiens ne pourront jamais dire du fond du cœur: ‘Je suis Américain’ ». 

Miss Saigon Olivier Awards 2015 - "I'd Give My Life For You »


[Source : BULLOUGH Vern L. The Vietnamese Who Did Not Get Adopted. in The Praeger Handbook of Adoption. Volume 2. Praeger : Westport (CT), 2006. p.667.]


VOIR AUSSI :
>>>  Vietnam - les Bui Doi, poussières de la vie... Sur fond de Miss Butterfly de Saigon et de Straight to Hell des Clash...


jeudi 2 juin 2011

Vietnam - les Bui Doi, poussières de la vie... Sur fond de Miss Butterfly de Saigon et de Straight to Hell des Clash...

Bui Doi (The Dust of life)

Miss Saigon - Bui Doi

Miss Saigon est une comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, sur des paroles de Richard Maltby Jr.. Les auteurs ont transposé l'histoire de Madame Butterfly, de G. Puccini, pendant la guerre du Vietnam. La première a eu lieu au Théâtre de Drury Lane, à Londres le 20 septembre 1989, la clôture après 4264 représentations eut lieu le 30 octobre 1999. Le 11 avril 1991 a eu lieu la première à New York au The Broadway Theatre, où il est aussi resté pour plus de 4000 représentations.


Bui doi (vietnamien : bui đời ) fait référence aux enfants des rues ou aux enfants délaissés vietnamiens, en particulier les métis amérasiens nés de soldats américains et de mères vietnamiennes, délaissés à la fin de la guerre du Vietnam.

L'expression désigne des «enfants laissés sans soins», et se traduit littéralement comme des "poussières  vivantes" (living dust) ou "poussières de la vie" (dust of life). Ce terme donne à l'esprit l'image d'un enfant abandonné et se déplaçant sans but, comme la poussière.

En vietnamien, il n'a pas de connotation "raciale". Les Vietnamiens font référence aux Amérasiens comme Mỹ lai (métis américains et vietnamiens), con lai (métis enfant), ou Nguoi lai (métis adulte).

La majorité des métis après la guerre du Vietnam étaient Amérasiens, enfants de mères vietnamiennes et de civils ou militaires Américains. Ces Amérasiens nés pendant la guerre du Vietnam (1965-1975) pouvaient être le fruit de toutes sortes de relations, allant de relations durables aux viols.

Toutefois, en raison de la grande industrie du sexe alimentée par l'économie militaire, les Amérasiens étaient majoritairement considérés comme des enfants nés de pères GI et de mères prostituées.

La vie était souvent difficile pour ces Amérasiens, considérés comme des parias par la société vietnamienne.

En vertu d’une loi américaine de 1988 (Amerasian Homecoming Act), un Vietnamien amérasien pouvait obtenir un visa américain sur la base de sa seule apparence. Les Amérasiens ont attiré l'attention d’escrocs qui prétendaient être leurs parents dans l'espoir d'obtenir des visas. Environ 23.000 Amérasiens ont immigré aux États-Unis en vertu de cette loi.

Aux États-Unis, bui doi, ou le terme  (The) Dust of life (poussière de vie), pouvait éventuellement faire référence à une catégorie de criminels parce qu’on y retrouvait certains de ces jeunes vietnamiens nouvellement immigrés et des Amérasiens. L'utilisation abusive du mot bui doi  a aussi migré vers les États-Unis et le courant dominant se l’est approprié.

 The Clash - Straight to Hell

Son application aux enfants métis a été popularisée par la comédie musicale de 1989 Miss Saigon. Le film The beautiful country (2004) décrit la vie d'un bui doi et ses efforts pour retrouver son père américain. « Straight to Hell », chantée par The Clash en 1982, traite du problème des enfants amérasiens à Saigon.

mardi 31 mai 2011

Origines de l'adoption internationale en Corée du sud...

Origines de l'adoption internationale en Corée du sud [1;2]
En Corée du Sud, le poids social a joué un rôle prépondérant dans le développement de l’adoption internationale.
Comme l’a écrit Françoise Maury[3], la conception coréenne traditionnelle de la société et de la famille est directement inspirée du confucianisme (qui est plus une morale qu’une religion). 
La Corée du Sud reste une société patrilinéaire fortement inspirée par la pensée néo-confucéenne et les valeurs confucianistes : cette pensée est basée sur l’importance de la hiérarchie sociale et de la famille dans le cadre strict du mariage ; les lignées de sang sont prégnantes, et ce qui sort du modèle est rejeté. 
Les relations extraconjugales et les enfants nés hors mariage ne sont pas acceptés en Corée. Ces enfants n’ont aucune reconnaissance sociale. Il est donc impossible pour un parent coréen seul et non marié (divorcé ou non) avec un enfant de trouver du travail et de vivre.
En outre, les Coréens doivent se marier avec d’autres Coréens : la Corée du Sud est sans doute le pays le moins métissé du monde ; les enfants métis sont donc également moins bien acceptés. 
La guerre de Corée dans les années 50 a scindé la Corée au niveau du 38e parallèle, a ruiné le pays, a laissé de nombreux orphelins, et a également donné naissance à des enfants métis nés de soldats américains et de femmes coréennes : ces enfants métis étaient très mal vus par la société coréenne et n’avait pas d’espoir d’avenir ; ils souffraient du rejet social, au même titre que les filles-mères et leurs enfants considérés comme illégitimes.
 Un officier et paysan américain, Holt*, a créé un orphelinat à Séoul pour permettre la prise en charge de ces enfants sans avenir. Le Holt Children Services était ainsi créé et a permis l’adoption de nombreux coréens par des étrangers.
Références :
[1] PIERRON J, Adoption et séparation d'enfants : diverses approches anthropologiques, in VINAY A et Al, Psychologie de l'attachement et de la filiation dans l'adoption, Paris, Dunod, 2011.
[2] PIERRON J, Données socio-familiales de l’adoption internationale en France (étude descriptive à partir des dossiers des 800 premiers enfants vus à la Consultation d’Adoption Outremer du Dr J.V. de Monleon au CHU de Dijon). Thèse de médecine. Dijon : Faculté de Médecine de Dijon, 2007, 206 p.
[3] MAURY F, L'adoption interraciale, Paris, L'Harmattan, 1999.

* NB : Je parlerai plus spécifiquement de Harry et Grandma Bertha Holt, de leur conception humanitaire et religieuse de l'adoption et de leur impact mondial dans d'autres billets...
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