Contexte : Migration péruvienne et adoption en Espagne
Dans les années 1980 et au début des années 1990, le Pérou est un pays d'origine important pour la migration et l'adoption.
La migration transnationale du Pérou a fortement augmenté dans les années 1980 et au début des années 1990, en partie en raison du taux de chômage élevé et de la crise politique au Pérou sous les gouvernements d'Alan García et Alberto Fujimori.
L'Espagne, l'Italie et le Japon ont reçu la majeure partie des migrants péruviens au cours de ces années, alors que la politique d'immigration des États-Unis les limitait et que ces nations encourageaient les migrations pour le travail.
Beaucoup d'experts de l'adoption internationale ont noté que l'adoption apparaît où des catastrophes naturelles ou des guerres ont eu lieu et le Pérou n'a pas fait exception.
Poster of Abimael Guzmán celebrating five years of war
Le violent conflit entre le Sentier Lumineux et les forces gouvernementales péruviennes ont engendré des adoptions internationales illégales ou " irrégulières "au Pérou, qui ont atteint un sommet au début des années 1990 et ont considérablement diminué après que le Pérou a adopté une loi en 1993 sur l'adoption (loi 26981) qui a mis en œuvre de nombreuses mesures de protection et des contrôles sur le processus d'adoption.
Actuellement [NDLR : 2010] le Pérou envoie environ 30 enfants à l'Espagne par an, moins qu'en Italie, mais plus qu'aux États-Unis (qui sont à l'heure actuelle les trois principales destinations des enfants péruviens adoptés à l'échelle internationale).
Ces chiffres sont en forte baisse par rapport aux sommets du début des années 1990 .
La migration vers l'Espagne est d'un intérêt ethnographique en raison de la grande rapidité avec laquelle elle a transformé la démographie espagnole. Sous Franco, l'Espagne était une (soi-disant homogène) nation d'émigrants - personnes ayant fui la dictature à la recherche de liberté politique et, peut-être plus important encore, d'une chance de gagner sa vie.
Les changements sociaux et politiques qui se sont déroulés au cours des dernières décennies ont stimulé la croissance rapide d'une population migrante estimée aujourd'hui à plus de 6 millions (14,1% de la population totale en Espagne).
Une migration semblable, mais à plus petite échelle, s'est produite dans le domaine de l'adoption : l'Espagne a envoyé des enfants adoptables à l'étranger plus tôt dans le XXe siècle, et seulement récemment, elle est devenue un pays d'accueil pour les enfants adoptables.
[Source : Leinaweaver Jessaca B. Kinship paths to and from the New Europe : a unified analysis of peruvian adoption and migration. J Lat Am Caribb Anthropol. 2011 November ; 16(2) ]
À l’origine cette forme d’adoption créait un lien entre une famille et un orphelin animé par l’esprit de lucre ; un orphelin de père et de mère acceptait par intérêt le statut d’adopté, proposé par une tierce personne.
Ce mode d’adoption a subi au cours des temps des transformations pour devenir applicable à tout le monde.
C’est une adoption par consentement directement entre l’adoptant et l’adopté. L’adoptant et l’adopté doivent être de la même caste.
La formalité essentielle consiste dans l’expression du consentement mutuel. Aucune autre cérémonie n’est indispensable.
Ordinairement l’opération se déroule de la manière suivante : le jour faste choisi, l’adoptant et la personne à adopter se purifient par le bain et se rencontrent à une heure faste ; ils prononcent l’un après l’autre ces mots : « Sois mon fils » – « Je suis devenu ton fils. » L’adoptant fait alors à l’adopté un cadeau approprié.
Cette expression du consentement par l’adopté implique qu’il soit majeur. Aucune limite d’âge n’est prescrite.
Le fait qu’il ait été initié dans la famille d’origine par le sacrement de l’upanayana ou même qu’il soit marié et ait des enfants n’est pas un obstacle à l’adoption. Cependant, dans certaines régions où cette forme d’adoption est fort en vogue, l’adoption d’un mineur, non orphelin, est acceptée ; dans ce cas le consentement est donné par les parents de l’adopté.
L’adoption peut être faite par le mari ou la femme isolément.
Quand la femme adopte, c’est toujours pour son compte et non pour celui du mari, que ce soit du vivant du mari ou après sa mort. Elle peut adopter un fils pour elle, même si l’enfant adopté par le mari est vivant. Le fils adoptif de l’un des époux n’est pas le fils de l’autre. Il est toutefois permis aux deux époux d’adopter un fils conjointement.
Le consentement du mari ou d’aucune autre personne n’est nécessaire. Mais ni l’épouse ni la veuve ne peuvent adopter un fils pour leur mari, même avec son autorisation expresse. Le lien de parenté entre l’adoptant et l’adopté est sans importance. En cas de survenance d’enfant chez l’adoptant, le contrat est susceptible d’être résilié, sauf stipulation contraire.
L’adopté ne perd aucun de ses droits dans la famille d’origine. Il ne prend pas le nom de la famille adoptive ; mais il accomplit les rites funéraires pour l’adoptant et prend son héritage. Dans la famille adoptive les liens juridiques existent seulement entre l’adoptant et l’adopté et ne s’étendent pas au-delà. Ainsi l’adopté n’hérite pas du père de l’adoptant ou même du conjoint de l’adoptant, de même le fils de l’adopté n’hérite pas de l’adoptant. Les liens se limitent donc aux parties contractantes. L’adopté perd tout droit à la succession en cas de survenance d’enfants chez l’adoptant. Mais comme le pont n’est pas coupé du côté de sa famille d’origine, c’est seulement un manque à gagner. Cette forme d’adoption très souple, admettant des liens de filiation réduits, a une allure d’institution d’avant garde.
[Source : Annoussamy D. Filiation en droit hindou ancien.
in ROY O.(dir). Réflexions sur le pluralisme familial. Paris. Presses Universitaires de Paris Ouest : 2011.]
Pour pallier la désolation qui résulterait de l’absence d’un fils, il est indispensable, en cas de besoin, d’en adopter un qui puisse être intronisé dans cette grande famille dont les frontières s’étendent au-delà de ce monde.
Pour ce faire l’adoptant ne doit pas avoir de descendant direct jusqu’au troisième degré. La grossesse de l’épouse n’est pas un obstacle à l’adoption. Si le seul descendant direct devient ascète ou entre dans un ordre religieux l’adoption est possible. De même, s’il est exclu de la caste ou renonce à la religion ou souffre d’une maladie incurable le rendant inapte à accomplir les cérémonies funéraires.
L’adoption n’est pas laissée à la discrétion de l’hindou ; elle s’impose à lui. S’il n’a pu adopter de son vivant un fils qui lui agrée, il peut donner mandat à sa femme d’en adopter un pour son compte après sa mort. Même s’il meurt sans donner un tel mandat, la veuve à l’obligation morale d’adopter un fils pour son mari défunt. Ce cas mis à part, la femme n’a pas le droit d’adopter. Elle perd ce droit si elle se remarie.
Pour être agréable aux ancêtres, le fils adoptif doit être une réplique parfaite du fils aurasa. [aurasa : fils né
d’une épouse légitime, vierge au moment du mariage, de même caste. Il est
considéré comme l’enfant parfait, la réplique de son père. On croyait à cette
époque que l’enfant était produit uniquement par la semence de l’homme et que
la femme était tout simplement un réceptacle nourricier. En cas de mort d’un
tel enfant son fils aurasa peut le remplacer ; de même son petit fils.
Toutefois, l’enfant atteint d’infirmité, de maladie incurable, ou d’incapacité
mentale n’est pas considéré comme un enfant à part entière : il ne peut
recevoir le sacrement de l’intronisation spirituelle dans la famille ; il ne
peut pas faire les offrandes aux défunts ; il n’hérite pas et n’a droit qu’aux
aliments. Il est ainsi écarté de la grande famille des vivants et des morts.]
Il doit appartenir à la même caste et être de préférence un sapinda.[Sapindas : ceux qui ont les mêmes particules du corps et qui ont les mêmes liens d’offrandes. Tout hindou est sapinda de ses descendants mâles jusqu’au troisième degré, de ses ascendants mâles jusqu’au troisième degré, des descendants mâles de ces derniers jusqu’au troisième degré.]
L’adopté ne doit pas avoir été déjà intronisé dans la famille d’origine par la cérémonie de l’upanayana ou investiture du cordon sacré.
La femme étant dans l’incapacité d’offrir des oblations, l’adoption d’une fille n’est pas reconnue non plus. Un fils unique est rarement donné en adoption, car cela priverait son père d’un continuateur de sa propre lignée.
Les enfants apparentés par l’intermédiaire d’une femme doivent être écartés.
L’adoptant et la mère de l’adopté ne doivent pas être dans un lien de parenté interdisant le mariage.
Pour que l’adoption soit valable, il faut que le fils soit donné de plein gré par son père. C’est cet acte de don qui a prêté son nom (dattaka) à cette forme d’adoption.
Il en résulte qu’un orphelin ne peut être adopté.
Un enfant adopté ne peut être donné en adoption.
La loi n’admet la présence que d’une seule personne dans chacun des trois rôles ; l’adoptant, l’enfant à adopter et le parent qui donne l’enfant.
L’adoption simultanée d’un même enfant par plusieurs personnes est expressément interdite.
L'adoption s’accomplit par la tradition réelle de l’enfant avec l’intention de le transférer de la famille d’origine à la famille adoptive.
La cérémonie varie dans les détails d’une région à l’autre, d’une caste à l’autre.
Mais le scénario le plus généralement suivi se déroule ainsi : au jour et à l’heure fastes choisis avec soin, on rassemble parents et amis ; des brahmes versés dans les Védas allument le feu sacré.
Devant ce dernier, l’adoptant fait solennellement la demande de l’enfant à son père légitime.
Sur son consentement, il prend l’enfant et prononce ces mots : « Je te prends pour continuer la lignée de mes ancêtres. »
L’enfant est ensuite installé sur lesgenoux de la mère adoptive.
L’officiant procède alors à des oblations de riz et de beurre clarifié au feu sacré, ponctuées par des prières. Le tout s’accompagne de musique auspicieuse.
La cérémonie se termine par des cadeaux offerts à l’adopté par les parents et amis et les présents d’usage distribués par les parents adoptifs aux brahmes et à l’assemblée.
Les liens de parenté dans la famille adoptive s’établissent ainsi : quand un hindou marié adopte une personne, sa femme en devient la mère adoptive avec tous les droits et obligations qui en découlent.
Quand l’adoption est faite par l’hindou avec le consentement de plus d’une épouse, la plus ancienne épouse, pas nécessairement la plus âgée, devient la mère adoptive, et les autres épouses deviennent belles-mères.
Quand un veuf ou un célibataire qui a adopté un enfant vient à se marier par la suite, sa femme est considérée comme marâtre de l’adopté. De même, celui qui épouse une femme qui avait déjà un enfant adopté en devient le parâtre.
Bien que les liens avec la famille d’origine soient rompus par l’adoption et que l’adopté perde le nom de sa famille d’origine, les empêchements pour cause de parenté en matière de mariage continuent à subsister.
De même, tout bien déjà échu à l’adopté et provenant de la famille d’origine lui reste acquis, avec les obligations qui s’y attachent, telles que l’obligation alimentaire ou celle de payer les dettes de son père biologique mais seulement dans la limite des biens échus.
Dans la famille adoptive, l’adopté a le même statut et les mêmes droits que le fils aurasa.
Il participe à la communauté des biens de la famille indivise et hérite des collatéraux ainsi que des ascendants de l’adoptant.
Toutefois ses relations de sapinda ne s’étendent que jusqu’à trois degrés au lieu de sept pour l’aurasa. Il est exclu de la succession si le père adoptif avait été disqualifié alors que le fils aurasa vient en représentation d’un tel père.
Quand il est en concurrence avec un enfant aurasa, né après l’adoption, il n’a droit qu’à la moitié de la part de cet enfant.
[Source : Annoussamy D. Filiation en droit hindou ancien.
in ROY O.(dir). Réflexions sur le pluralisme familial. Paris. Presses Universitaires de Paris Ouest : 2011.]
En droit hindou ancien, cinq catégories d’enfants adoptifs sont reconnues selon la modalité de l’opération :
1/ Dattaka: fils donné en adoption de plein gré par son père ;
2/ Kritima: fils adopté par consentement direct avec l’adoptant ;
3/ Kritaka: enfant vendu par ses parents ;
4/ Appavidda : enfant abandonné et recueilli comme fils ;
5/ Svayam dattaka: orphelin ou enfant abandonné qui s’offre à quelqu’un de son propre mouvement.
Les formes 3, 4 et 5 ne se distinguent entre elles que par les circonstances et les sentiments qui animent l’adoptant et l’adopté et le cas échéant les parents biologiques.
Dans les cas 3 et 4 l’adoptant joue un rôle actif, dans le cinquième, c’est l’adopté qui est moteur de l’adoption, ce qui en fait un cas unique en son genre.
Les 3 dernières formes sont assez simples et n’exigent pas de développement.
En revanche les deux premières formes sont très élaborées et leurs détails aideront à mieux comprendre le phénomène de la filiation dans l’Inde ancienne.
(to be continued very soon... I promise !...;-))
[Source : Annoussamy D. Filiation en droit hindou ancien.
in ROY O.(dir). Réflexions sur le pluralisme familial. Paris. Presses Universitaires de Paris Ouest : 2011.]
En 1941, Alan Gardiner a publié un essai appelé « Adoption Extraordinary » dans The Journal of Egyptian Archaeology.
Écrivant en "ces jours catastrophiques", au milieu de la Seconde Guerre mondiale, Gardiner s'adresse lui-même à " [ses] lecteurs, s'il y en avait encore en mesure de prêter leur attention à l'égyptologie et l'étude du Droit Ancien." Les conditions en temps de guerre, ajoute-t-il, font qu'il est impossible pour lui de fournir un commentaire complet sur le document qu'il a trouvé, un document à son avis d'une importance exceptionnelle. Même si "la langue est barbare et la composition exécrable," néanmoins " les faits révélés sont étonnants." Nous n'avons, écrit-il , " pas la moindre idée qu'en Egypte la fiction juridique de l'adoption pouvait prendre une telle importance ou être poursuivie en de telles périodes."
Après nous avoir assuré que le papyrus lui-même est "enterré pour des raisons de sécurité à quarante pieds sous terre," Gardiner résume l'histoire tout à fait remarquable d'un testament dicté par un maître impérial nommé Nebnéfer. L'épisode date du Moyen Empire (2030-1640 avant notre ère). Nebnéfer craignait que, après sa mort, ses frères et sœurs pussent réclamer une partie de ses biens à sa femme sans enfants, Rennufer. Pour éviter cela, il "avait recours à la solution extraordinaire de l'adoption de sa femme comme sa propre fille."
Il y a plus.Des années plus tard, Rennefur maintenant veuve a fait un testament , dans lequel elle adopte deux filles nées d'un esclavedu foyer familial ; elle lègue sa propriété à ces enfants.
Il y a plus encore. Rennefur a trouvé un tuteur pour les deux filles, représenté par son propre frère cadet, Padiu.Pour formaliser cet arrangement, Rennefur a adopté Padiu, qui à son tour a épousé une des jeunes filles. Ainsi Padiu est devenu à la fois fils et gendre de Rennefur. En outre, depuis que Nebnéfer avait adopté Rennefur, le jeune beau-frère était maintenant devenu à la fois fils et petit-fils de Rennefur par adoption.
C'est suffisant, écrit Gardiner , pour "faire s'embobiner le cerveau" (to make the brain reel).
L'histoire de Rennefur présente les rebondissements d'un vaudeville français ;
mais la plupart des adoptions dans l'Egypte ancienne étaient moins sensationnelles dans leurs détails.
Selon le Lexikon der Ägyptologie, l'adoption peut être retracée au moins aussi loin que la XIXe dynastie (environ 1292-1189 avant JC). Sur la base de ce qui est connu de la pratique, l'adoption servait principalement à fournir des héritiers pour des hommes qui n'avaient pas d'enfants survivants de sexe masculin.
Dans un cas, le scribe Ramose et sa femme Moutemouia semblent avoir commandé un monument aux dieux de la fertilité et de l'accouchement, mais leurs prières n'étaient pas entendues avec la venue un fils . Ramose a alors adopté Kenherkhepeshef, qui succéda à Ramose dans ses fonctions.
Comme le suggère l'histoire de Rennefur, dans les années du Moyen-Empire, l'adoption était une stratégie juridique possible aussi bien pour les femmes que pour les hommes.
Plus tard, au cours de la période gréco-romaine, le «droit de la femme à statut égal», y compris son droit d'adopter, a été progressivement dépouillé.
Comme ce sera également le cas à Rome, l'adoption égyptienne a parfois été déployée pour créer ou entretenir des alliances politiquement utiles.
Un exemple particulièrement intéressant vient de la Troisième Période Intermédiaire (env. 1070-640 avant notre ère), une période turbulente durant laquelle les régions du nord et du sud du pays ont été divisées, avec la famille royale contrôlant le nord tandis que le sud était effectivement gouverné par les grands prêtres d'Amon. Pour renforcer leur position, les rois ont inventé le poste d'épouse du Dieu Amon, un titre décerné par adoption d'une succession de femmes non mariées - figures de proue vierges dont le célibat protégeait la monarchie de la mise en place d'une nouvelle dynastie.
[Source : CONN Peter - Adoption A Brief Social and Cultural History. New York : Palgrave Macmillan. 2013]
Il existe deux formes d'adoption (en usage aujourd'hui) chez les Sioux Lakota du Dakota du Sud : l'adoption formelle et l’adoption cérémonielle (Hunka Lowanpi).
L'adoption formelle est un acte juridique d'adoption d'une personne par le tribunal tribal, et cet acte produit des documents écrits.
La deuxième forme d'adoption, le Hunka Lowanpi, est une adoption cérémonielle et elle ne laisse aucune trace écrite.
Dès 1937, les Sioux Lakota de la réserve de Pine Ridge ont tenté de réglementer l'adoption traditionnelle d'adultes :
"... Tout indien ou indiens souhaitant adopter un adulte, conformément à la coutume indienne (Waliyacinpi), doit comparaître devant la Cour supérieure de la tribu des Sioux Oglala avec la personne à adopter et toutes les autres personnes concernées, et déclarer leurs intentions. Si la Cour, après examen, trouve que la personne (ou les personnes) qui demande l'adoption est saine d'esprit et que la demande est libre et volontaire, elle peut autoriser une telle adoption et faire un enregistrement de celle-ci moyennant le paiement d'une taxe de un dollar (1,00 $), qui doit être déposé aux Fonds de la Cour. Toutes les adoptions réalisées jusqu'ici par la coutume tribale doivent être nulles et non avenues à moins qu'elles ne soient renouvelées de la manière décrite ci-dessus ... " [Oglala Sioux Tribe: Law and Order Code, Section 113: Adult Indian Custom Adoption, http://www.narf.org/nill/Codes/oglalacode/chapter11-custadopt.htm]
Plus tard, la constitution a été modifiée, et la taxe portée à dix dollars.
Il convient de noter que, tandis que la section ci-dessus fait référence aux adoptions d’adultes. Le mot Sioux Lakota choisi pour le texte de la Constitution, Waliyacinpi, se traduit dans le Buechel's Lakota English Dictionary en référence à l'adoption d’un enfant. Les procédures d'adoption énumérés dans la Constitution semblent se référer spécifiquement à l'adoption d'un adulte à des fins successorales, et n’incluent pas les adoptions Hunka qui sont cérémonielles et spirituelles dans leur nature.
L'héritage des biens personnels d'une autre personne après le décès de cette personne n'est ni un objet, ni un objectif de l'adoption Hunka. Cette fixation sur l'héritage, conséquence directe de l'assimilation forcée et de l'ingérence anglo-américaine dans les relations sociales tribales, n'a eu aucune incidence sur des personnes qui ont vécu des modes de vie traditionnels.
Un homme ou une femme Sioux Lakota avec un mode de vie traditionnel possédait une petite propriété personnelle ; la terre était une propriété communale et l'excès de richesse n'était pas accumulé, mais était plutôt distribué à des membres de la famille étendue à toute la réserve. La cupidité était honteuse, et aujourd'hui encore, l'une des plus grands insultes est de traiter quelqu'un d’"avare". Dans les temps modernes, même si les membres des tribus possèdent leurs propres terres dans leur réserve et ailleurs, la propriété appartenant à la communauté continue d'exister. Toutefois, l'héritage des biens personnels demeure une question épineuse pour certains membres de la tribu à ce jour.
Crow Dog (Lakota, Brulé band) and his family, 16 January 1891. Near Pine Ridge, South Dakota. Photo by John C. H. Grabill. Gen. Nelson A. Miles Collection. Presented by Maj. Sherman Miles and Mrs. Samuel Reber.
Le Hunka Lowanpi, ou la création de parents (the making of relatives), est une cérémonie rituellequi unit deux individus distincts - étrangers, amis, ou déjà liés, mais liés au-delà de la famille nucléaire – comme des parents proches.
La culture Sioux Lakota permet aux membres de tout âge d’adopter d'autres personnes de tout âge en tant que parents, frères ou sœurs, ou enfants, contrairement à la société américaine qui ne permet aux adultes d'adopter que des enfants mineurs, bien qu’en de rares cas, des adultes aient également été adoptés par d’autres adultes comme étant leurs enfants. Cependant, les frères et sœurs et les parents ne peuvent pas être adoptés légalement.
L’adoption cérémonielle ne s'est pas limitée en particulier à un groupe ethnique, de sexe ou d’âge définis, et les adoptés potentiels pouvaient être soit Lakota, soit membre d'un autre groupe ethnique, homme ou femme, adulte ou enfant. Grâce à l'adoption Hunka, les familles respectives, bandes ou tribus associées aux deux individus pouvaient aussi devenir "... comme un(e) seul(e)...», comme le résultat de ce nouveau lien établi. Selon l’histoire orale Sioux Lakota, la cérémonie Hunka avait été effectuée pendant des générationsavant 1800 et, selon Afraid of Bear (peur de l'ours), « tout le monde pouvait célébrer la cérémonie ... »
Cependant, en 1805, un homme nommé " The Man from the Land of Pines " (L'homme de la Terre des Pins) enseigna à la tribu comment effectuer la cérémonie convenablement. En fait, la ritualisation de la cérémonie Hunka était si importante qu’un membre de la tribu Lakota, No Ears (Pas d’Oreilles) l'inscrivit dans son conte d'hiver, en nommant l'année 1805 l'année où, " ... ils ont chanté sur chacun en utilisant les queues des animaux ..."
L'adoption d'un parent à travers cette cérémonie n'a pas été et n'est pas un acte à prendre à la légère. La création des parents comporte des devoirs et des obligations considérables. L’aîné Lakota George Sword a expliqué certaines des responsabilités qui étaient attendues à partir des Hunkas :
"... Dans les temps anciens où il y avait de nombreuses guerres, un Hunka devait aider ses parents Hunka dans tous les sens : en allant à la guerre, au combat ; et s'il était prisonnier, son Hunka ne devait pas se reposer jusqu'à ce qu'il soit libéré. S'il prenait des chevaux, il devait l'aider. S'il avait des chevaux pris, il devait l'aider à les récupérer. S'il prenait des femmes, il devait l'aider à les garder, et si ses femmes avaient été prises, il devait l'aider à les récupérer. S'il avait des enfants, il devait l'aider à les récupérer. S’il donnait une fête, il devait l'aider à la préparer. S'il était malade, il devait l'aider à obtenir des sorciers et les payer. S'il voulait voler une femme, il devait l'aider à le faire et devait être prêt à se battre pour la femme. S’il jouait à des jeux, il ne devait pas jouer contre lui. S’il était pauvre et affamé, il devait le nourrir et lui donner tout ce dont il avait besoin ... " [George Sword, “The Hunka” In Lakota Belief and Ritual, ed. Raymond J. DeMallie and Elaine A.Jahner (Lincoln: University of Nebraska Press, 1991), 198-199.]
En plus de leurs obligations envers leurs parents Hunka, les personnes qui ont bénéficié de cette cérémonie étaient également informées de leurs responsabilités permanentes à l’égard des autres membres de la tribu. Bien que la preuve écrite des cérémonies et des relations Hunka soit rare, voire inexistante, des nécrologies modernes offrent la preuve physique que cette cérémonie se poursuit à présent.
Même si les traditions et les cérémonies peuvent changer - et changent souvent - au fil du temps, les créations de parenté Hunka ne sont pas basées sur le gain monétaire et demeurent des relations honorées chez les Sioux Lakota aujourd'hui.
[Source : STRICKLIN Dawn C. ALL MY RELATIVES : THE HUNKA ADOPTION OF JASPER MILK. Annals of Genealogical Research Vol.7, No.1, 2011.]
Dans les Andes péruviennes (mais également en Equateur et en Bolivie), les enfants peuvent être pris en charge par des adultes autres que leurs parents de naissance. Dans ces arrangements informels de fosterage, les enfants reconnaissent souvent à la fois leurs parents de naissance et leur parents nourriciers comme leurs parents. Le lien de parenté se créée et se consolide de facto par les nourritures caloriques et affectives...
Louis TOFFOLI - Petite famille péruvienne.
Dans les Andes, le fosterage n'est pas préféré comme en Afrique de l'Ouest, mais est une pratique acceptée et largement répandue au sein des populations rurales et urbaines.
Pour le peuple de Zumbagua, en Equateur, la parenté est créée par l'ingestion d'aliments et de boissons, le partage d'états émotionnels avec des individus ou des esprits, en étant dans une proximité physique intime de personnes ou d'objets.
Un adulte peut créer un lien de parenté en éduquant ou en s'occupant d'un enfant pendant plusieurs mois ou années.
Pour de nombreux Andins indigènes, y compris les paysans de langue quechua, chez qui des recherches anthropologiques ont été effectuées dans la région de Sullk'ata en Bolivie, la question de savoir qui est apparenté à qui est déterminée par les activités quotidiennes comme mangerla même nourriture, travaillersur le même lopin de terre, ou partagerle même espace de vie. Environ 10 pour cent des familles dans les communautés rurales de Sullk'ata étaient en quelque sorte impliqués dans la circulation des enfants, en donnant ou en prêtant un enfant à une autre personne. Très peu de ceux impliqués dans ce fosterage ont conclu un agrément légal ou contractuel ou sont passés par une agence d'adoption publique ou privée.
Les Sullk'atas font souvent la distinction entre ce qu'ils considèrent comme un transfert plus permanent, «donner» (quy, en Quechua) un enfant, et un transfert plus temporaire, "prêter" (manay,en Quechua) un enfant.
Donner un enfant peut prendre différentes formes, mais dans la plupart des cas, les parents biologiques ne peuvent plus exercer certaines tâches, telles que nourrir un enfant, qui établissent et maintiennent la parenté.
Donner un enfant se produit parfois en raison de circonstances extrêmes, comme la mort ou la blessure grave d'un parent.
En revanche, un enfant peut être prêtéà ses grands-parents une fois qu'ils n'ont plus leurs enfants à la maison pour aider aux tâches ménagères et apporter de la vitalité dans la maison.
Bien que parfois désigné comme «adoption» (adoptar, en espagnol), les Sullk'atas utilisent le terme Quechua wawachakuy(littéralement, "faire d'un enfant son fils ou sa fille") pour décrire les processus par lesquels les adultes prennent soin d'un enfant et en font un enfant de leur famille. le wawachakuyrésulte sur une parenté à la fois matérielle et sociale. Un enfant qui n'est pas pris en charge par un parent biologique devient néanmoins une fille ou un fils (daughter or son) en recevant de la nourriture d'un autre adulte.
Parfois, prêter un enfant est temporaire, mais la relation qui s'établit à travers le wawachakuy peut durer beaucoup plus longtemps que la résidence de l'enfant dans un ménage particulier.
Par exemple, Teresa a été pris en charge, nourrie et vêtue par Antonia et son mari Faustino depuis qu'elle est toute petite. Antonia et Faustino ont été incapables d'avoir naturellement un enfant et étaient donc très disposés à assumer la tâche d'élever Teresa quand sa mère à la naissance (Leonarda, soeur d'Antonia) est tombé malade. Leonarda est resté à l'hôpital pendant plusieurs semaines, elle était trop malade pour s'occuper de ses cinq enfants, et encore moins d'un bébé. Elle a donné sa petite fille nouveau-né à sa soeur Antonia sœur. Leonarda explique, au moins rétrospectivement, qu'elle a donné le bébé à sa sœur dans l'espoir qu'Antonia et Faustino arrêteraient de se battre sur leur incapacité d'avoir des enfants et resteraient ensemble. Élevée principalement dans la ville de Cochabamba, Teresa reconnaît Antonia et Faustino comme ses parents en s'adressant à eux comme «mère» et «père». Même si elle sait que Leonarda lui a donné naissance, Teresa appelle Leonarda "Tante" et Nelson "Oncle". Teresa vit avec Antonia et Faustino et aide Antonia à vendre des sodas et autres rafraîchissements après l'école. Quand Teresa se comporte mal, Antonia et Faustino sont les adultes qui la réprimandent. Pour Antonia et Faustino, fournir à Teresa ses vêtements et matériels scolaires, la nourrir tous les jour, et prendre soin d'elle quand elle est mal - partageant les joies et les épreuves de la vie ensemble-, font d'elle leur fille.
Dans la région de Sullk'ata comme ailleurs dans les Andes, de manière pratique et conceptuelle, une personne devient intégrée dans une famille en vivant sous le même toit, en partageant le maïs et les pommes de terre dans des bols communs, et en profitant de la chaleur générée par la proximité physique de nombreuses personnes dans une cuisine minuscule, en travaillant ensemble dans les mêmes champs, en voyageant ensemble chaque fois que possible, et en faisant des libations (rituels religieux) aux mêmes forces de la terre. Ces pratiques sont essentielles pour les parents de naissance pour s'engager, recréer et reconsolider l'intimité, les hiérarchies, et les liens de parenté, autant qu'elles sont nécessaires pour les parents adoptifs.
Une fois donnés ou prêtés, les enfants prennent également leurs propres décisions sur où aller ou rester, et le degré dans lequel ils ont été en mesure de "s'habituer" à vivre dans la maison de quelqu'un d'autre. Le fosterage est donc un moyen important par lequel les enfants et les jeunes, comme les adultes, peuvent négocier leur situation.
A Ayacucho, au Pérou, comme ailleurs dans la région andine, les gens peuvent recueillir un enfant pour qu'il vive dans leur maison, pour tenir compagnie à un parent âgé ou aider dans les tâches ménagères, et les parents peuvent transférer l'enfant pour atténuer les pressions économiques ou maintenir des liens sociaux.
En outre, les enfants -en particulier les plus âgés- peuvent voir le fait de vivre dans un autre ménage comme un chemin vers un progrès socio-économique, une manière de se déplacer au-delà de la simple subsistance, un moyen de "surmonter" (superar, en espagnol) sa condition.
[Source : The Commonality of Child Circulation in the Andes; in Nancy E. Riley,Krista E. Van Vleet -Making Families through adoption, SAGE Publications, Inc (2011); pp.21-24]
La stérilité représente trois-quarts des raisons d'adoption en France.[1;2]
Or, l'adoption est parfois "thérapeutique"[3]pour les parents adoptifs inféconds, et représente finalement le remède à leur stérilité, plus que la solution à leur absence d'enfants biologiques, avec la venue d'un "Bébé-Surprise" biologique. Sur ce thème, je présente ici trois exemples (anthropologiques, biblique, et modernes) où l'adoption a "tiré l'enfant", et a été le remède à la stérilité des parents adoptifs.
Adoptions thérapeutiques en Chine traditionnelle et parmi les Chinois de Taïwan [4]
Parfois, l'adoption d'un enfant est thérapeutique [3] : dans certaines sociétés traditionnelles, comme en Chine, un couple stérile adoptait un premier enfant dans l'espoir de "tirer l'enfant"[4] naturel, et donc de guérir leur infertilité.
Cette pratique de l'adoption thérapeutique est connue dans certaines sociétés traditionnelles de divers points du monde (comme chez les eskimos, dans l'Himalaya, à Hawaï, à Taïwan, et en Chine) et vise à "tirer l'enfant" : il s'agit d'une croyance selon laquelle la présence d'un enfant adopté (ou fosteré), chez un couple nouveau, ou chez des conjoints qui n'arrivent pas à procréer, leur est gage de réussite ultérieure en la matière.
En Chine traditionnelle, certains couples n'attendaient pas forcément longtemps pour s'adjoindre l'adoption comme stimulant : de très jeunes couples pouvaient donc avoir recours à cette pratique d'adoption "thérapeutique". Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, chez les Chinois de Taïwan, la captation d'enfant en vue d'induire une conception est attestée, et fait l'objet d'appellations particulières. La fillette choisie est appelée "bonne meneuse", elle est la "bru qui attend son mari" (le couple souhaitant avoir un fils) [VOIR AUSSI >>> Adoption d'enfants en Chine traditionnelle(2) -Tongyangxi : adoption de petites brus chinoises...], elle "force les fleurs", elle "appelle un petit frère".
Il est probable que dans beaucoup de sociétés, la pression nataliste exercée par les générations supérieures devait être ressentie comme anxiogène par les jeunes mariés sommés de faire au plus vite la démonstration de leurs capacités génésiques. Wolf et Huang, à propos des Chinois, mentionnent que les recherches médicales confirment l'effet apaisant de l'adoption,[3] information que certain médecins français, travaillant sur la stérilité, ont pu confirmer.[4] On remarquera au passage l'ambiguïté de l'insertion familiale de la fillette réputée tirer du néant tantôt un cadet, tantôt un époux...
Et si le fosterage ("adoption" temporaire...) d'Ismaël avait guéri Abraham et Sarah de leur stérilité et "tiré" Isaac ?
Je mets en parallèle cette adoption thérapeutique avec l'histoire d'Isaac et Ismaël dans la Genèse (Naissance d'Ismaël en Genèse 16 ; Naissance d'Isaac en Genèse 21).
Aelfric Illustrator - England [Canterbury];second quarter of 11th century.
Abraham et Sarah sont demeurés stériles, et à l'âge de 86 ans, Abraham prend sa servante égyptienne Hagar comme "mère-porteuse"[5] (anachronisme certes...). Et c'est en présence d'Ismaël que naîtra (enfin) le fils miraculeux et naturel Isaac, alors que Sarah a 90 ans et Abraham 100 ans.
On pourrait donc penser qu'Ismaël a "tiré" Isaac en quelque sorte, et que l'adoption d'Ismaël a pu être "thérapeutique"...
Mais le terme anthropologique de fosterage (prise en charge temporaire par d'autres que les parents-géniteurs) serait plus approprié, car, peu après la naissance d'Isaac, Hagar et Ismaël sont chassés ; Dieu promet tout de même qu'une grande nation descendra d'Ismaël (Gn 21 :12-13). Ismaël donnera naissance à la tribu des Qoreichites, tribu de laquelle naîtra des siècles plus tard le Prophète de l'islam, Mahomet.
Les "Bébés-Surprises" en cours de procédure d'adoption, "tirés" par l'enfant adopté :
Pour certains couples avec un long chemin d'infertilité, le fait d'avoir un enfant apparenté, d'avoir suffisamment avancé dans leur procédure d'adoption pour leur garantir la venue prochaine de leur enfant adopté, peut les libérer et les guérir de leur infertilité, avec venue miraculeuse de leur enfant naturel, un "Bébé-Surprise"[5]...
Il s'agit donc d'une forme moderne d'adoption thérapeutique en quelque sorte, et les associations de familles adoptives ont sans aucun doute des exemples à vous conter !
Et si ce fut le cas pour vous ou pour vos proches, vos récits sont les bienvenus en commentaires évidemment !
Off course, A Baby Love is required !
[Sources : (5) [1] PIERRON J, Données socio-familiales de l’adoption internationale en France
(étude descriptive à partir des dossiers des 800 premiers enfants vus à
la Consultation d’Adoption Outremer du Dr J.V. de Monleon au CHU de
Dijon). Thèse de médecine. Dijon : Faculté de Médecine de Dijon, 2007. [2] DE MONLEON JV, PIERRON J, HUET F, Les raisons de l’abandon et de l’adoption : étude observationnelle portant sur 800 cas, Arch Pédiatr, 2011 ; 18 : 221-222. [3] WOLF AP, HUANG CS, Marriage and adoption in China, 1845-1945, Stanford University Press, 1980. [4] LALLEMAND S, La circulation des enfants en société traditionnelle - Prêt, echange, don -., Paris, L'Harmattan, 1993. [5] DE MONLEON JV, Naître là-bas, grandir ici. L’adoption internationale, Paris, Belin, 2003. ]