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jeudi 11 février 2016

Pratiques d'adoption aux temps des Barbares (1) - Adoption Militaire et Fosterage. Généralités...

Certaines sociétés antiques attachaient une signification militaire à l'acte d'adoption : par exemple, chez les anciens peuples germaniques, des cérémonies militaires avaient lieu au moment de l'adoption, avec des armes placées dans les mains de la personne adoptée.[1]Chez les Gaulois, l'adoption par les armes consistait à armer de pied en cap un jeune homme dans une assemblée publique.[2] L'adopté jurait de défendre la famille adoptive. Le concept de primogéniture - une pratique selon laquelle le fils aîné hérite des biens de sa famille, et à son tour, son fils aîné héritera de lui - était central chez les peuples anglais, germains, et d'autres peuples européens.[1]
On trouve, sous les rois de France de la première "race" [NDLR : terme du XIXe S], deux autres sortes d'adoption :[2] l'une qui avait lieu aussi chez les Grecs du Bas-Empire, en recevant les cheveux de l'enfant qu'on adoptait; l'autre, en touchant la barbe de l'adopté ; ce qui était un même symbole.


ADOPTION MILITAIRE (antiquité, moyen âge) [3]


Chez quelques peuples de l’antiquité, quand deux combattants étaient entraînés l’un vers l’autre par une estime réciproque fondée sur des actions d’éclat, ils contractaient fraternité ; alors, les liens qui les unissaient ne pouvaient être brisés que par la mort, ou par l’infamie qui couvre le front de celui qui manque à l’honneur et aux devoirs que sa qualité d’homme guerrier l’appelle à remplir.

David d'Angers. La mort d'Epaminondas. 1811, Musée du Louvre.

L’histoire des nations de l’ancienne Germanie, de la Scandinavie et de la Scythie, rapporte des exemples extraordinaires de courage, de dévouement et d’abnégation produits par l’amitié et la fraternité engendrées au milieu des combats, et qui amenaient l’adoptionElle s’est chargée de transmettre à la postérité l’éloge de ces barbares qui, pour ne pas se séparer au moment de leur lutte avec les légionnaires romains, terribles par leurs armes, leur discipline et leur courage, s’étaient attachés pour vaincre ou mourir ensemble. Le même sol devait couvrir les braves tombés l’un près de l’autre, ou les porter fiers et menaçants, après la victoire.
En Grèce, le bataillon thébain (créé par Epaminondas et Gorgidas) était composé d’hommes liés par une amitié qui ne pouvait s’éteindre qu’à la mortD’après Polyen, Gorgidas organisa cette troupe d’élite qui était composée d’hommes liés par l’amour le plus tendre au nombre de trois cents. Une tendresse qu’ils avaient les uns pour les autres faisait qu’ils ne s abandonnaient jamais, qu’ils ne prenaient point la fuite et qu’ils étaient résolus de vaincre ou de mourir ensemble. Plutarque rapporte que Philippe, roi de Macédoine, parcourant le champ de bataille après sa victoire de Chéronée, resta pensif pendant quelque temps quand il aperçut ces amis étendus sur le terrain, morts après avoir combattu avec persévérance ; il fut obligé d’admirer ces guerriers qui avaient préféré la perte de la vie à la honte de reculer d’un pas. 
Dans le moyen âge, lorsque la bravoure appuyée sur les hauts faits mettait au même niveau deux chevaliers, ils contractaient alliance par les armes. S’aider, se secourir dans le danger, protéger mutuellement leur honneur était leur premier devoir. Mais quand la poudre eut changé l’art de la guerre, quand la prouesse eut reculé devant l’arme à feu, quand le chevalier eut vu son frère d’armes tomber frappé du coup mortel qu’il n’avait pu détourner, et parti peut-être de la main d’un lâche, alors l’adoption militaire disparut. Le premier coup de canon qui retentit sur les champs de bataille fut le signal précurseur de la chute de la chevalerie et de ses lois.

Origines germaniques  de la chevalerie [4]

Si chez les Grecs et les Romains monter à cheval pour faire la guerre était rare et réservé à une élite, il n’en était pas de même chez les peuples nomades d’origine germanique ou scandinave
Étant de nature nomade, le nourrisson fille ou garçon, « Wisigoth », « Ostrogoth », « Vandale », « Alaman », « Alain », « Burgonde », « Lombard » ou encore « Franc » et « Hun » pour ne citer qu’eux, se retrouvait sur le dos d’un cheval avant même de savoir marcher
Et comme la guerre était l’occupation principale de ces peuples qui se devaient, pour vivre, conquérir sans cesse de nouveaux territoires, le jeune enfant mâle cavalier se retrouvait tout aussi naturellement avec les armes à la main. Il en découle que combattre à cheval était donc la posture naturelle des guerriers de ces peuples de Germanie. 
Sevré à l’âge de trois ans, le jeune Germain était confié aux femmes de sa famille jusqu'à l’âge de sept ans. 
Passé cet âge, il était alors confié jusqu'à son quatorzième anniversaire, pour son éducation presque essentiellement guerrière, à un père adoptif. 
En général, ce père adoptif n’était autre que le frère aîné de sa mère, donc à son oncle maternel. Cette période se nomme « forsterfaeder » ou « fosterage ». Cette période initiatique guerrière dans son appellation porte dans son étymologie même les notions de rudesse et forçage éducatifs auxquels est soumis le futur guerrier germain.
Au terme de cette période le jeune germain allait faire ses preuves d’autonomie et de vaillance en voyageant parmi les nombreuses ethnies germaines. 
Lorsque le poil lui était poussé au menton, il revenait alors dans sa tribu pour y subir le rite de la première coupe de barbe ou de cheveux et pour y affronter en combat singulier son père adoptif pour que tous puissent voir ses qualités de guerrier. 
Chez certain de ces peuples, et en l’occurrence chez les « Francs saliens », il était de coutume chez leurs chefs, de célébrer en plus, par une cérémonie spécifique, la remise très solennelle des armes à un jeune homme en âge de combattre. 


Références :
[1] Adamec C. A brief history of adoption in Adamec C, Miller L.C. -  The Encyclopedia of Adoption Third Edition. New York, Facts on Files, 2007.
[2] JOHANNEAU E. Adoption (Antiquités). in ENCYCLOPEDIE MODERNE ou BIBLIOTHEQUE UNIVERSELLE DE TOUTES LES CONNAISSANCES HUMAINES. DUMENIL P., Paris, 1841.
[3] GLAIRE (Abbé). ENCYCLOPEDIE CATHOLIQUE, REPERTOIRE UNIVERSEL ET RAISONNE DES SCIENCES, DES LETTRES, DES ARTS ET DES METIERS,Tome premier. Paris, 1840.
[4] Wikipedia.

Conan The Symphony -Part 4 (Orphans of the Doom/ The Awakening)

lundi 18 novembre 2013

Adoption en Russie (2) : XIe-XVIe siècle - Les "petits des monastères" :Hospices, Mise en apprentissage, en servitude ou en esclavage...

[VOIR AUSSI :
>>> Adoption en Russie (1) : Temps anciens (jusqu'au XIe S.) - Rites, bonnes actions chrétiennes, tutelles, secours aux orphelins... ]


Wilhelm Amandus BEER - Russian family

Depuis le XIe siècle, et même sous l'Etat moscovite (1478-1485), la situation des enfants restait pour beaucoup inchangée.

C'était encore les parents qui disposaient du droit de marier leurs enfants, de les donner à l'Eglise pour les faire entrer au monastère.

Les évolutions économiques et sociales sous l'état moscovite ont cependant peu influé sur le droit qu'avaient alors leurs parents de donner leurs enfants en esclavage.
Dorénavant, les parents avaient le droit de donner leur enfant en servitude. Le pouvoir des parents sur la liberté des enfants restait immense.


Les orphelins, eux, étaient souvent accueillis dans les monastères, où il étaient élevés, nourris, vêtus.
On parlait à l'époque des "petits des monastères", et dans cette catégorie entraient aussi les enfants orphelins des familles boyardes ruinées.
Il existait dans certains monastères des hospices pour enfants, dans lesquels un starets (instructeur religieux) les prenait en charge.
Ils pouvaient apprendre un métier, travailler aux cuisines, au jardin... Mais il arrivait aussi que des orphelins soient utilisés, vendus, maltraités.

Les enfants des paysans, ayant perdu leurs parents, étaient alors "transmis" à des parents proches ou à des personnes extérieures à la famille, en même temps que les biens des parents disparus.

Si l'orphelin n'avait pas de bien, il vivait en général de mendicité.

[Source : russe, sûre et Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]




mercredi 28 août 2013

Adoption en Russie (1) : Temps anciens (jusqu'au XIe S.) - Rites, bonnes actions chrétiennes, tutelles, secours aux orphelins...

L'adoption en tant que "filiation artificielle", en tant qu'accueil dans la famille d'un "étranger", se pratiquait déjà dans la Rus', du temps du paganisme.

On sait même qu'il existait des cérémonies rituelles spéciales de "création de filiation", ou encore des rites d'accouchement fictif. Il arrivait que, pour une plus grande authenticité, la parturiente fictive soit vêtue d'une chemise tâchée de sang. Cela ne concernait d'ailleurs pas seulement les femmes : les hommes aussi pouvaient "simuler un accouchement".

Après la conversion à l'orthodoxie de la Rus' en 988, l'adoption prend une tonalité plus idéologique, et l'Eglise prend peu à peu en charge ce qui, naguère, était régulé par le droit coutumier. La morale familiale chrétienne se généralise et l'assistance aux miséreux et aux personnes en souffrance, et en particulier aux enfants, fait partie de la "liste des bonnes actions" du chrétien sincère. Elle est motivée par des convictions religieuses ou morales et elle est considérée comme une action qui plait à Dieu.  Un adage d'alors disait : "tu peux te dispenser de prière ou de jeûne, si tu assistes l'orphelin".
En ces temps où l'unité de l'Etat russe n'existait pas, l'assistance aux orphelins était l'affaire des princes, qui pouvaient parfois déléguer cette oeuvre à l'Eglise.

L'adoption ou la mise sous tutelle d'un enfant devenu orphelin étaient alors autant de moyens très concrets existant pour le protéger. L'adoption était donc connue et reconnue dans ces temps où la famille patriarcale incluait sans distinction "les enfants, les esclaves, et les accueillis d'autres familles". Mais avec le temps, le désir de l'adoptant d'avoir un héritier qui prierait pour les âmes du couple sans enfant est de plus en plus fort.

Le système de tutelle sur des mineurs existe cependant depuis presque toujours, et historiquement, la tutelle avait pour dessein la permutation de l'autorité parentale. Mais il faut bien noter qu'à l'origine, la tutelle apparaît plus pour défendre les intérêts de la parentèle de l'orphelin que pour protéger l'enfant dans un élan moral.

Les chroniques rapportent un premier cas de mise sous tutelle en 879.
Après la mort des parents, les tuteurs étaient ceux qui, dans l'organisation familiale, prenaient leur place. Après la mort du prince Igor, c'est sa mère qui devint la tutrice de son fils Sviatoslav. A l'époque, les relations n'étaient que personnelles, et le tuteur ne se préoccupait que de l'éducation et du soin de l'orphelin. Les biens, eux, étaient transmis à la famille entière. Le tuteur n'avait aucune obligation matrimoniale, il n'avait que des droits sur l'enfant, et en usait parfois bien mal.

Vladimir Ier de Kiev

En 996, le prince Vladimir Ier a confié l'organisation de l'assistance publique (qui inclut l'aide aux orphelins) à l'autorité religieuse. Il se préoccupait particulièrement de l'alimentation des orphelins.

Le grand prince Yaroslav (début XIe S) met en place une école pour orphelins, où sont élevés 300 jeunes hommes.

A son tour, le prince Vladimir Monomakh, dans son testament spirituel, appelle  à protéger l'orphelin : "plus que tout, n'oubliez pas les indigents, et nourrissez et aidez le plus possible l'orphelin".

[Source : russe, sûre et Bleue comme un ciel éclatant de Brest sans tonnerre...
Trugarez... большое спасибо... ;-))]




mardi 18 décembre 2012

Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 3) : Adopter/ Adouber/ Adoubement...

Episode 3 du Bestiaire de l'adoption spécial 'Cheval', histoire de couronner le tout avec le rapport entre adopter et adouber, et l'adoubement lui-même...

Si ce n'est fait, LIRE AUSSI :
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 1) : Symbolisme et morceaux choisis d'intérêt mythique et psycho-analytique...
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.1) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (1ère époque) : Pouvoir des Hippeis grecs et des Equites romains, Fosterage des futurs Cavaliers germains, Rite "au poil" des Francs saliens...

 >>Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.2) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (2ème époque) : Fusion des traditions gréco-romaines et germaniques, sous influence du christianisme; de l'investiture du Caballarius à l'adoubement du Chevalier médiéval...


Le verbe adopter vient de adoptare qui signifie la même chose en latin; d'où on a fait dans la basse latinité adobare, qui signifie faire quelqu'un chevalier, lui ceindre l'épée, l'adouber ; d'où est venu aussi ce qu'on appelait un miles adobatus, un chevalier nouvellement fait, parce que celui qui l'avait fait chevalier était censé en quelque façon l'avoir adopté.(1)


ADOUBEMENT(2)

Au Moyen Âge, l'adoubement était une cérémonie officielle à laquelle de nombreux nobles assistaient et qui consistait à consacrer un homme comme chevalier du roi.

Tout homme de bonne naissance, autrement dit riche et descendant de suzerains, après avoir été page puis écuyer pouvait devenir chevalier
Pour ce faire, le père de l'enfant le confiait à une personne de confiance, un ami, ou un membre de sa famille qui devenait son parrain dès que l'enfant avait atteint l'âge de sept ans. Il fallait que le père ait une confiance absolue en cette personne, le parrain, pour lui confier son enfant, car celui-ci devrait passer ses plus jeunes années sous sa garde et être élevé par lui.

De plus, il n'était pas rare qu'un parrain mente à son protégé sur les intentions et la personne de son père, ce qui entraînait bon nombre de trahisons et de guerres d'honneur quand l'enfant ne revenait pas se faire adouber au château familial pour y servir son père jusqu'à sa mort et en attendant de prendre sa place, mais préférait faire allégeance à son parrain et ainsi devenir son chevalier.

Les rois qui n'avaient pas d'héritier et n'étaient pas trop intransigeants envers la morale pratiquaient souvent ce genre de supercherie et désignaient ensuite le jeune chevalier comme leur successeur et héritier.

Dans le château de son parrain, le jeune homme suivait une formation de page.

On peut lire Tristan et Iseut qui explique bien cet apprentissage et dont voici un extrait : 
« Sous sa tutelle, Tristan apprit à chevaucher,à respecter les règles de la chevalerie, à sauter, nager, courir, lancer la pierre, manier l'écu et la lance, les diverses sortes d'art et d'escrime, l'art de vénerie et de fauconnerie, tous les honnêtes ébats recommandés pour fuir l'oisiveté, mère des vices, et en même temps les usages de la courtoisie et les vertus requises au franc homme : honneur, fidélité, hardiesse, débonnaireté, démener grande largesse, parler avec mesure, ne blâmer personne à la légère, éviter les fous et servir les dames. »

Puis, dès qu'il avait atteint l'âge de treize ou quatorze ans, il était nommé écuyer, s'il avait réussi sa formation de page et si l'écuyer qui la lui enseignait était satisfait de son élève. Désormais plus mûr et plus fort physiquement, son entraînement est axé sur l'équitation tandis que sa formation ne se préoccupe plus que du combat à cheval.

La nuit avant la cérémonie est dédiée à la méditation et à la prière.
S'ensuit la cérémonie de l'Hommage pendant laquelle l'écuyer doit prêter « hommage » à son suzerain qui lui remet ses investitures, soit un étendard, symbole du fief. À partir de ce moment, l'écuyer est chevalier, mais aussi vassal du seigneur à qui il a prêté serment.

Un chevalier peut prêter serment à plusieurs suzerains et ainsi posséder plusieurs fiefs, mais il doit exprimer quel est son hommage lige (ou hommage principal) si cette situation se produit. Dans ce cas alors, et s'il y a guerre ou mésentente entre ses suzerains, le chevalier est tenu d'obéir à son seigneur-lige si celui-ci lui ordonne de combattre à ses côtés.

Tout page, écuyer ou chevalier qui ne remplissait pas ses engagements était considéré comme un félon et poursuivi jusqu'à ce que mort s'ensuive ou qu'une décision du roi le condamne à l'emprisonnement.


Edmund Blair Leighton - l'adoubement.(1901; collection particulière)

DÉROULEMENT DE LA CÉRÉMONIE DE L'ADOUBEMENT ou ARMEMENT DU CHEVALIER(3)

La première cérémonie était un bain où l'on mettait l'aspirant, c'était un symbole de purification morale. Au sortir du bain, on l'habillait d'une tunique blanche, insigne de pureté ; d'une robe rouge, marque de ce qu'il était tenu de répandre son sang pour sa foi et son devoir ; d'un justaucorps noir, souvenir de la mort qui l'attendait, comme tous les hommes. 
Purifié et vêtu, il observait un jeûne rigoureux de vingt-quatre heures. Sur le soir, il entrait dans l'église et passait la nuit en prières
Le lendemain matin, il se confessait, communiait, assistait à la messe et entendait ordinairement un sermon sur les devoirs de la chevalerie, puis il s'avançait vers l'autel, l'épée de chevalier suspendue à son cou ; le prêtre la détachait et la lui rendait après l'avoir bénie. 
Le jeune guerrier allait ensuite s'agenouiller devant le seigneur qui devait lui conférer son titre ; il lui récitait quelque demande comme celle-ci : « Si vous pri qu'en guerdon de mon service me doigniès armes et me faîtes chevalier », et il prononçait le serment de rester toujours fidèle à la religion et à l'honneur. Le seigneur lui donnait l'accolade, c'est-à-dire, trois coup du plat de son épée sur l'épaule ou sur la nuque, quelquefois un léger coup de la main sur la tête et lui disait une sorte de sermon. Puis « On amène le cheval, on apporte les armes, on le revêt d'une cuirasse incomparable, formée de doubles mailles que ni lance ni javelot ne pourraient transpercer ; on le chausse de souliers de fer fabriqués de même à doubles mailles; des éperons d'or sont attachés à ses pieds ; à son col est suspendu son bouclier, sur lequel sont représentés deux lionceaux d'or ; sur sa tête on pose un casque où reluisent les pierres précieuses, ou lui remet une lance de frêne à l'extrémité de laquelle est un fer de Poitiers ; enfin, une épée provenant du trésor du roi. »
(Extrait de Comment Geoffroi Plantagenet, Due d'Anjou, fut armé chevalier en l'an 1127.)

[Sources : 
(1) Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ; 
(2) Wikipedia ;
(3) http://medieval.mrugala.net/Seigneurs%20et%20nobles/Adoubement%20de%20chevalier.htm ]

Bon... Après quatre billets adoptiologiques sur le Cheval et la Chevalerie, il est temps de laisser les chevaux retourner à leur état sauvage... ;-))


Wild Horses - Susan Boyle


mardi 27 novembre 2012

Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.2) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (2ème époque) : Fusion des traditions gréco-romaines et germaniques, sous influence du christianisme; de l'investiture du Caballarius à l'adoubement du Chevalier médiéval...

Si ce n'est fait, LIRE AUPARAVANT : 
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 1) : Symbolisme et morceaux choisis d'intérêt mythique et psycho-analytique...
>> Bestiaire de l'Adoption (3) - Cheval (Episode 2.1) : Genèse de la Chevalerie Médiévale (1ère époque) : Pouvoir des Hippeis grecs et des Equites romains, Fosterage des futurs Cavaliers germains, Rite "au poil" des Francs saliens...

Fusion des traditions gréco-romaines et germaniques

Depuis la conquête de la Grèce par l’Empire romain, l’habileté guerrière des cavaliers germains leur avait établi une certaine réputation de combattants à cheval exceptionnels. Jules César, lors des huit années que dura la guerre des Gaules entre 58 et 52 avant J.-C. avait utilisé ces cavaliers germains qui au gré des alliances et des trahisons, étaient tantôt ses ennemis, tantôt des alliés. Les premiers Germains qui combattirent aux côtés des forces romaines furent les « Bataves » lors des campagnes germaniques de « Nero Claudius Drusus », dit « Germanicus », en 12 avant J.-C.
Lors de la période flavienne de 69 à 96, les Romains incitèrent d’autres Cavaliers germains de diverses provenances ethniques et tribales, à intégrer progressivement leurs forces militaires avec les statuts d’auxiliaires ou de mercenaires. Ce phénomène intégratif où se côtoyait equites romains et cavaliers germains se poursuivit pendant plus d’un siècle, formant ainsi le creuset où allaient se mélanger les pratiques hippiques guerrières et les rituels initiatiques, qui étaient traditionnellement attachés aux peuples germains et à la nation romaine.

Influence du christianisme comme fédérateur de ces traditions

Lorsque Paul de Tarse, connu aussi sous le nom de saint Paul, ouvrit la religion chrétienne aux non-Juifs, et que le concile de Jérusalem, en 49 entérina sa séparation du judaïsme, le christianisme devint une religion universelle et catholique. Il se diffusa alors rapidement dans tout l’Empire romain malgré les persécutions affectant ses adeptes qui ne s’arrêteront qu’après la conversion de Constantin en octobre 312. Le christianisme devint alors la religion officielle de l’Empire romain. À partir de cette reconnaissance, le christianisme n’eut de cesse de s’imposer aux pouvoirs politiques des rois et empereurs d’Occident. Mais l’influence issue de son incontestable rayonnement ne restait que spirituelle et morale, et n’avait que bien peu de prise sur les actions guerrières.  Alors, pour endiguer cette situation de prédominance guerrière, dès le IVe siècle, le christianisme gallo-romain enveloppa puis imprégna, de ses principes moraux :
- d’un côté, les traditions originelles gréco-romaines de ces riches romains à cheval « equites » qui combattaient dans les armées de Rome ;
 - et de l’autre côté, le rite initiatique guerrier de ces exceptionnels guerriers et chefs germains dont la survie dépendait de leurs conquêtes.

Empreints ainsi de la sacralisation chrétienne, ces deux usages « d’hommes à cheval » se confondirent chez les « Francs Saliens » (qui sont aussi nos ancêtres directs) en une seule pratique cérémoniale d’investiture au titre de Caballarius.
Les héros de l'épopée carolingienne : Louis le Pieux, Charlemagne et Saint Guilhem. Tympan de Conques.

De l'investiture d’un Caballarius à l’adoubement du Chevalier médiéval

Cette pratique cérémoniale de reconnaissance de « combattant à cheval » s’est perpétuée pendant toute la dynastie mérovingienne puis au début de celle des Carolingiens où le premier témoignage écrit en latin, décrit comment, à Rastibonne en Bavière, en 792Charlemagne, lors de cette cérémonie, ceint son fils Louis le pieux, âgé de quatorze ans, de l’épée guerrière.
Plus tard, Charles le Chauve recevra en septembre 838, pour ses quinze ans, ses armes ceinturon et baudrier ainsi que l’insigne de sa fonction. Puis, en 841, le jour de Pâques, ce même Charles recevra de ses émissaires d’aquitaine, habits et couronne. C’est la plus ancienne cérémonie d’adoubement qui nous est donnée de connaître avec certitude.
À partir d’environ 850, le mot latin caballarius ne désignera plus un homme de guerre à cheval, mais un noble guerrier qui fait partie de la suite d’un grand personnage. Ce mot latin prend alors le sens de « Chevalier ».
Il fallut un siècle et demi d’interventionnisme religieux chrétien pour que l’Eglise romaine adjoigne progressivement à la remise solennelle des armes et équipements, une cérémonie religieuse, où le serment de servir son roi sera accompagné de celui de servir et d’obéir à Dieu et à son Eglise.
Enfin, au début du XIe siècle, prend forme la « chevalerie médiévale » qui intègre dans ses valeurs sacramentelles les notions d’honneur, de courage, de droiture, de fidélité, de générosité, d’humilité et de sacrifice de soi.
Ainsi, le chevalier devient le protecteur de la veuve, de l’orphelin, du miséreux et de la « pucelle »Il défend le bien et combat le mal dans l’obéissance à son roi, et dans le respect des dogmes chrétiens.
De par ses valeurs, la « Chevalerie médiévale » est alors une institution si prestigieuse qu’elle modifiera profondément, en bien, le sens moral d’une certaine noblesse de cette époque, qui, il  faut bien l’avouer, n’en était que peu pourvue.
La Chevalerie médiévale « où seuls comptaient le corps et le cœur et non l’esprit » fut si lumineuse à partir du XIIe siècle, que même les rois voulurent être fait chevalier.
Mais, par ce choix du corps et du cœur, délaissant l’esprit, la Chevalerie médiévale fut aussi illettrée.

[Source : Wikipedia]
Muse - Knights of Cydonia (Live- Abbey Road)


vendredi 15 juin 2012

Bestiaire de l'Adoption (1) - La Chèvre : de la mythique Amalthée aux classiques chèvres-nourrices...

Sous cette terminologie de Bestiaire de l'"adoption", je considère ici l'adoption de manière générique au sens d'une parenté non exclusivement réduite à la parenté biologique, de Nurture plus que de Nature des Anglo-Saxons...
Le "Nature versus Nurture" rend compte de l'opposition classique entre nature et culture -opposition applicable à biologique Vs adoptif-, le terme "Nurture" pouvant également se traduire par nourriture ou alimentation.
Loin de moi l'idée de comparer les mères adoptives à des animaux évidemment, ni d'attacher à la parenté de lait la primauté de la transmission des nourritures affectives ... 

Via ce Bestiaire de l'adoption, je vais donc passer en revue quelques exemples remarquables de parentés de lait entre animaux et humains (mythiques ou réels), l'animal remplissant le rôle de mère -nourricière en lieu et place d'une mère génitrice allaitante ou d'une nourrice mercenaire (l'allaitement maternel étant différencié de l'allaitement mercenaire au Moyen-Âge)...

Pour commencer ce bestiaire de l'adoption, je mets à l'honneur la chèvre...

Mythe de la chèvre Amalthée, mère- nourricière de Zeus, sa constellation, son égide et sa corne d'abondance...


Amalthée est une chèvre qui allaite Zeus enfant (ou Jupiter chez les Romains), aidée par des abeilles se chargeant de nourrir le dieu de miel.

Selon Zénobe, Zeus l'honore ensuite en la plaçant comme constellation dans le ciel, ou encore comme la plus grande des étoiles du Cocher (Capella, « la chèvre », c'est-à-dire α du Cocher). Cette "étoile de la chèvre" fait deux mille fois la taille du soleil. C'est à cause de ce mythe qu'on appelle la chèvre "la fille du soleil". Selon d'autres traditions, à la mort de la chèvre, Zeus aurait pris sa peau pour en revêtir son égide : le terme grec αἰγίς / aigís signifie en effet également « peau de chèvre ».

La chèvre est ensuite rationalisée en nymphe. Ainsi, chez Ovide (Fastes, V), c'est une naïade, à qui Zeus est confié encore enfant par Rhéa, sa mère, pour échapper à la jalousie de Cronos. Elle prend soin du jeune dieu en le nourrissant grâce au lait d'une chèvre ; mais celle-ci cassant un jour une de ses deux cornes, « Amalthée ramassa cette corne brisée, l'entoura d'herbes fraîches, la remplit de fruits, et la présenta ainsi aux lèvres de [Zeus] » (v. 124-125). C'est ainsi que serait née la corne d'abondance.

J.Jordaens - Jupiter nourri par la chèvre Amalthée - 1663 , Musée du Louvre

Ce mythe est un des premiers témoignages écrits de l'usage approprié d'un allaitement de substitution : certaines femmes se découvrant incapables d'allaiter, pour des raisons psychologiques ou physiologiques, utilisaient jusqu'à une époque récente le lait de chèvre, qui était un des meilleurs substituts naturels au lait de femme. Certaines approches psychanalytiques rapprochent ainsi le sein maternel de la corne d'abondance et de l'égide.


La chèvre comme parente de lait d'enfants sans mère-nourricière (génitrice ou mercenaire) : de l'usage médiéval au premier fils de Victor Hugo...


Le biberon et le sein d'allaitement (par mère-génitrice ou par mère -nourricière mercenaire) n'ayant pas toujours existé ou été utilisés, la chèvre pouvait être une nourrice usuelle et/ou providentielle...

On n’utilise sans doute que peu de biberons au Moyen Âge (on en trouve des représentations figurées à partir du xive siècle). Auparavant, les enfants qui ne pouvaient être allaités par une femme pour une raison ou une autre buvaient sans doute le lait animal au pis de la bête, qui était plus souvent un pecus, un animal domestique.

Durant des siècles, nos chèvres sauvaient l’enfant d’une effroyable mortalité infantile. Le recours à la chèvre pour nourrir un enfant était acte si commun que nul ne s’en étonnait.
Olivier de Serres, écrivait à son propos « Laictage meilleur et plus sain que celui des brebis ».

De même, vers 1570, Montaigne dans ses « Essais » s’émerveille à voir les petits enfants accroupis pour téter les chèvres lorsque la maman ne pouvait les nourrir.

« Et ce que j’ay parlé des chevres, c’est d’aultant qu’il est ordinaire autour de chez moy, de veoir les femmes de village, lors qu’elles ne peuvent nourrir les enfants de leurs mammelles, appeler des chevres à leur secours. Et j’ay à cette heure deux lacquais, qui ne tetterent jamais que huict jours laict de femmes. Ces chevres sont incontinent duictes à venir allaiter ces petits enfants, recognoissent leur voix quand ils crient, et y accourent : si on leur en presente un aultre nourrisson, elles le refusent, et l’enfant en faict de mesme d’une aultre chevre. J’en veis un l’aultre jour, à qui on osta la sienne, parce que son père ne l’avoit qu’empruntée d’un sien voisin, il ne peust jamais s’adonner à l’aultre qu’on lui presenta, et mourut, sans doubte, de faim. Les bestes alterent et abastardisent aussi aysement que nous, l’affection naturelle. »   
                                                                   Michel de Montaigne, Essais, livre II, p. 129-130.

Dans «Le Cours complet sur l’agriculture » l’Abbé Rozier énumère toutes les raisons qui doivent donner la préférence au service de la chèvre plutôt qu’à celui de la nourrice :

« En confiant à une nourrice mercenaire dont le comportement ne correspondait pas à celui de l’enfant équivalait à l’exposer dangereusement. Les maladies du corps, les passions de l’âme passant par le sang et le lait transmettait passions et infirmités. Risque aggravé pour l’enfant si la nourrice a été dérangée dans sa conduite ou si son mari a vécu ou vit dans la débauche ; si la nourrice est enceinte son lait sera de piètre qualité et pernicieux si elle nourrit plusieurs enfants à la fois, d’où une mise en garde appuyée ».

Léopold, le premier fils de Victor Hugo, à cause des problèmes de santé dont sa mère, Adèle, était affectée, fut confié à ses grands-parents. Sa grand-mère ne pouvait pousser son rôle de mère de substitution jusqu’à la parenté de lait, aussi fut-il confié en vain à plusieurs nourrices. La dernière d’entre elles n’était pas une femme, mais une chèvre.

[ Sources :
- Wikipedia
- Pierre-Olivier Dittmar, Chloé Maillet et Astrée Questiaux, « La chèvre ou la femme. Parentés de lait entre animaux et humains au Moyen Âge. », Images Re-vues [En ligne], 9 | 2011, mis en ligne le 30 janvier 2012, consulté le 15 juin 2012. URL : http://imagesrevues.revues.org/1621
- Lait de chèvre et chèvres nourrices, sur Terre des chèvres des Charentes et du Poitou ; DOI (15/6/12) : http://public.terredeschevres.fr/1_PRINCIPAL/1_3_1_lait/5_chevresnourrices.html ]


 Vladimir Cosma en Concert - La chèvre ( la cabra)


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